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France

 

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Publié par Sehene Ruvugiro

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Pour pouvoir se marier à Bugesera au Rwanda, les jeunes filles doivent acheter un vélo à leur fiancé, fournir les meubles, la literie et actuellement aussi un moulin. Leurs familles se ruinent et certaines femmes ne trouvent pas de mari.

C’est jour de marché à Batima dans le Bugesera à l’est du Rwanda.Paul, presque trente ans,  transporte un sac de haricots de près de 100 kg sur le porte-bagages de son vélo flambant neuf. "Ah bien sûr que oui ! Ce vélo provient de ma femme, sinon elle serait restée chez elle, dit-il en riant. , Après tout moi-même j’ai construit une maison et j’ai versé 200 000 Frw de dot. C’était à elle d’apporter le reste.” Dans ce district la jeune fille qui va se marier doit largement contribuer à l'équipement du nouveau foyer. Un membre du Conseil national des femmes tire la sonnette d’alarme : "le déséquilibre entre l’apport de la femme et celui de l’homme à leur nouveau foyer donne libre cours à des excès,  aujourd’hui dans la région du Bugesera. On dirait que c’est la  femme qui verse la dot pour avoir un mari !".C’est inédit dans la culture rwandaise ! Selon Jeannine Uwanyiligira, activiste des droits de l’homme, on exige de la jeune fille un vélo, tous les meubles, toute la literie…"Actuellement c'est de pire en pire. Avec le courant électrique qui arrive dans divers coins de la région, on demande aux filles des familles aisées d’apporter aussi les moulins", s’exclament les filles de Nyamata, chef lieu de Bugesera.

Mariages de raison:"en plus, le jour du mariage, ne pas donner un bon repas au beau-fils est un faux pas qui risque de faire répudier la jeune mariée",poursuit JeanineAprès le consentement mutuel, le jeune homme n’a pas besoin de rappeler à sa fiancée qu’elle doit apporter le vélo à son mariage, "on sait qu’il est indispensable au risque de se faire chasser ou d’être en mauvais termes avec la belle-famille", assure Chantal, une jeune enseignante qui craint que pour son mariage, vu son statut, on exige d'elle une motocyclette.Selon les gens de la région, le vélo est depuis longtemps entré dans le quotidien du Bugesera. C'est le moyen de transport le plus utilisé : il sert à puiser de l’eau, transporter les marchandises, les malades, les récoltes… A y regarder de plus près, on constate que les garçons sont plus attirés par l’aisance de la famille de leurs fiancées que par l’amour. "Soit la jeune fille et le jeune homme optent pour un mariage illégal, soit le mari devient polygame quand il n’est pas satisfait de l’apport de la première épouse. Il n’y a que des mariages de raison", ajoute Jeanine qui signale que cela entraine aussi toute une cohorte de conséquences : violences familiales, problèmes de succession, maladies sexuellement transmissibles…

 Des familles ruinées:par ailleurs, certaines jeunes filles ont des enfants adultérins et sont obligées de rester au sein de leurs familles toute leur vie. D’autres, de condition moyenne, si elles ne trouvent pas de jeunes de même condition, sont obligées de coiffer sainte Catherine car"pour une jeune fille, contracter un mariage légal est une cause de paupérisation de la famille. Que devient le reste de la famille après avoir mis à sec les biens familiaux", questionnent-elles. Assise devant son étalage de légumes, Joselyne affirme, lors de son mariage, il y a cinq ans, elle a laissé sa famille très endettée. "En plus de l’indispensable vélo, des habits et autres objets de ménage, j’ai dû apporter également un matelas, un poste de radio que mon fiancé exigeait. Ma famille a dû contracter des dettes", se rappelle-t-elle tristement. "Aujourd’hui, les filles provoquent sont l’érosion des biens de la famille. Pour mes deux filles que j’ai mariées, j’ai dû vendre la moitié de ma parcelle ", indique un  sexagénaire de la cellule Nkanga affichant son regret.Le bonheur de marier sa fille se trouve ainsi altéré par l’idée que le patrimoine familial doit en pâtir. Selon J. Uwanyiligira, "C’est la femme qui subit toutes les retombées de "ces mariages de raison". Les choses devraient changer ! Soit le jeune homme double  la somme versée comme dot soit on allège le fardeau que porte la jeune fille". Mais, s’avise-t-elle, pour un mariage viable une révolution des mentalités s’impose. Toutes les  jeunes filles pourront espérer avoir un jour un mari de leur choix, le nombre de bâtards en serait réduit, les violences familiales et la polygamie aussi.  A l’autorité et au législateur de prendre les choses en mains. "Nous faisons des rapports mais, conclut-elle, un plaidoyer devrait être mis en branle en vue de rétablir la femme du Bugesera dans ses droits."

 

 

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