Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

Géo-localisation

Publié par Jean de la Croix Tabaro

 

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Couturière, Bernadette Niyodusenga, 28 ans, est une albinos décomplexée et digne qui apporte la joie autour d'elle. Depuis son enfance, elle a toujours su faire face aux difficultés avec courage et détermination.

 Contrairement à la plupart des autres albinos rwandais, Bernadette Niyodusenga ne semble jamais complexée. Surnommée Kizungu (la Blanche) par ses collègues du centre de négoce et de couture de Matyazo (district de Huye, au sud du pays), elle veut avant tout rester digne.Issue d’une famille de 12 enfants, Bernadette a toujours su se débrouiller : "Quand j’étudiais à l’école primaire, nous manquions souvent de quoi manger. Mes frères et sœurs l'acceptaient, moi, jamais ! Je travaillais pour des voisins qui me donnaient à manger ou de l’argent. Je préférerais mourir plutôt que de tendre la main aux passants !" Après ses études primaires, elle n’a pas continué sa scolarité. "Si mes parents avaient accepté de me faire doubler en 6e primaire, j’aurais eu la chance de réussir aux examens, moi aussi", regrette-t-elle. Mais, sa mère affichait trop de mépris à son égard : "Elle disait : 'Que voulez-vous que je fasse de cette infirme ?'"Bernadette a donc très tôt compris qu'elle devait travailler davantage pour démentir sa mère. A 13 ans, elle investit ses maigres économies dans un commerce d'avocats et de bananes mûres, puis revend du sorgho dans la ville de Butare. Huit ans plus tard, elle rencontre une sœur qui lui propose d'étudier la couture. Quand elle arrive à l’école de Ngoma (près du centre de Matyazo où elle vit aujourd'hui), les autres avaient déjà fait tout un trimestre, mais Bernadette, très motivée, parvient à les rattraper. Elle est alors hébergée par sa tante maternelle, mais n'a pas la vie facile. Pour avoir de quoi s’acheter des lotions pour sa peau fragile, elle puise de l’eau pour une vendeuse de bière de sorgho. Elle remplit alors 10 jerricans de 20 litres trois jours par semaine.Se protéger est pour elle vitale. Parfois, le soleil lui brûle la peau et provoque chez elle des plaies. "Ce qui m’accable le plus, c’est de ne pas être capable de m’acheter des lotions appropriées. L’argent que je gagne suffit seulement pour louer la maison, m’acheter des vêtements et de la nourriture", déplore-t-elle. Le fait qu’elle soit obligée de louer sa machine à coudre 5 000 Frw (8 $) par mois est pour elle un obstacle supplémentaire.

 Soucieuse de sa "bonne apparence":Au centre de Matyazo, les clients ne sont en effet pas assez nombreux par rapport au nombre de tailleurs. En attendant de rencontrer un bon samaritain qui lui achètera sa propre machine et lui permettra de faire ainsi des économies, quand elle estime qu’elle ne pourra pas trouver l'argent pour louer sa machine, Bernadette fait alors n’importe quel autre emploi : cultivatrice pour des propriétaires de terres, aide-maçonne, etc.Elle n'en a pas pour autant renoncé à sa "bonne apparence" :"Le jour viendra où je serai capable de m’habiller à mon goût, de m’acheter de bons savons et lotions pour ma pauvre peau. Tel sera mon bonheur." A 28 ans, âge où les autres Rwandaises se disent "vieillissantes" et estiment qu’elles ne trouveront plus d’hommes pour les épouser, Bernadette n’a elle jamais véritablement pensé à se marier : "On me court derrière, sous prétexte que les relations avec une albinos porteraient bonheur. Je ne veux pas être un objet et j'ai peur de devenir malheureuse une fois mariée. Aujourd’hui, même certaines femmes 'normales' sont rejetées. Alors, qu’adviendrait-il de moi ?" Elle envisage donc de finir sa vie en célibataire et éviter un mauvais mariage qui lui laisserait des enfants à élever seule.Bernadette Niyodusenga ne se plaint pas pour autant et est toujours de bonne humeur. Converser et taquiner ses amis est son point fort. Ses collègues, comme cette vendeuse d'étoffes, s’en félicitent : "J’aime Kizungu. Elle a accepté son 'handicap', ce qui fait d'elle une fille exceptionnelle. Quand on est avec elle, on rit, on cause et la journée ne nous semble pas longue, même les jours où nous manquons de clients !"


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article