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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Blanche Simona

(Syfia/CRP) Grâce aux ONG et aux pouvoirs publics, des séropositives de Pointe-Noire et leurs enfants sont désormais sous antirétroviraux. Moins fragiles physiquement, elles se battent pour la santé et l'éducation de leurs enfants. Une attitude nouvelle.

 

Joviale, Pauline semble en parfaite santé. Aujourd'hui, elle et son dernier fils sont sous antirétroviraux (ARV), suivis par un centre de traitement ambulatoire de Pointe-Noire. Cinq ans plus tôt, cette veuve, mère de quatre enfants, était désespérée. Elle avait découvert sa séropositivité à l'occasion d'une grave maladie. Ni le choc psychologique subi alors, ni les maladies opportunistes n'ont cependant réussi depuis à ébranler son optimisme. "Je me suis dit que je devais vivre pour mon fils, même si les ARV étaient très coûteux et inaccessibles", se souvient Pauline. La gratuité de ces médicaments dans les hôpitaux n'a été décrétée qu'en 2007 par les autorités. Pauline en est désormais convaincue : "Mon enfant vivra". Sa nouvelle assurance Pauline la doit aussi à Avenir Positif (AP), une ONG congolaise dont elle est membre depuis trois ans. Rose, séropositive, est, elle aussi, un membre optimiste d'AP. "Un enfant avec le VIH n'est pas une charge inutile. L'essentiel pour les parents est d’accepter sa sérologie et la leur pour se mettre ensemble sous traitement", affirme-t-elle, au chevet du bébé d’une de ses voisines, hospitalisée pour une infection urinaire. Cette dernière se réjouit que, grâce au dépistage et au traitement préventif pendant sa grossesse, son fils soit sain. "C'est ma consolation", dit-elle.

 Retrouver indépendance et espoir

Ces dernières années, la capitale économique vit dans un climat de dédramatisation du sida grâce à la prévention. Des activités comme Kermesse sida vacances, des conférences-débats et des séminaires sont utilisés par différentes ONG spécialisées, sous la supervision de l'Unité départementale de lutte contre le sida (UDLS). "Le sida ne doit plus être une fatalité. Il ne sert à rien d'avoir peur", martèle, au cours de conférences, Régine Goma, présidente de l'Agence régionale d'information et de prévention du sida (ARIPS). "Lorsqu'ils tombent malades, nous payons la moitié des frais des ordonnances. Nous leur offrons des fournitures scolaires à la rentrée et réinsérons ceux qui sont déscolarisés", rapporte Charlotte Mayenguet, présidente de l'AP qui s'occupe de 400 enfants séropositifs. Depuis 2004 et 2006, le Fonds mondial de lutte contre le sida, avec le concours de l'UDLS, aide certaines ONG à financer des microprojets pour des séropositives démunies. En 2009 et 2010, AP a mis en place des activités qui procurent des revenus à 75 femmes parmi ses 400 membres. Une proportion jugée encore insuffisante par l'ONG concernée. "Nous rêvons de voir ces femmes acquérir une indépendance financière", explique Charlotte Mayenguet. C'est le cas de Pauline, bénéficiaire de ce fonds qui comme les autres a reçu 75 000 Fcfa (environ 115 €), pour se lancer dans la vente de poisson fumé. "Je ne dérange plus ma fille (pour lui demander de l'argent, Ndlr)", se félicite-t-elle.Cette indépendance est vitale. Mme Mayenguet estime en effet que la précarité est une des causes du décès de quatre enfants entre 6 et 13 ans sur les 400 pris en charge par AP. Des décès vécus comme de douloureux échecs… "Un enfant séropositif a besoin d'une alimentation saine et équilibrée, afin de compenser l’énergie dépensée anormalement du fait du VIH", explique le docteur Hubert Banguissa, spécialiste de la prise en charge médicale de ces enfants. Ce que la majorité des mères d'AP ne peuvent leur offrir. "Elles sont elles-mêmes sous-alimentées, fragiles. Certains enfants prennent les ARV alors qu'ils sont affamés", déplore Charlotte Mayenguet.

 Silences et rejet

Autre difficulté : le silence qui entoure encore la maladie. Corelli Mavoungou, psychologue, membre d’AP, confirme que les parents craignent toujours d'annoncer sa sérologie à leur enfant, de peur que ce dernier en parle. Difficile aussi pour eux d'évoquer leur sexualité, un sujet tabou dans bon nombre de familles. Du coup, l'enfant, qui se croit en bonne santé, "arrête son traitement ou le prend mal", regrette Mme Mavoungou. "C'est seulement à son 13e anniversaire que nous avons, mon mari et moi, réussi avec l'aide de la psychologue, à informer notre fils qui devenait capricieux dans le suivi de son traitement…", rapporte Rose. Les résistances sont encore plus fortes entre époux. D’où la difficulté des séances de "counseling" (d'information), "surtout quand vous avez des couples sérodiscordants (dont un des partenaires seulement est porteur du VIH, Ndlr)", précise Emma Tsoulou, présidente de l’association Femmes solidaires, qui informe des femmes séropositives en âge de procréer. Anne, séropositive, a ainsi été répudiée par son mari et chassée avec leurs cinq enfants. Ce dernier la considérait comme "l'unique concernée"… E. confie avoir été éconduite par son fiancé et exclue de sa famille qui ne l'approche plus. "Imaginez… Ma sœur a tenté de se suicider, car je l'avais griffée lors d'une bagarre et elle se disait contaminée !" Les séropositives et leurs enfants ont relevé la tête, mais leur combat pour la dignité reste une tâche de longue haleine.

 

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