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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Au Katanga dans le sud-est de la Rd Congo, les défenseurs des droits de l’Homme affirment travailler la peur au ventre. Arrêtés, menacés, parfois torturés et accusés de livrer de fausses informations sur le pays, ils n’entendent pas renoncer à leur action qui, disent-ils, fait avancer la démocratie.  

 

"Qui sera la prochaine victime après Floribert Chebeya ?" C’est la question que la plupart des défenseurs des droits de l’Homme se posent au Katanga, la riche province minière au sud-est de la Rd Congo. Dans leur travail quotidien, chacun d’eux affirme avoir été au moins une fois arrêté, parfois torturé et régulièrement menacé par des messages téléphoniques anonymes. Ils travaillent de manière permanente la peur au ventre, mais restent déterminés à avancer. "Défendre les droits de l’Homme est un sacrifice. Quand on a commencé on ne peut plus arrêter, jusqu’à faire triompher la vérité", explique Pr. Phinnées Yumba de la Commission de vulgarisation des droits de l’Homme (CVDHO).

 

Ces activistes disent jouer un rôle important dans la bonne marche du pays. Et lorsque l’un d’eux tombe, assassiné, "ça veut dire que le pays recule, la démocratie est en péril", regrette Emmanuel Umpula Nkumba, directeur exécutif de l’Ong Actions contre l’impunité pour les droits humains (ACIDH). Après la mort de Chebeya, il affirme que ce n’est pas en procédant ainsi que les ennemis de la démocratie arrêteront l’idéologie pour laquelle ils combattent. "Il y aura [peut-être] d’autres Chebeya, mais on ne tuera pas tout le monde d'ici à ce que notre pays soit compté parmi ceux qui reconnaissent et appliquent les droits de l’Homme", déclare-t-il.

 

"On ignore notre rôle"

Pris tantôt pour des ennemis ou opposants au pouvoir, informateurs de la communauté internationale, fauteurs de troubles, les activistes des droits de l’Homme racontent les pires misères qu’ils connaissent dans l’exercice de leur travail. D’abord dans le reniement même du boulot qu’ils font. "On nous reconnaît le droit d’exister mais on ignore notre rôle", s’étonne à ce sujet Emmanuel Umpula. Quand leurs Ong publient des communiqués et dénoncent des violations des droits de l’Homme, ils sont souvent accusés d’alerter l’Occident.

 

En 2006, Pr. Phinnées témoigne avoir par deux fois été contraint de vivre dans la clandestinité, par peur de représailles de la part de certains agents des services de renseignements qui traquaient des gens la nuit dans des bars et hôtels de Lubumbashi (capitale provinciale). Cet activiste constate que quand ils font des dénonciations, le pouvoir promet parfois souvent d’agir mais ne fait rien. "Quand vous vous attaquez aux géants des mines qui polluent l’environnement, l’Etat fait la sourde oreille", dit-il, tout en notant que la justice reste dépendante au Katanga.

 

A propos de l’administration de la justice, les dénonciations des arrestations arbitraires de petites gens sans défense sont courantes. Selon le directeur de l’ACIDH, de nombreuses personnes sont arrêtées pendant des mois sans être jugées. "Quand nous les assistons, l’Etat pense que nous nous mêlons des dossiers qui ne nous concernent pas !", affirme Emmanuel Umpula qui dit avoir passé une demi-journée avec six de ses collègues, dans un cachot des services de renseignements, pour avoir tenté de défendre un des leurs qu’on voulait transférer à Kinshasa. "Après quelques chicottes et tortures, nous avions été libérés nuitamment et le transfert avait été annulé", se félicite-t-il.

 

Poursuivis pour fausses informations

Souvent traqués, les défenseurs des droits de l’Homme sont aussi parfois contraints de dissimuler leurs numéros de téléphone, utilisés par ceux qui les menacent. Recherché nuit et jour par des inconnus à son bureau, chez lui à domicile et chez des proches, Phinnées Yumba affirme notamment avoir changé de numéro qu’il affichait dans des communiqués de presse. "Ils menaçaient de me faire du mal si je persistais à dire des vérités dans un dossier qu’ils estimaient sensible."

L’Agence nationale de renseignements (ANR) accusée de traquer et de procéder tout le temps à des arrestations arbitraires des défenseurs des droits de l’Homme, s’en défend. "Toute arrestation n’est pas arbitraire", explique Gédéon Madjunda wa Madjunda, du Bureau 2 de l’ANR. Pour lui, en cas d’infractions portant atteinte à la sécurité de l’Etat ou à l’intégrité du territoire, "suivre la procédure de convocation peut amener la personne suspectée à fuir sans donner les informations dont on a besoin." "Nous poursuivons les défenseurs des doits de l’Homme quand les informations qu’ils prétendent être vraies s’avèrent fausses", ajoute-t-il.

Se plaignant d’être mal compris, les activistes veulent voir l’Etat faire un pas en avant dans la reconnaissance et l’application des textes juridiques qui affirment le respect et la défense des droits de l’Homme, parmi lesquels la Constitution du pays.

 

                                                                                                    Régine Kapinga

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