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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Pour avoir le temps d'enterrer dignement leurs défunts, les habitants de Kananga et des villages de la région utilisent un alcool local qui conserve les corps quelques jours. Car ici le formol est rare et cher et la morgue, jusqu'à peu, inexistante.   

                                                   Julienne Elameji

 "Un jour voire une demi-journée suffisent pour que ton corps soit conduit au cimetière ! Mais ce délai ne permet pas à tes enfants de Mbuji-Mayi ou de Lubumbashi de venir voir ta dépouille une dernière fois !", se chagrine, la fille cadette du coordinateur des écoles protestantes à Kananga, chef lieu du Kasaï-Occidental en RDC, mort subitement. Ici, le deuil est un moment important pour les familles qui souhaitent attendre l'arrivée des parents qui habitent loin pour enterrer leurs défunts. "Le deuil au Kasaï est une occasion pour les membres proches de consolider l’unité et la fraternité. Ne pas être à l’enterrement de l’un est une dette morale", explique l’historien Mukadi, professeur à l’ISP. Mais à Kananga, ces dernières années, en l'absence de morgue et de formol pour conserver les corps, les enterrements devaient se faire au plus vite. Depuis quelques temps l'utilisation d'un alcool local, le ciciampa, à base de maïs et de manioc, permet de retarder les funérailles de 2 ou 3 jours, au grand soulagement de ceux qui pleurent leur défunt.

 Alcool à la place du formol

"Cet alcool que nous buvions nous sert également d’antiseptique à la place du formol devenu rare", témoigne Grégoire, un vieux de 83 ans. Bien peu de gens, en effet, peuvent se procurer du formol à 50 $ le litre et qui n'est pas toujours disponible sur le marché. A. Mulomba, un prêtre catholique venant d’Italie a ainsi eu pu, l’an passé, enterrer sa grande sœur dont le corps avait été conservé grâce à ce produit local, raconte Monique Kenda, spécialiste en distillation d'alcool. Il n'espérait plus pouvoir assister à ses obsèques trois jours après le décès. Depuis 2005, avec la crise de la Société nationale de chemin de fer (SNCC) et le départ massif des expatriés de grands hôpitaux, tels que Tshikaji, Mikalayi…, le prix de l'embaumement d'un corps immédiatement après le décès est passé de 10 à 300 $. Ce service n’est plus réservé qu’aux nantis. Pour le Dr Kabongo, anesthésiste, "embaumer un corps est un service coûteux et on court de grands risques d’infection et de contagion." "Aujourd'hui, il suffit d’acheter une bouteille de ciciampa de qualité supérieure à moins de 5 $. À l’aide d’une seringue, on l'injecte dans le cadavre pour mieux le conserver et retarder sa décomposition. C’est vite fait", raconte M. Kalombo. Cette boisson en raison de son fort taux d'alcool (40 à 50 degrés) a un grand pouvoir de conservation et est un puissant antiseptique. Mort dimanche à six heures du matin, Jean Claude a été enterré mardi après-midi à Ndekesha, une mission catholique située à 120 km de la ville sans que son entourage ait été incommodé. Cette pratique s’est répandue ces derniers temps dans les villages comme en ville. Dans certains centres de santé, des infirmiers  voire des médecins la conseillent.

 Ne pas toucher les morts

Cependant, le Dr Magazani de l'antenne OMS de Kananga rappelle quelques règles d'hygiène : "Bien que le formol désinfecte et que l’alcool retarde la décomposition, tout cadavre devrait être déposé dans une morgue bien conditionnée ou enterré au plus vite, afin d’éviter la contamination éventuelle des vivants." "Rappelez-vous les maladies telles qu'Ébola, la dysenterie, le choléra qui tuent sans pitié ceux qui restent avec les morts", poursuit le médecin. Dans la tradition, les femmes affligées entouraient le corps et dormaient à ses côtés même en état de décomposition. Pour les mamans, pleurer les morts, pendant au moins trois jours est un devoir selon la Bible et selon la coutume. La place d'un mort est dans un cercueil bien fermé, résume le Dr. Kabongo. Pour améliorer la situation et permettre aux gens d’organiser dignement le deuil, le gouvernement provincial vient de faire construire une petite morgue pour quatre corps à 12 km de la ville, à Cikaji, un grand hôpital privé de l’Église protestante au Kasaï-Occidental. Celui-ci dispose de courant électrique en permanence grâce à son barrage sur la rivière Lubi. Mais les pauvres, qui ne peuvent payer le transport de leur défunt, n'y ont pas accès. Le ciciampa reste donc leur seul recours.

 

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