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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Anta 0208Je n’aime pas le 8 mars, car il me rappelle un souvenir macabre avec la mort par étranglement de ma cousine Zara par son mari. C’était en 1989. La cause principale de son assassinat prenait sa source de son refus d’aller au pâturage à la place de sa coépouse comme cela devait être. Lui, le patron de la maison, tenait pourtant mordicus passé une délicieuse journée avec sa seconde jeune femme qu’il venait nouvellement d’épouser. Et Zara qui possédait un caractère autonome refusa totalement la dictature locale de son conjoint. Pourtant, il le sait bien que ce n’était pas le tour de Zara. Elle l’avait fait pendant une semaine sans arrêt. C’était normalement sa seconde femme de prendre le relai la semaine suivante conformément aux décisions qu’elles ont tenues respectées. Sa coépouse est une grossiste d’oignon et de tomates séchées. Contrairement à elle, ma pauvre cousine Zara qui n’était qu’une simple femme rurale. Elle n’avait ni eu la chance d’aller à l’école de Voltaire, ni celle du Cheikh Islam. Elle ne pratiquait aucune activité à but lucratif. Au temps de nos parents, on dira d’elle qu’elle est « femme de ménage ». Aujourd’hui, on utilise plutôt le terme de « femme au foyer » ou « une femme rurale ». Pourtant, ce sont simplement des jeux de mots qui ne remplaceront aucunement pas ma douleur et l’absence injuste de ma sœur Zara. Donc, le 8 mars 1989, à une trentaine de minutes de mon retour du collège ! Mon grand-père Abba-Dokone, le père de mon oncle colonel Khamis Dokone, assassiné politiquement par le pouvoir tchadien en  place, pour des raisons que je ne peux connaître les motifs inexplicables.

Anta 1803

Il m’appela d’un ton grave dès qu’il sentit ma présence chez nous à la maison. Pourtant, je me battais pour ouvrir la porte de l’appartement ou ma chambre pour être claire dans mes mots. En effet, j’ai perdu ma clé au lycée pendant la première pause des cours. J’abandonne tout, et je viens vers papa Dokone pour l’entendre. Il doit avoir en ce temps-là entre 89  et 92 ans. Soyez convaincu de cet âge approximatif que je lui donne. Tout le monde connaissait Abba-Dokone par rapport à la chance de vie qu’il a eue dans un pays où l’expérience humaine dépassait difficilement la cinquantaine à cette époque. C’est un grand-père brave et courageux, nationaliste et persuasif. Il mesure deux mètres de longueur et quelques poussières de chiffres. Le général Degaulle avait d’après des informations populaires qui circulaient à travers des « téléphones arabes, une expression utilisée au Tchad pour parler d’une information provenant d’un interlocuteur inconnu. Elle n’est donc pas encore officielle » avait eu peur de lui. J’y vais donc vers lui, là où il était assis en même le sol, face à ma grand-mère Y-ya Méhé (Y-ya qui signifie mère en arabe tchadien). Il me fixa de regard en m’annonçant : « Zara, Zara, Zara, est assassinée par un bandit de grand chemin. Mon fils, va dans ma chambre à coucher et prends la plus grande sagaie ou charge mon fusil des cartouches pour venger la mort de ta sœur Zara. Rends-toi dans le village de son époux et sème la terreur. Je suis Abba-Dokone, et j’y reste. Tu es Ahmat Zéïdane Bichara, le fils de mon fils Zéïdane, le fils de mon cadet Bichara, de même père et d’une même mère que moi. Je te connais brave et je sais que tu es vrai et redoutable guerrier du Guéra.Ramènes-moi, le corps de ce malchanceux mari de ma fille, Zara. Zara, Zara, Zara.Il a de la chance que je sois paralysé de membres. Je suis donc incapable de réagir contre cette douleur clanique et xénophobe. Tu dois aller dès maintenant me ramener le corps vivant ou sans vie de ce malchanceux charognard. Je suis hadjaraye de sang et de larmes. Je suis hadjarayes du vrai et de racines connues. Je ne recule d’aucun mal. Je suis chef Dokone et j’y reste. J’ai combattu les Allemands de façon redoutable. Je les ai vus pleurer et courir comme des hyènes devant un lion. Même leurs aveugles connaissaient ma détermination. J’ai vu Hitler pleuré en face de moi comme un chasseur poursuivant un gibier. J’étais présent pendant les deux grandes guerres mondiales, celle d’Indochine et d’Algérie. » Il versa de larmes et ses paupières devinrent lourdes de colère et de ce monde qu’il ne comprend pas. Et le monde ne comprend pas à son tour. Il n’ya plus de dialogue entre eux. Un homme de cet âge qui pleure sa petite fille. Cela n’a pas été joli ou beau à voir et surtout de rester à côté de lui. Mais, résistance oblige, je me trouvai toujours là en lui laissant le temps de vider sa colère. J’avais compris que ce n’était pas facile d’accepter la mort par assassinat de sa petite fille, lui qui est notre grand-père à cet âge là. Ensuite, la vieillesse est une étape dure et insupportable. Bien qu’on ne reconnait pas sa pathologie en termes de médecine générale. Le plus difficile est surtout le fait qu’il soit paralysé de jambes. En fait, il ne l’est pas vraiment. Mais d’après des analyses médicales de l’Hôpital général de Mongo, c’est son système nerveux qui semble être en difficulté, déstabilisant le bon fonctionnement de son corps. Une fois les larmes terminées, il m’apprend que l’assassin de ma cousine est arrêté par la police et les gendarmes. Il m’apprend aussi que le village du présumé assassin de notre sœur ou fille est encerclé par des gendarmes et des policiers afin d’éviter des représailles. Je ne peux plus intervenir ou venger ma sœur assassinée. Progressivement, je ressentais en lui, une personne qui reprend sa raison. Au moment où je ressentais en lui de bons sentiments, je me suis levé pour lui ramener son fusil carabine 55 de marque américaine qu’il utilisait pour la chasse quand il n’était pas encore malade ou dominé par la vieillesse. C’est une arme qui possède des capacités d’abattre même des humains de façon odieuse. Je lui ramène également sa grande sagaie comme il m’avait recommandé. Il me demanda de l’eau pour laver le visage portant des traces de larmes. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il lava ses yeux et me demanda de m’assoir pour entendre d’autres messages de lui. Il me dit : « la colère est une drogue. Sachant qu’aucune personne ne peut l’éviter, quand il s’agit d’un cas d’assassinat très choquant comme celui de Zara ? Mais, en te demandant de m’apporter mon fusil et ma sagaie, je voudrais savoir en toi ta détermination et ta façon de régler les conflits. J’ai vu que tu es très touché par la mort de ta sœur Zara. C’est une fille très gentille, belle et surtout fidèle dans son vrai sens. Mais, on dit souvent que les bonnes personnes n’ont pas de chance de vivre longtemps. Ainsi, arrange la sagaie là où tu l’as prise, y compris le fusil. Porte ton djallabyé (un habit traditionnel d’une longue coupure et ta chéchia (chapeau tradition que l’on porte à la tête) afin que nous partions au village soutenir nos parents en difficulté et plus directement la mère et le père de Zara. Car, c’est la vie et nous ne pouvons rien quand Dieu, décide. Mais le plus important pour un homme, c’est le courage et sa force à dominer le mal qui l’atteint. Je suis chef Dokone et tu comprendras un jour que j’ai joué un rôle militaire et civil d’une importance capitale pour la France et pour le Tchad. Et je suis fier d’avoir un fils qui suit à la lettre mes décisions. Je sais qu’après moi, il aura toujours des hommes de notre clan qui assureront la relève. Je sais que nous avons perdu Zara. Mais la vie continue. »

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