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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Ndodjo

Réndodjo Em-A Moundona, vous êtes une jeune sociologue de développement et populations, anciennement journaliste de l’hebdomadaire tchadien:«L'Observateur».Vous êtes actuellement en Allemagne dans un pays européen en formation en gériatrie.Vous dites clairement que vous avez hérité en partie votre soif d’écriture de votre père un ancien journaliste reconverti dans l’Enseignement. Merci d’avoir accepté cette interview au blog-infos:«Regards d’Africains de France».

Vous êtes en Allemagne, loin de votre Tchad. Mais lorsque l’on survole votre blog, on saisit aussitôt vos yeux qui ne cessent de regarder d’un bon ou d’un mauvais œil votre pays où la politique ne décolle pas encore vers un ciel démocratique. Qu’est-ce qui explique un tel attachement ou un tel retour en arrière?

Etre tchadienne n´est pas seulement un document qu´on porte sur soi. On est Tchadienne dans le cœur, par sa façon de vivre, de faire, de manger : c´est une culture et une identité et je la porte en ma personne avec fierté. Ceci explique cet attachement que j´ai pour ce pays. Et puis il faut le dire, j´y retourne tous les ans. Je n´ai jamais fait plus de deux ans hors des frontières du Tchad. De ce fait, je suis plus ou moins au parfum de presque toutes les mutations, changements et évolutions.

Idriss Déby, le président de votre pays est arrivé au pouvoir le 1er décembre 1990. Nous sommes en 2013. Il est encore au pouvoir. Comment expliquer qu’un président puisse régner 23 ans au pouvoir sans qu’un peuple ne manifeste pas sa colère contre lui comme dans certains pays du Maghreb ? 

Peut-être qu´il gère bien le pays (rires). Les réalités tchadiennes sont autres. Comment réussir un printemps tchadien avec une armée presque clanique? Il serait difficile d´envisager un pareil changement et je crois que le Tchad n´en a pas aussi besoin. Trop de sang à couler jusque-là dans ce pays. Je suis pour un changement bien sûr mais il faut innover, trouver d´autres formules puisque le principe des urnes a fait aussi ses preuves. En voyant le Maghreb, on voit les failles et les limites de ce printemps. Alors un printemps tchadien à la sauce maghrébine? Non, merci. Trouvez nous du nouveau.

Vers qui revient la faute de ce pays qui a du mal à respecter les valeurs démocratiques : les religions, les populations ou bien le destin?

Les responsabilités sont partagées entre toutes les parties composantes du Tchad sauf le destin. Je refuse toujours cette fatalité tchadienne à voir le destin ou la main de Dieu derrière chaque misère. Nous sommes tous responsables, nous Tchadiens toute tendance confondue, du Tchad actuel. Le peuple est coupable par son ignorance, son indiscipline et son incivisme qui est très mal canalisé. Regardons un peu les débats sur les réseaux sociaux et les pages tchadiennes. Il faudrait que le peuple commence par entretenir une culture de la paix entre les communautés qui font la Nation tchadienne. Quant aux religieux, certains font soit la fine bouche, soit la politique de l´autruche s´ils ne pactisent pas avec le mal. Le destin est bien loin de tares de ce pays. Il revient à chaque entité de prendre ses responsabilités vis-à-vis de la jeunesse en lui accordant les moyens de son développement.

Vous vivez en Allemagne dans un pays démocratique où toutes les libertés sont respectées. Vous provenez d’un pays où la justice a de la peine à trouver un espace. « Vues croisées » est un désir vers l’inconnu et d’explorer ce qu’il a de meilleur en lui. Qu’est-ce qui vous semble le plus important finalement ? 

Je crois qu´on peut beaucoup apprendre des autres, certains de leurs savoir-faire par exemple, leurs histoires, leurs combats, leurs victoires. l´important c´est de savoir ce qu´il nous faut et ce qu´on veut de l´autre.

Se retrouve-t-on facilement dans un pays de droit quand on a déjà pris l’habitude de vivre dans un pays comme le Tchad où l’autrui et ses biens ne sont pas souvent respectés?

Tout s´apprend dans la vie. Mais je crois que ce ne sont pas tous les Tchadiens qui sont les moutons de Panurge. Le problème est que l´injustice est si banalisé au Tchad que les actions des Hommes de bien deviennent moins visibles. Au fil de mes rencontres j´ai vu comment l´Homme tchadien est apprécié pour sa retenue et son sens de l´honneur et de la dignité. Cependant il faut souligner que notre rôle de gendarme pompier-pyromane en Afrique ne nous attire pas du coup les affinités. Mais c´était. Je crois que depuis notre intervention au Mali, les idées changent.

Vous arrive-t-il de parler positif du Tchad aux Allemands ou à d’autres personnes que vous côtoyez ou vous n’êtes que là pour taper sur la tête de certains de vos dirigeants qui brillent par leurs fautes?

S´il ressort plus du négatif dans mes écrits, il n´est pas pour autant dit que je vois le Tchad ainsi. Au contraire, je décris toujours à mes interlocuteurs ce Tchad que certains médias omettent de présenter. Le Tchad c´est, les tenues vestimentaires, les musiques, sa gastronomie, son hospitalité, ces jeunes qui émergent et entreprennent, le potentiel géoéconomique… Tel est ce Tchad qui revient souvent dans mes débats avec les autres.

Le Tchad exploite son pétrole depuis une dizaine d’années, pourtant beaucoup de gens souffrent d’une extrême pauvreté. Pourquoi cela ? Et vers quelles directions va l’argent du pétrole et des autres ressources du pays? 

À voir le train de vie et les parcs autos d´une catégorie de Tchadiens, les villas qui poussent partout, je crois que la réponse à la question est très évidente! Une partie du peuple détient cette manne au détriment d´une majorité lésée.

Votre pays le Tchad se balance entre les Chinois, les Américains, les pays arabes et les Occidentaux. Est-ce que ce sont des telles coopérations qu’il faut pour un pays sous-développé?

L´urgent serait de trouver le bon terme de coopération. La nature du pays coopérant doit importé peu s´il ne fait pas de certains de ces attributs une condition de cette coopération. Qu´elle soit chinoise, arabe, occidentale, toute coopération est avant tout stratégique et, toute partie doit savoir consolider et déterminer les échanges dans un rapport gagnant-gagnant.

Vous avez un œil de sociologue de développement et populations, quelles sont les erreurs que le Tchad commet en matière de coopérations et qui le déstabilisent profondément? 

La première erreur du Tchad en matière de contrat de quelle nature que ce soit, c´est de signer des documents que l´on connait à peine les clauses. Dans toute coopérations, chaque partie doit garantir ses intérêts car c´est bien de cela qu´il s´agit. Je me demande si on envoie toujours des personnes qu´il faut lors des négociations de certains contrats. Si tel n´est pas le cas, il faudrait revoir les choses, savoir qu´est-ce qu´on donne en échange de quoi. Lorsque le Tchad aura compris cette logique de coopération, on pourrait rentabiliser nos échanges. 

Hissein Habré est en train d’être jugé au Sénégal pour répondre de ses actes de crimes contre les Tchadiens et contre l’humanité. Mais la justice internationale et en particulier sénégalaise a oublié le nom de son ex-chef d’Etat-major Idriss Déby. Que dites-vous de tout ça? 

Je crois que cet ex-chef d´Etat-major se dit prêt à comparaître. En bon soldat, il doit être certainement un homme de parole alors, on ne doit pas pronostiquer avant la comparution officielle du premier accusé.

Selon vous, dans quel pays devrait-il être jugé?

Tout pays peut juger Habré sauf l´Afrique. La crainte d´un procès lent ou expéditif et non équitable peut en être la raison. D´ailleurs qui des dirigeants africains actuels pourrait jeter le premier, la pierre? Je pense qu´Habré pourrait avoir un jugement équitable à la Haye.Quant à cette souveraineté africaine évoquée pour écarter la piste de la CPI, c´est un débat à part entier. Si l´Afrique a voulu le juger, elle l´aurait fait depuis les 23 ans qu´Hissein Habré est partie du pouvoir.

Lorsque l’on survole vos différents articles, on constate que vous abordez vos sujets avec une technique mi-simple, mi-dure de mots pour critiquer certaines pratiques de votre société comme le lévirat, la nomination d’un médecin au ministère de l’Agriculture. Est-ce que c’est une révolte ou bien c’est juste une façon d’appeler vos dirigeants au pouvoir à un changement positif?

Je dis juste les choses telles qu´elles sont avec des mots qui sont miens. Si jamais un de mes dirigeants après lectures décide de changer la donne, ce serait un plaisir. Mais je crois que l´écho de mes écrits est si faible qu´il ne peut parvenir à leurs salons feutrés.

Réndodjo Em-A Moundona, vous avez animé pendant plusieurs années le desk politique, environnement, puis santé du journal Observateur du Tchad. Aujourd’hui l’opposition civile a du mal à sortir sa tête de l’eau pour affronter la majorité qui a la peau dure comme une tortue. Selon vous, d’’où proviennent ses vraies difficultés ? 

Honnêtement parlant, le problème de l´opposition tchadienne se trouve en son sein au point que les tchadiens se demandent s´il y´a encore une vraie opposition. Ils ont tous des programmes politiques désuets ou ils n´en ont pas véritablement un. Les mêmes visages reviennent toujours comme le parti au pouvoir, d´ailleurs. Peu d´entre eux ont des dauphins connus et se positionnent en chef de parti à vie. Un tel chef, une fois au pouvoir, acceptera-t-il à son tour l´alternance? Le peuple tchadien n´a plus besoin de discours, il a besoin des faits et des preuves de bonnes politiques. Le jour où, ces partis d´opposition auront compris, ils auraient gagné. 

La presse tchadienne est sous le choc avec des journalistes qui écopent déjà plus de cent jours de prison pour des raisons connues que de l’État tchadien. Que faites-vous à votre niveau en Allemagne pour leur libération?

Je suis contente de savoir que deux des trois sont à présent libérés. Mais une liberté avec sursis, c´est comme si on est toujours dans la case prison. Mais bon au moins ils ont retrouvé leurs bons lits et le bon repas.Cependant, je n´ai rien fait de particulier qu´utiliser ma plume: « j´ai écrit, j´ai signé des pétitions, partagé leurs images. Je me réjouis de cette solidarité du peuple tchadien à leur égard ».

Vous avez quitté le journalisme pour une formation en gériatrie. D’où  cette idée vous est-elle venue ? 

La gériatrie fait partie de la sociologie ainsi que la gérontologie qui est une branche des sciences sociales en vogue en ce moment en Europe au vue de la courbe démographique européenne. Or ici en Allemagne le dual system, c’est-à-dire travailler et suivre une formation au même moment, est bien connue et à la mode actuellement. Pour moi c’était plutôt une décision professionnelle d’avoir une base solide ici en Europe en adoptant le dual system. Surtout que je suis mariée à un Allemand, il me fallait être compétitif sur le marché du travail européen tout en tenant compte du temps. Et puisqu´être une journaliste en Allemagne implique une connaissance parfaite de la langue allemande, je me suis décidé à approfondir mes connaissances car je suis sociologue avant d´être journaliste.

Et que cherchez-vous directement en vous faisant former en gériatrie, puisque vous avez déjà fait assez de formations ? 

Aujourd´hui, on ne doit pas s´arrêter à un niveau surtout, nous Africains et surtout nous Tchadiens. Le savoir et la connaissance, on n’en aura jamais assez. La philosophie et le secret du succès du monde occidental c´est d´aller au-delà de ses connaissances élémentaires. Nous Tchadiens devrions nous y mettre si nous voulons sortir de l´ornière. J´aime aussi bien apprendre quelque chose de nouveau, briser la routine professionnelle et découvrir des univers nouveaux. Ceci dit, je me suis dite que l´Afrique ou le Tchad aura un jour besoin de gérontologues et de gériatres puisque la société africaine se modernise, l´espérance de vie s´accroît et la solidarité familiale s´effrite lentement. On serait donc, dans les prochains dix quinze ans, dans le besoin de ces experts. 

Le journalisme ne vous manque-t-il pas toujours ? Si oui pourquoi ?

Il est vrai qu´une typique atmosphère de conférence de rédaction, le bouclage d´une parution, … m´avait manqué autrefois, parce que tout ceci faisait partie de ma vie. Mais à présent, j´ai changé de pas de danse puisque le rythme de mon Tam-tam a changé. C´est aussi un autre sentiment de savoir que derrière ces appareils et gestes quotidiens qui maintiennent une personne en vie, c´est d´abord l´homme qu´on est. Et puis, j´ai une super communauté de blogueurs à savoir Mondoblog pour RFI dont je suis une des blogueuses. Nos échanges même s´ils restent virtuels sont une expérience formidable que je vis en ce moment.

Réndodjo Em-A Moundona, vous êtes en formation et vous animez «Vues croisées», un blog très garni en informations de haut niveau sur le Tchad et sur d’autres sujets d’actualités. Comment conciliez-vous les deux choses à la fois? 

J´ai en réalité deux blogs: http://www.facebook.com/www.rendodjo.mondoblog.org) .Il est vrai que cela n´est pas facile parfois mais j´y arrive quand même. Il faut juste savoir prioriser les choses et comme je suis d´esprit très casanière, je profite de mes week-end et de mes nuits pour écrire.

Et quelles sont les vraies raisons qui vous ont amené à créer ce blog-infos: « Vues croisées »?

Il m´est arrivé de rencontrer de personnes singulières faisant de petites choses mais véritablement bien, des aventuriers classiques tous comme de visiter des villes aux histoires et passés intéressants comme Auschwitz qui restera à jamais gravé dans ma mémoire.J´au eu l´envie de raconter la vie de ces personnes, raconter ces villes. Mais l´idée première à l´origine de vues croisées était d´animer un blog montrant le Tchad, son histoire et son potentiel humain, touristique puisque j´avais envie d’écrire des articles mais je craignais aussi d´intégrer un médium ici à cause de la langue. Je jugeais mon niveau insuffisant lorsqu´il s´agit d´écrits journalistiques. Ainsi est né mon premier blog. 

Vous expliquez à vos lecteurs que votre blog narre les voyages, les récits, les rencontres et l’univers incompris des autres ? D’après vous, que cachent «ces autres» que vous ne définissez pas clairement?
Tout Homme a certainement une vie qui peut inspirer une autre vie. Forcement. Cela peut être un trait de caractère, un art de vivre, de penser ou de parler. Nos politiques africaines ont cette tendance à justifier le retard actuel de l´Afrique par son passé, or il y´a bien de pays qui ont été cendres et poussières et qu´on a pu rebâtir. J´ai vu des images de l´Allemagne au sortir de la guerre en 1945, il n’y´avait que de la poussière et du cendre mais ils ont su rebâtir leur Nation.Tout est question de civisme, de logique et de la discipline. Ce sont autant de choses que cachent «ces autres» que je convoite bien. J´ai appris des Allemands la ponctualité par exemple, c´est la base de tout épanouissement.

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