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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

(Syfia/CRP) Une cinquantaine d’enfants initiés à la céramique par un des leurs oublient leurs traumatismes et retrouvent de l'ambition pour assumer leur avenir et celui de leurs proches.

                                                                 Marien Nzikou-Massala

"J’étais émerveillé d’être pour la première fois en face d'autres gamins et de les former. Ces enfants ont presque la même histoire que moi… Je milite pour qu’ils ne repartent plus dans la rue". Depuis six ans, Japhet Malonga forme à la céramique une cinquantaine d’enfants parmi les quatre cents qu'aide l’association Enfance créatrice de développement (ENCRED). Fort de son expérience d’ancien enfant de la rue, Japhet sait trouver les mots justes. "Vous êtes utiles à la société. Votre place n’est pas dans la rue. Retrouvez votre famille et le chemin de l’école ou trouvez un centre pour apprendre un métier qui fera de vous des hommes sur lesquels le pays pourra compter", leur répète-t-il en substance inlassablement.

 

Arrivé au centre d’ENCRED à l'âge de neuf ans, Japhet y est resté plus de huit ans. Parrainé par une famille française, il a d’abord appris la plomberie, puis s'est tourné vers la céramique. Aujourd'hui, il fabrique des objets qui évoquent ce qu’il a vécu pendant les guerres. Blaise, un de ces formateurs, est impressionné par le chemin qu'il a parcouru : "Japhet est un témoignage vivant pour nous. Quand nous l'avons découvert, il ne savait ni 'porter ses sandales', ni écrire…"À présent, il soutient sa famille, grâce à des revenus mensuels d’environ 60 000 Fcfa (90 € environ), légèrement au dessus du Smig. Son père, Jean Julio Malonga, hémiplégique, s’exclame : "Si hier Japhet était négligé, aujourd’hui il apporte beaucoup. Il vient d’offrir à son oncle sa première paire de lunettes et il m’a orienté vers un centre de soins médicaux. Il est devenu un grand responsable pour la famille !" Rosine Baniakina, une de ses tantes, confirme : "C'est un plaisir de voir cet enfant qui était comme perdu revenir sur le bon chemin. Il a su redonner le sourire à tout le monde au sein de la famille."

 Se façonner un autre avenir

Danielle, 12 ans, élève de Japhet depuis ses six ans, semble marcher sur ses traces : "Grâce à la céramique, j'exprime tout ce qui me passe par la tête." Alain Mesmin, un ex-enfant de la rue, en formation depuis deux ans, apprécie lui aussi la poterie : "Bien qu’elle semble être salissante, c'est un bon métier. Elle nous permettra de devenir autonomes". À la fin de sa formation, Alain compte repartir dans sa région d'origine, dans sa famille et créer son propre atelier. Pour Bernard Nzaba, secrétaire général d’ENCRED, le modelage de l’argile a plusieurs vertus : "Il aide les enfants à se libérer du souvenir des atrocités qu'ils ont vécues lors des guerres. Beaucoup de parents témoignent qu'après avoir fréquenté notre atelier, ils ne pensent plus à la violence et s’expriment librement. Au début de la formation donnée par Japhet, ils étaient une vingtaine tous les samedis. Leur nombre a grandi au fil des jours". Gustave Ngolo, céramiste et chef de service à la direction générale de la Culture, des arts et de l’artisanat au ministère, loue l’initiative d'ENCRED, tout en déplorant "le manque, au niveau du ministère, d’une politique pour intéresser les jeunes à la céramique et même des écoles afin de pérenniser cet art". Un art doublement utile qui permet à des enfants victimes de diverses violences de se façonner un autre avenir et de devenir utiles à leurs familles et à leur pays.

 

(Syfia/CRP) Les enfants de la rue ne sont pas irrécupérables. Des associations apportent une aide psychologique à ces victimes de violences dans et à l'extérieur de leurs familles pour qu’ils trouvent ou retrouvent un équilibre.

 

"Jesse a passé cinq ans dans la rue. Nous l’avons hébergé au centre. Il a désiré apprendre la mécanique auto dans un atelier. Aujourd’hui, marié, il est chauffeur mécanicien et possède son propre garage où il forme des gens", se félicite Sorel, éducateur à l’Espace Jarrot, une ONG de Brazzaville. Cette dernière utilise l’écoute pour créer avant tout un climat de confiance avec ces enfants déboussolés. Selon Lionel, psychologue à Médecins d’Afrique, une autre association, l’orientation des uns et des autres se fait en fonction de leurs souhaits. Ces premiers échanges les aident à trouver ou retrouver leur équilibre. "Au cours des compositions du 1er et 2e trimestre, je suis sorti premier de ma classe", se réjouit par exemple Michel, élève de CM2. Pour un enfant de la rue avoir de quoi manger, un toit pour dormir, un endroit où se faire soigner est vital. Mais, pouvoir parler des souffrances et des traumatismes qui l'ont poussé à quitter sa famille est aussi très important. "Après avoir divorcé de ma mère, mon père s’est remarié avec une autre femme. Cette dernière me maltraitait. Et puis, j'avais difficilement à manger... Je n’avais pas d'autre choix que la rue…", explique Prince. Eddy raconte : "J’ai involontairement incendié la maison de mon père en laissant une bougie allumée sur la table. Je suis ensuite parti. Je vivais en demandant de l’argent aux gens." Une fois dans la rue, ces enfants fragilisés sont soumis à toutes sortes d'autres violences, aveuglés pendant un temps par une illusion d'indépendance. "Je n’aime pas aller dans des centres d’hébergement parce que je n'y suis pas libre. Je suis habitué à prendre le chanvre avec mes amis…", confie Aaron, qui a quitté sa famille depuis trois ans.

 Écoute, jeux, médiation

La première démarche des ONG spécialisées consiste donc à leur faire comprendre leur intérêt à sortir de ce milieu malsain où ils ont échoué. Adrien Missiri, responsable du centre d’hébergement Cœur immaculé, insiste sur l'importance de l'entretien psychologique pour déceler le problème et proposer une réinsertion adaptée à chacun. Julien Makaya, psychologue à l'ONG Serment universel, évoque la force morale insoupçonnée de ces enfants : "Certains trouvent dans leur malheur des ressources pour rebondir. Ils le transforment en défi de réussite sociale."Après les avoir écoutés, on recourt à différentes méthodes. Lionel se sert des jeux pour identifier certains symptômes et aider les enfants à extérioriser leurs maux. Bertin Nimi, psychologue à l’association Génération sans risque, utilise aussi des jeux (football, poupées, voitures, devinettes…), le théâtre ou  le dessin. Une fois que les enfants ont retrouvé un certain équilibre, il entreprend une médiation pour favoriser le retour en famille. Pour Bertin, ce travail de réinsertion doit se poursuivre sur le long terme.Fidel Nkéon, psychologue au centre national de prévention et traitement des traumatismes psychiques, une structure spécialisée du ministère des Affaires sociales qui reçoit aussi des enfants de la rue, résume la philosophie commune de toutes ces interventions : "Notre objectif est d’aider les patients à retrouver l’équilibre".

Jean Thibaut Ngoyi

 

 

 

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