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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zéïdane Bichara-relecture Moussa Yowanga

À Djagou, un pays situé dans aucune carte géographique, la population ne veut plus de son président de la République de vingt-sept ans de règne. Il est accusé de diriger son pays de main de fer en usant des méthodes peu orthodoxes unanimement décriées par ses concitoyens à savoir le népotisme, la gabegie, la répression, l’impunité envers les siens et bien d’autres tares liées à l’exercice infini du pouvoir. La révolte a atteint le point culminant depuis l’existence de cette jeune République. Rien ne va plus. Les activités administratives et politiques sont fortement paralysées par des soulèvements pacifiques et violents, des grèves perlées mettant le pays à genoux. Après une dizaine de mois de bras de fer, à l’initiative des forces vives : société civile, syndicats, opposition politique, le président de la République après succession de huit conseils de ministres, décida d’organiser soi-disant des élections libres  présidentielles et législatives anticipées. Afin de permettre à son peuple souverain en colère d’élire un nouveau Président et des députés de son choix. Convaincu de son système mafieux très puissant et organisé comme une toile d’araignée, dans les bourrages des urnes, présent sur l’ensemble du territoire, aucun autre candidat de l’opposition ne sera capable de lui ravir son fauteuil.

 Ce dictateur-chef d’État très impopulaire qui ne plait plus à la majorité écrasante des populations est persuadé du soutien inconditionnel et massif de tous les généraux de son  armée et de leurs hommes de troupes comme dans les précédentes présidentielles.Quelques jours après sa décision, il signa des accords politiques avec une vingtaine des partis sur la centaine que compte le pays. Parmi eux, une figure célèbre par ses prouesses de vol lui tient particulièrement à cœur. Il était réputé pour être le pilleur des deniers publics. Ces accords signés avec un homme aussi louche, et qui, finalement décide d’être candidat aux présidentielles, s'explique par le fait que ce dernier possède de grandes entreprises privées et des supermarchés partout dans les grandes villes.

A son avis, cette stratégie de faire équipe avec un voyou de la République, un ancien   malfaiteur  était la bonne pour mener une excellente  campagne présidentielle, fort d’importantes sommes d’argent dont il dispose. Il  serait facile d’acheter la conscience des  électeurs qui voteront massivement pour le président candidat à sa propre réélection. Il espère être triomphalement élu  comme d’habitude. Et selon les termes des accords signés, c’est toujours lui, le président sortant qui briguera pour le vingt et huitième mandat à sa propre succession. Les partis alliés auront des postes ministériels et des nominations à des hautes fonctions dans les différentes institutions du pays. C’est ce qu’on nomme généralement les retombées d’une entente politique. De toutes les manières, la dictature n’a pas encore enfoncé sa tête dans la piscine. Il est persuadé qu’entre ses alliés politiques et lui-même, les accords seront respectés à la lettre. Et comme le peuple aura cru à ses élections présidentielles et législatives soi-disant libres et démocratiques, il finira par se calmer pour se laisser gouverner comme de rien n’était. Cet ancien voleur devenu chef d’un parti politiqué allié à la majorité actuelle, avait volé pendant vingt ans, argent et biens précieux de l’État pour s’enrichir et en même tant distribuer à toutes personnes démunies à travers tout le pays.

 Il justifiait son geste par des propos assumés tels que : « Cet argent volé  de l’Etat que je vous partage ici et maintenant vous appartient car il provient des ressources de notre pays ». Il n’est l’exclusivité d’aucun groupe ethnique, clanique ou encore moins familial. Tous les citoyens y ont droit d’en jouir. En réalité, je ne suis pas voleur. J’ai décidé de soutirer à l’Etat ce dont vous méritez et que personne n’ose vous donner ! Toutefois, soyez reconnaissants de me donner vos voix lors des futures élections. Je vous fais alors la promesse de bien gérer les deniers publics et redistribuer équitablement les richesses du sous sol et par conséquent, je serai plus voleur par choix pour nourrir les pauvres. A tous, je promets d’agir pour l’intérêt général et d’instaurer un état de droit et de justice sur l’ensemble du territoire. Les termes de notre constitution qui stipulent tous les hommes naissent libres et égaux en droit seront respectés. Les libertés fondamentales seront observées et le pouvoir veillera qu’à aucun moment, certains citoyens de la République se sentent marginalisés dans leur propre pays »

 Malgré l’alliance conclu entre l’actuel Président sortant et le chef du nouveau parti crée pour la circonstance par l’ancien voleur de la république, chacun s’active dans l’ombre pour rallier à sa cause le maximum des responsables militaires et civiles : l’un utilise les moyens colossaux de l’Etat, l’autre mobilise son réseau et l’empathie de la population.  D’ailleurs, ce dernier  bénéficiait déjà de la complicité de certains militaires hauts gradés qui s’évadent souvent des prisons et organisent des vols dans d’importantes villes. Et cet aspect des choses échappe complètement à la sagacité de l’actuel chef de l’État. Pourtant c’était l’unique récidiviste le plus craint par le chef de l’État, bien qu’il vienne de signer des accords politiques avec lui. D’ailleurs la signature de ces accords entre le président sortant et l’ancien brigand de la République a donné des armes à l’opposition: « Avez-vous entendu la triste nouvelle ? Les deux voyous de la République viennent de signer des accords pour mettre le pays à genoux. Une fois encore, on voit la preuve palpable du manque d’imagination et l’incapacité du président sortant de gouverner avec des hommes intègres et compétents. Si vous commettez encore la monumentale erreur de lui accorder vos voix, ce pays ne vous appartiendra plus jamais. Mais la démocratie permet à chacun de choisir librement la personne qu’il juge digne de mériter sa confiance pour diriger le pays ».

Fort du soutien de ses alliés, le président sortant s’exprime en termes nettes au peuple : « ne croyez jamais à ces opposants qui sont les vendeurs d’illusions et de la chimère. Ils ne vous apporteront que désolation et stupeur. En revanche, votre candidat a pu ramener un redoutable voleur à la politique. Après sa conversion, le pays vit un calme total. Les voleurs aujourd’hui sont ces soi-disant chefs des partis politiques et qui s’arrachent les cheveux pour espérer prendre demain le pouvoir. Dites-leur que le pays n’appartient pas aux voleurs. Pendant la campagne électorale qui commence la semaine prochaine, je vous assure qu’avec les partis alliés, nous ferons en sorte que toutes vos demandes soient satisfaites. Vous aurez du sucre, du riz, de bonbons pour vos enfants et bien d’autres choses. Nous vous garantirons le  plein emploi, la  santé pour tous, la bonne éducation pour vos enfants. Il y’aura une politique de l’immigration, nous encouragerons la natalité et rabaisserons la mortalité. Nous sommes là pour vous servir, soyez en convaincus. Le saviez-vous, les mains d’un dirigeant sont toujours ouvertes». L’ancien voleur devenu aujourd’hui allié du président sortant tient un discours plutôt original et bien rodé. En fait, ses discours se différencient des autres chefs politiques, y compris ceux du président de la République. Il n’accable personne. Il reconnait bien volontiers avoir commis être des erreurs, même si le peuple l’estime. Il fait très attention pour ne pas se laisser avoir par les dirigeants de la majorité à laquelle, il appartient. Il évite par calcul politique de s’en prendre ouvertement à l’opposition au cas où il serait mieux placé. Armé d’une prudence de serpent, d’une sobriété de colombe et d’une hypocrisie de lièvre, l’ancien rôdeur, devenu candidat aux prochaines élections présidentielles, a aménagé des discours politiques mi-figues mi-raisins pour la prochaine campagne qui s’annonce pourtant rude.

En revanche, il tient deux discours loin d’être identiques : l’un caresse l’actuel président dans le sens des poils su et connu par tous. L’autre, est celui qu’il tient lors de ses campagnes de porte à porte. Et surtout il n’évoque jamais les largesses faites avec l’argent volé. Il fait tout pour être un dirigeant politique prudent, rusé et proche du peuple, des opposants. Généralement, son discours connu de tout le monde passe toujours en premier. Il a aussi l’avantage de s’exprimer dans toutes les langues du pays, il jongle les choses comme les joueurs de football : « Qui de vous peut me montrer du doigt un meilleur président plus que le nôtre que nous avons maintenant ? Qui de vous peut me désigner une autre personne plus gentille que moi qui suis devant vous ? Écoutez,  C’est le moment de dire la vérité. N’attendez pas la fin de la prochaine campagne électorale ou la fin des élections prochaines pour manifester votre colère. Vous êtes un peuple intégre. Généralement  les vrais hommes, les vraies femmes n’hésitent pas à tirer sur un malfaiteur dirigeant. Vous savez, ces opposants que nous avons dans ce pays sont comme des tourterelles qui roucoulent, même s’elles ne voient pas d’ennemis. Ils ne savent pas ce qu’ils font et souvent ce sont des affamés qui sont mal nourris par leurs femmes qui se métamorphosent à des chefs des partis politiques pour soi-disant vous détournés. »

Et lorsqu’il fait le  porte à porte, accompagné de membres de son bureau, il se présente comme un humaniste. Il tient un discours constant avec de petites modifications : « avez-vous oublié ce que j’ai dit l’année dernière lorsque j’étais chez vous pour vous remettre un peu d’argent ? Je savais bien que vous allez tout oublier. Vous m’aimez bien, mais vos difficultés sociales sont si lourdes que vous ne pouvez plus avoir des heures libres pour penser aux choses sérieuses. Sachez le tous, un chef politique est celui qui se sent petit devant de pauvres personnes et ne cherchent que leurs droits légitimes. Eh oui, je me demande pourquoi, vous ne vous réjouissez pas de ma présence ? Pourtant vous savez que dès l’année prochaine, le pays vous appartiendra pour toujours, si Dieu accepte que je sois élu président de la République. De toutes les manières, il ne sera jamais contre les pauvres qui ne cherchent qu’à vivre normalement sans faim, sans soif et avec de l’électricité en permanence et partout. Le saviez-vous, les raisons pour lesquelles, je m’exprime devant vous ? Parce tout le pays aspire à un meilleur président ! Ne me dites pas que je suis le meilleur président qu’il vous faut. Je peux l’être. D’ailleurs tout le monde peut l’être. Mais, je crois réellement que ce pays a besoin d’un bon et juste président de la République. À qui appartient cette république : réfléchissez-y ! Le pays est le bien commun de tous. Croyez-moi, je suis avec tout le monde et tout le monde est avec la République. Vive la république, pour que vive le peuple uni !

 La campagne présidentielle fut lancée par les protagonistes de l’opposition et de la majorité quelques jours après l’installation de Commission électorale indépendante (CENI) constituée des membres du parti au pouvoir, de ses alliés et de l’opposition. Deux mois de campagne présidentielle leur ont été accordés par la Commission électorale indépendante, pendant lesquels tout le monde est libre de s’adresser au peuple afin de convaincre autant d’électeurs de l’intérieur comme ceux de la diaspora. D’un côté, on a le président de la République, tous les membres de son gouvernement, les partis alliés et de l’autre côté il y a les opposants. Tout le monde est en mouvement. Chaque homme politique s’est battu sur terrain sillonnant villes et villages à la rencontre des électeurs jusqu’à la dernière heure de la campagne électorale.

À Djagou les campagnes électorales donnent souvent lieu de faire la fête et surtout de partager du sucre de toutes qualités, sans oublier l’argent qui circule comme des papillons. Et c’est souvent le parti du président sortant qui se sert des caisses de l’État pour l’achat de conscience. C’était des moments de joie et de chance pour les candidats riches pour démontrer leurs capacités financières. Et pour les candidats pauvres, les campagnes électorales constituent pour eux  à la fois des moments difficiles et  des heures de vérité pour mettre à nu leurs adversaires politiques. Les campagnes électorales qui se déroulent dans ce pays se différencient totalement de celles que nous voyons dans beaucoup de pays occidentaux. Et puis, là où les choses paraissent étonnantes, c’est sur les alliances politiques que  certains partis de l’opposition ou de la majorité tissent avec d’autres, mais qui très souvent leurs membres se portent comme des chiens qui mordent leurs maîtres ? Et c’est exactement ce qui va se passer avec l’ancien voleur, devenu aujourd’hui chef d’un parti politique.

Au premier  jour de la campagne présidentielle. Il rassembla tous ses membres, hommes et femmes, jeunes garçons et filles, tous âges et sexes confondus en leur prodiguant des conseils d’éviter de prononcer des discours qui favoriseraient l’actuel président sortant, candidat à sa propre succession : « Cette campagne électorale que nous avons la chance de battre pour la première fois est l’unique occasion pour notre parti de briquer un premier mandat présidentiel et législatif également. Soyons sérieux partout où nous nous déplacerons. N’attaquons pas les personnes, mais plutôt leurs projets politiques, leurs actions passées et présentes. Notre parti politique est pour tout le monde et tout le monde est libre de s’adhérer. Je ne suis pas un chef politique, mais simplement un guide. Profitez avec l’argent et tous les biens consommables que nous avons eus du chef de l’État, le président sortant pour dire aux pauvres que cela leur appartient. Cet argent est le leur, y compris le sucre ou autre nourriture. Donnez-leur des occasions de profiter au maximum pendant cette campagne électorale. Dites-leur que c’est bien moi leur guide qui leur donne cet argent et les sacs du sucre ou autres. Ensuite, utilisez des termes simples afin qu’ils comprennent que le jour où nous serons élus à la tête de la présidence, leurs conditions de vie changeront immédiatement. Montrez-leur bien le spécimen de notre partie ‘bleu-blanc-rouge, lune et deux étoiles. Dites-leur et qu’ils entendent bien que notre parti a été créé pour eux les pauvres. Pourqu’ ils deviennent à leur tour des riches. Et nous rendrons pauvres ceux qui ont pillé les ressources de notre pays pendant plusieurs années. En revanche, lorsque vous prononceriez des discours dans les rues de nos villes et villages, n’oubliez pas de parler de cette alliance qui nous lie avec le parti de la majorité. Dites bien que le parti de la majorité avait accepté de signer des accords avec nous afin de changer sa politique pour adopter une autre qui plait à tout le monde le jour où le président sortant, reprendra le pouvoir par la voie des urnes. J’espère bien que je me suis fait bien comprendre. » Pendant la campagne, tous les membres de son parti avaient respecté à la lettre ses conseils. Tout le monde avait compris la leçon. Ayant entendu les beaux discours qui se prononcent dans les rues des villes et des villages par les membres du parti de l’ancien voleur de leur pays, le président sortant ordonnant à tout le monde d’éviter les bourrages des urnes, car il est convaincu qu’il arrachera le pouvoir grâce aux partis alliés ? Le président sortant et candidat à sa propre succession ne voit aucune importance de remplir les urnes par de fausses cartes électorales. Il a le soutien de tout le monde, surtout celle de l’ancien voleur converti dans la politique l’aidera à jouer gros. Le pouvoir serait encore à nouveau dans ses mains. Ce discours il l’avait tenu jusqu’à la fin de la campagne électorale, voire pendant le déroulement des votes.

Il convoqua tous les chefs de partis alliés dans son quartier général (Q.G) de son parti pour célébrer leur victoire bien avant que les votes eux-mêmes ne se terminent. Et les élections se sont déroulées sans incidents, ni bourrages des urnes. Il n’ya pas des faux votants sur l’ensemble du territoire de leur pays. Les observateurs nationaux et internationaux ont salué la conduite des votants. Ils ont aussi adressé des lettres de félicitations au président sortant d’avoir tenu à sa parole qu’il avait prononcée pendant le déroulement de la campagne de respecter les résultats des urnes et surtout d’éviter que de faux électeurs membres de son parti ne fassent de désordre. Il est donc 18 h 30 et le président de la CENI vient de prononcer son discours mettant fin aux élections de ce jour. Les comptages des urnes par des moyens locaux et modernes se sont déroulés sans heurts en présence des représentants de tous les partis politiques.

Le même jour, le président de CENI décida de promulguer les résultats afin de permettre au peuple de connaître son tout nouveau président. Si aucun de tous les candidats n’avait pas totalisé un chiffrage électoral qui ne leur permettait pas d’éviter le second tour, il leur donnerait le même jour la date de la campagne électorale du second tour.Heureusement au moment de la déclaration officielle des résultats, l’ancien escroc qui est devenu chef d’un parti politique arrive en tête  avec 99 %  soit  9 millions d’électeurs sur l’ensemble du pays contre 1 % des voix pour l’ancien président qui régna pendant vingt-sept ans au pouvoir. Le peuple a décidé de choisir l’ancien voleur comme président de la République. Le même jour l’ancien voleur élu président de la République prit la décision de casser les accords qui le lient avec l’ancien président de la République que le peuple a laissé tomber pour se tourner vers lui. Un ancien malfaiteur au pouvoir !  Que va-t-il se passer pour le peuple ? Ahmat Zéïdane Bichara/prix Lorenzo Natali 2006.-relecture Moussa Yowanga

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