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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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Publié par Jean Thibaut Ngoyi

(Syfia/CRP) Malgré des progrès significatifs enregistrés dans plusieurs hôpitaux de Brazzaville, les séropositifs continuent à être discriminés par certains personnels de santé. Autorités et associations organisent des formations et des concertations pour faire changer durablement les mentalités, en attendant l'adoption d'une loi pour mieux protéger ces malades.

 Il est 16 heures. Depuis 8 heures du matin, une femme séropositive attend de consulter un médecin du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville pour une plaie à la jambe. Une marque de discrimination évidente, selon elle : "Dès que des médecins extérieurs au Centre de traitement ambulatoire (CTA) qui me suit habituellement, voient le cachet du CTA, ils me disent qu'il n'y a plus de place ici pour moi et que ma cause est perdue. Si je n'étais pas soutenue spirituellement, je me suiciderais…" Un autre séropositif dit avoir vécu un rejet  similaire dans ce même hôpital : "J'avais rendez-vous avec un docteur, mais, à ma grande surprise, un de ses collaborateurs m'a dit sans plus d'explications qu'il ne me recevrait pas. Cela  m'a choqué."Selon Carine, sage femme au CHU, la peur d'être infecté, l'image négative du sida et des séropositifs qu'on a donnée par le passé ainsi que le manque de déontologie professionnelle et de formation d'une partie du personnel, sont autant de raisons qui expliquent de telles attitudes. Pour Sylvie Niombo, présidente de l'ONG Azur Développement (AD), la stigmatisation et les discriminations sapent les efforts de prévention du VIH et doivent être considérées comme des violations des droits humains : "Nous devons les combattre, afin que les séropositifs vivent sans honte, ni sentiment de culpabilité et bénéficient du soutien de leurs proches et de leurs soignants."

 Plus instruits et plus respectueux

Petit à petit, la détermination de certaines associations commence à porter ses fruits. Simon, assistant au projet VIH/sida à AD, explique : "Nous organisons des ateliers dans des hôpitaux avec le personnel soignant, des séropositifs et des associations. Nous formulons des recommandations pour les uns et les autres : considérer le sida comme toute maladie chronique, bien suivre les prescriptions du médecin, ne pas sombrer dans l'auto stigmatisation, connaître ses droits et devoirs, etc."Après avoir, dans une étude de 2004, tiré la sonnette d'alarme sur certains comportements graves du personnel soignant (injures, négligence ou refus de soins, annonce brutale de leur séropositivité aux malades et par des personnes non qualifiées, remise des résultats à une tierce personne, etc.), le ministère de la Justice et des droits humains, constate, lui aussi, quelques progrès. Cyrille Louya, directeur de la coopération chargé de l'unité de lutte contre le sida dans ce même ministère, rappelle : "Après notre étude, nous avons mené beaucoup d'activités qui ont apporté au public une connaissance exacte de la pandémie. Il y a également eu une grande évolution au niveau des personnels de santé grâce à nos formations, réunions et ateliers." La mentalité de certains professionnels de santé commence en effet à changer. Ainsi, lors d'une communication de Blandine Sita, présidente de l'association Femmes plus du Congo, en août dernier, un médecin s'est excusé pour avoir discriminé des séropositifs. Plusieurs médecins suivent désormais avec plus de respect ces patients. Certains font passer le message aux autres personnels de santé. Le Dr Regis, pédiatre et responsable de l'unité de prise en charge des séropositifs à l'hôpital de Makélékélé, rappelle à son équipe de prendre soin des sidéens comme des autres malades.

 Une loi très attendue

Depuis 2007 et la gratuité des antirétroviraux (ARV) dans les hôpitaux, les séropositifs sont globalement mieux suivis et pris en charge. Les progrès enregistrés sont cependant fragiles. En particulier quand les hôpitaux et les pharmacies manquent d'ARV, en raison de délais d'acheminement trop importants, comme l'explique, sous anonymat, un des responsables de la Congolaise des médicaments génériques (Comeg). Selon cette même source, la Comeg, qui achète et reçoit les ARV de l'étranger puis assure leur distribution dans les pharmacies et hôpitaux du pays, est en rupture de stock depuis environ cinq mois. Pour le Dr Regis, cette situation contribue à discriminer à nouveau les séropositifs, car plus malades et plus facilement repérables, ils sont aussi plus montrés du doigt.  Les associations cherchent une solution durable et réclament le vote d'une loi qui protège les séropositifs, comme il en existe dans d'autres pays africains. Un projet datant de 2004 se trouve toujours au Secrétariat général du gouvernement. "Il doit partir au Parlement, s'impatiente Mme Sita. Cette loi doit être adoptée et promulguée au Congo." En août dernier, la présidente de Femmes plus du Congo a plaidé devant les femmes parlementaires pour qu'elles apportent leur soutien à l'adoption de ce texte.

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