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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

(Syfia/CRP) Ces derniers temps, à la morgue et dans des veillées mortuaires de Brazzaville, des femmes en tenues légères troublent le recueillement des familles éprouvées. Certaines vendent ainsi leurs corps, d'autres cherchent un mari. Des associations militent pour trouver des solutions en amont à ce phénomène lié à la pauvreté, l'ignorance et l'isolement de ces femmes.

 

                                                      Jean Thibaut Ngoyi

8 h 30 du matin. Les gens arrivent en masse à la morgue municipale de Brazzaville pour les cérémonies de recueillement. Dans un groupe, deux femmes, très légèrement vêtues, sont stoppées à l’entrée du portail principal par des agents de sécurité. Depuis août dernier, la direction leur a confié pour mission de refouler toutes celles qui portent des tenues qu'ils jugent indécentes. Jasmine, venue soutenir sa camarade de classe qui vient de perdre son père, n'y trouve rien à redire : "C’est normal de chasser les femmes qui ornent leurs corps de bijoux, mettent des dos nus ou sont 'en bras cassés' (manches coupées à la limite des aisselles, Ndlr). Nous ne venons pas ici pour nous faire voir, mais pour partager la douleur de celui qui est éprouvé.""Quand je suis habillée ainsi, mon corps respire bien et je me trouve à l’aise.

 

Maintenant, s’il y a des gens qui pensent qu'être en sexy signifie attirer des hommes, ça n’engage qu’eux. Ceux qui tombent dans le piège n’ont peut-être pas la maîtrise de leur instinct sexuel…", répond une universitaire. Après six mois de strict contrôle vestimentaire, le nombre de femmes qui se présentent en tenue sexy à la morgue a, d'après la direction, diminué. Toutefois, de temps à autre, même des mamans y exposent leur corps pour attirer les regards. Pour certaines célibataires ou veuves, les veillées mortuaires sont aussi une occasion pour trouver l'âme sœur. "Elles y vont pour trouver un mari ou se faire de l’argent, en portant des habits qui ne les honorent pas. Puis, elles vont s’asseoir dans les bars pour prendre de l'alcool. C’est là qu'elles marchandent leur corps contre de l’argent", raconte Patrick Ngoma, diplômé sans emploi.

 

"Leur proposer de vraies activités"

"Ce racolage a pris de l’ampleur au lendemain des guerres récurrentes que le Congo a connues, comme si les mauvaises mœurs en sommeil s'étaient réveillées. Ces derrières années, la situation a empiré, car la femme est de plus en plus pauvre. Beaucoup de veuves ont des enfants à charge", analyse Jeanne Ngouma. Cette veuve, ingénieur en développement rural et coordonnatrice de projets d'ONG féminines, poursuit : "Ces femmes ne parviennent pas à vivre et à s’assumer seules parce qu’elles sont ignorantes de leur rôle dans la société. Des associations les appuient, mais certains hommes préfèrent qu'elles restent dans la précarité pour continuer à les exploiter", analyse-t-elle.

Plutôt que de les exclure encore plus ou de les sanctionner, les ONG militent pour différentes solutions de fond. Martial Édouard Yoka, membre de l’Association Mibeko, une OSC congolaise œuvrant pour la défense des droits des femmes, suggère : "L’État et la société civile devraient procéder à des campagnes de sensibilisation, afin de ramener la femme aux bonnes mœurs et à la conscience". Jeanne Ngouma, appelle également à traiter le problème en amont : "Pour éviter que des femmes pauvres et oisives ne se livrent au racolage, il faut leur proposer de vraies activités qui leur permettent de se prendre en charge."

 

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