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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Moussa Yowanga/Ahmat zéîdane Bichara

A quelques semaines de la prise de ses nouvelles fonctions comme responsable du Bureau Afrique des Reporters sans Frontières, le Blog infos  « Regards d’Africains de France » profite de l’occasion pour féliciter Mme Cléa Kahn-Sriber et aborder avec elle, un certain nombre de questions liées, notamment à la croisade contre les prédateurs de la presse, à la défense sans faille des journalistes emprisonnés ou menacés de mort et aux éventuelles difficultés du RSF.

 Madame Cléa Kahn-Sriber, pourriez-vous brièvement vous présenter à nos lecteurs?

Cléa Kahn-Sriber-J'ai toujours travaillé sur les questions de droits de l'homme, notamment à l'est de la République Démocratique Congo et en Haïti.

Vous arrivez à ce poste de responsabilité au moment où la presse mondiale en général et particulièrement celle de l’Afrique fait face à l’adversité féroce de certains chefs d’État, ou des organisations politiques et/ou religieuses hostiles aux plumes engagées de certains journalistes. Êtes-vous prête à affronter ces personnes physiques et morales que Reporters sans Frontières considèrent souvent comme des « prédateurs » de la presse ?

Travailler dans la presse a toujours requis un fort niveau d'engagement. C'est le rôle de RSF de s'engager également en défense des journalistes menacés. Je compte utiliser toutes les dimensions de notre mandat pour mener cette tâche à bien.

Pourquoi avez-vous accepté d’être responsable du Bureau Afrique des Reporters sans Frontières ?

Comme je vous le disais plus haut, je suis fondamentalement persuadée que la liberté d'informer est primordiale au respect des droits politiques et sociaux. Je suis très heureuse aussi de travailler sur l'Afrique, un continent que j'aime beaucoup, dans toute sa diversité.

Quels sont vos atouts qui peuvent rassurer beaucoup de journalistes exerçant dans des pays fragiles ou dangereux comme la Somalie, le Tchad, l’Érythrée, le Soudan du Nord, la République centrafricaine, le nord du Nigéria, l’Éthiopie, le Zimbabwe, l’Ouganda, etc. ?

Travailler pour RSF est un gage d'engagement personnel aussi bien que professionnel et donc je m'efforcerai à soutenir la cause de la liberté d'information dans tous les pays de ma zone.

Pour combien d’années seriez-vous responsable du Bureau Afrique ? Et comment entendez-vous gérer ce service qui s’occupe des médias africains ?

Personne ne peut prédire l'avenir donc je ne peux pas vous répondre sur la durée de mon mandat.

Nous apprenons que les Reporters sans Frontières s’activent à l’élaboration de son classement annuel de la liberté de presse dans le monde. Pourriez-vous nous dire comment se fait d’habitude ce classement de la presse ? Et sur quels critères, appuyez-vous ?

Reporters sans frontières est effectivement dans la période de passation de son questionnaire annuel. Dans 20 langues et 180 pays des journalistes, des universitaires, des blogueurs, des avocats spécialisés et des militants des droits de l'homme caractérisent l'état de la liberté de la presse dans leur pays en répondant à 87 questions. Six grandes thématiques sous-tendent ce questionnaire : le pluralisme, l'indépendance des médias, l'environnement dans lequel les médias et les journalistes évoluent et le niveau d'autocensure, le cadre légal, la transparence des institutions étatiques, et la qualité des infrastructures. S'ajoutent à ces six thématiques la mesure du degré de violence affectant le travail des acteurs de l'information, qui est calculé sur la base du monitoring réalisé quotidiennement par RSF.

Votre prédécesseur Pierre Ambroise a été appelé à d’autres fonctions en laissant derrière lui certains journalistes condamnés à de lourdes peines par la justice de leurs pays respectifs comme le cas de Mousseye Avenir de la Tchiré au Tchad ou bien pour ne citer que cet exemple. Comment de manière précise allez-vous aborder ce vrai problème ?

Il n'est pas du ressort de RSF de renverser elle-même des décisions de justice. Néanmoins, nous continuons de jouer notre rôle de contre-pouvoir et de donneur d'alerte avec les outils que nous possédons; au travers de communications, de campagnes de plaidoyer et de conscientisation des pouvoirs publics. Nous continuons de soutenir tous les journalistes qui se trouvent harcelés ou menacés du fait de leur profession. Je pense qu'un point essentiel de plaidoyer pour RSF est la dépénalisation des délits de presse afin que le fait d'exprimer ses idées par voie de presse ne soit plus passible d'emprisonnement.

Hier ce sont seuls les journalistes qui sont brutalisés, torturés, menacés de mort par les responsables de leurs pays. Aujourd’hui, on parle de plus en plus des blogueurs. Les Reporters sans Frontières sont-ils réellement préparés pour voler à leur secours ?

RSF a modifié récemment son mandat pour justement étendre son action à la défense des net-citoyens et des journalistes en ligne. Dans des pays malmenés par la guerre, faisant face à la censure ou aux difficultés économiques de produire un journal papier, internet a véritablement pris le relais. En cela, ces nouveaux types de journalistes pour des nouveaux médias font tout à fait partie du mandat de RSF qui a développé tout un département dédié à la protection des journalistes sur internet.

Suffit-il d’être blogueur pour bénéficier d’une protection de votre part en cas de menace de mort comme beaucoup de journalistes africains en exil ou vous appuyez-vous sur d’autres critères complémentaires ?

Etre blogueur, comme vous le supposez dans votre question est un terme bien large et il existe plusieurs types de blogs qui n'ont pas tous à voir avec la liberté d'information. Dans la mesure où quelqu'un tient un blog d'information, qui se veut avoir une mission de relais de l'information dans un but d'intérêt général, oui alors il entre sous le mandat de RSF.

Dans quel cas précis, estimez-vous qu’un journaliste ou un blogueur ne pourra pas bénéficier d’une protection des Reporters sans Frontières ?

RSF s'applique les règles de base de déontologie et de respect que toute autre organisation en lien avec les médias. Un journaliste, ou un blogueur qui tiendrait des propos appelant à la haine ou à la violence ne pourrait pas être défendu par RSF.

D’après certains responsables politiques et militaires africains, beaucoup des confrères manquent de professionnalisme. Très peu d’entre eux maitrisent le journalisme. Que répondez-vous à ces genres de commentaires?

C'est une réponse à double tranchant. Il peut y avoir des journalistes peu professionnels, en Afrique comme ailleurs et ceux-ci existent bien sûr sur le continent. Maintenant il est peut-être un peu facile de critiquer le professionnalisme d'un journaliste lorsqu'on n'aime pas ce qu'il dit. Quoiqu'il en soit le recours à des solutions de violence et de censure ne sont jamais une réponse.

Le Tchad semble être parmi les pays qui ont du mal à entrer véritablement en démocratie. Beaucoup de journalistes dénoncent le comportement peu démocratique du président tchadien à leur égard, d’où une certaine appréhension de réaliser des articles d’investigations. Qu’allez-vous faire concrètement en faveur des médias tchadiens pour rassurer les journalistes ?

RSF continuera de plaider pour que le gouvernement tchadien respecte mieux la liberté des journalistes. Nous sommes toujours prêts à entrer dans un dialogue avec les autorités pourvu qu'elles fassent preuve de bonne foi

En 2012, les Reporters sans Frontières, par voix de communiqué de presse informaient tous les journalistes se rendant sur les théâtres de guerre ou des conflits armés, de la possibilité d’obtenir des matériels de protection comme des gilets pare-balles, des casques ou autres, y compris une formation de quelques jours. Comment s’y prendre pour bénéficier de ces matériels ?

Il y a plusieurs éléments à votre question, en ce qui concerne la formation de quelques jours, elle a été délivrée par l'Armée française ponctuellement et n'est plus en cours à présent. Pour le prêt de matériel, il n'est pas réservé aux journalistes occidentaux. Maintenant dans la mesure où les bureaux de RSF sont à paris, c'est là qu'il faut se rendre pour récupérer le matériel, ce qui limite forcément sa diffusion. En revanche je vous invite tous à consulter le Guide Pratique du journaliste de RSF (http://fr.rsf.org/le-guide-pratique-du-journaliste-12-04-2007, 21667) qui donne de bons conseils sur comment se comporter en tant que journaliste dans les situations de crise et de conflit.

Idriss Deby est considéré actuellement par les dirigeants français comme leur allié face aux menaces djihadistes. Pourtant, le président tchadien n’est jamais tendre à l’égard de la presse indépendante. La dépénalisation en matière de la presse n’a jamais été dans l’agenda de son conseil de ministres. Etes-vous prête à plaider la cause de la presse tchadienne auprès des autorités françaises capables de faire fléchir le président tchadien sur certaines lois abjectes de en matière de la liberté de la presse ?

Comme je l'ai dit, RSF utilise tous ses outils pour améliorer la liberté d'information et de la presse. Certain de ces outils sont le plaidoyer auprès des autorités françaises et je ne vois pas pourquoi nous ne l'utiliserions pas dans le cas du Tchad si nous le décidons.

En parlant d’Al-Shabbaab, groupe islamiste somalien fraction de l’Union des Tribunaux islamiques, militant pour l’instauration de la Charia, Beaucoup de personnes leur imputent l’assassinat d’un grand nombre de journalistes somaliens. Quelles sont les démarches à entreprendre pour permettre aux journalistes et blogueurs d’échapper aux représailles de ces groupes obscurantistes ?

 RSF a déjà condamné depuis plusieurs années les Shabaab comme "prédateurs de la presse" (http://fr.rsf.org/predator-somalie-al-shabaab-milice-islamiste-armee,44511.html). Il est tout à fait impératif que cette milice cesse ses actes de terreur et de violence à l'encontre des journalistes notamment. C'est une milice moderne par certains aspects qui a bien compris le pouvoir de l'information et des nouvelles technologies puisqu'elle les utilise elle-même dans ses actions. RSF, en tant qu'organisation de défense de la liberté d'information, continue d'agir pour que cette milice cesse de prendre les journalistes pour cible. Maintenant il est vrai que la Somalie reste le pays le plus dangereux pour les journalistes, derrière la Syrie seulement et que l'année 2012 a été particulièrement meurtrière avec 18 journalistes tués. Les journalistes somaliens qui continuent d'exercer dans ces conditions font preuve d'un courage inouï et nous continuerons à les soutenir.

Seriez-vous prête à rencontrer leurs principaux responsables pour parler du respect de la liberté de la presse ?

Sans vouloir être pessimiste, au vu de l'horreur et de la barbarie de la tuerie récente de Westgate au Kenya, je ne crois pas que les Shabaab soient dans une logique de dialogue. Néanmoins, si par miracle, leur position changeait et qu'ils souhaitaient s'ouvrir à une discussion au sujet de la liberté d'information, nous serions bien sûrs tout à fait prêts à en parler avec eux.

Au Nigéria, en Algérie, en Somalie ou ailleurs, les Djihadistes de Boko-haram ou des Al-Shabbaab se servent souvent de l’internet, notamment des réseaux sociaux pour faire passer leurs messages. Que pouvez-vous faire pour convaincre les responsables de ces nouvelles technologies pour les empêcher d’y avoir accès. A votre avis, cela fait-il partie de la liberté de la presse ?

Cela fait partie de la liberté d'expression, plus que de la liberté de la presse ou de l'information. Encore une fois les nouvelles technologies, dont font partie les réseaux sociaux, ont crée de nouveaux modes de communication beaucoup plus instantanés et également beaucoup plus individualisé. Un individu sur facebook peut faire connaître son point de vue au monde entier. Cela n'existait pas avant quand les organes de médias étaient plus traditionnels (radio, journaux, TV). Ainsi il existe maintenant une ligne de plus en plus floue entre l'information et la communication qui sont parfois prises l'une pour l'autre. Néanmoins, dans l'absolu, la capacité à utiliser les réseaux sociaux et autres moyens de communication est une liberté qui devrait être garantie pour tous. Ça n'est vraiment pas l'intention de RSF de demander des restrictions à cette liberté de communication. Je pense néanmoins qu'il revient à chacun de les utiliser en son âme et conscience et avec responsabilité. Que certains groupes en usent pour communiquer des appels à la haine, ou à une mobilisation violente est bien sur tout à fait condamnable.

Moussa T.Yowanga/Ahmat Zéïdane Bichara

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