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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara



 

                                                                        Clémence Petit-Perrot

(Syfia Afrique du Sud) Plus de 2 000 jardins potagers biologiques ont poussé dans les bidonvilles des environs du Cap. Une initiative de l'association Abalimi, qui permet aux familles qui cultivent de se nourrir avec de bons légumes frais, mais aussi de ravitailler le marché local du bio, en plein boom.

 

Les trois vieilles dames chantent pour se donner du courage en se courbant sur leurs tomates, plantées entre les baraques en tôle. Aidées par l’ONG, Abalimi, elles ont transformé un terrain vague de 5000 m², situé en plein bidonville de Guguletu, près du Cap, en jardin potager : elles y font pousser des légumes sans engrais ni pesticides. Nomonde Ndamane, 73 ans, a récemment appris que ces méthodes avaient un nom : l’agriculture biologique. "Le biologique, c’est quand les produits n’ont pas de maladie, dit-elle, convaincue. Je vois bien la différence entre ces légumes et ceux cultivés avec de l’engrais qui sont tous bien plus gros. Mais c’est bien meilleur pour la santé.”

 

Des jardins contre la faim

Il y a 5 ans, l’ONG Abalimi (“les planteurs” en langue xhosa) a aidé Nomonde et ses voisines a créer le jardin en leur fournissant gratuitement les premières graines, du compost et une formation de 2 mois. La mairie leur loue le terrain gratuitement et le ministère de l’Agriculture a fait installer un puits l’an dernier sur la parcelle. En 25 ans d’existence, Abalimi a été sollicité pour mettre en place près de 100 jardins communautaires et plus de 2 000 potagers privés. Certains ne mesurent pas plus d’un mètre carré. "La motivation première des gens qui nous demandent de les aider à démarrer est toujours la faim, explique Rob Small, le fondateur d’Abalimi. Le contexte actuel de crise alimentaire ne fait qu’aggraver les choses : les produits frais sont totalement hors de prix pour la plupart des habitants des townships."


Avec les légumes qu’elle récolte chaque semaine, Nomonde nourrit 8 membres de sa famille et 5 voisins malades du sida, pour qui un apport quotidien en vitamines et minéraux est essentiel. "Ma voisine est sous trithérapie et c’est important qu’elle mange des légumes frais chaque jour. Mais aujourd’hui un chou coûte 14 rands (environ 1 €) et un kilo de citron 10  rands (0,70 €). Sans le jardin, elle ne pourrait jamais se les offrir", confie Nomonde.

 

 14 heures : Nomonde termine la récolte du jour. Haricots, courgettes, tomates et basilic sont embarqués dans le camion d’Abalimi, puis acheminés dans un centre de tri. Depuis l’an dernier, l’ONG a commencé à explorer le marché émergent des produits biologiques pour écouler le surplus produit dans les jardins. Ainsi, depuis, fin 2008, les légumes sont vendus via un système de paniers bio, distribués à un réseau de 120 clients du centre du Cap. Tous les bénéfices sont directement reversés aux producteurs.


Pour Christina Kaba, directrice d’Abalimi, cette innovation dans la distribution donne tout son sens au projet : "Avant, je me demandais comment les assister complètement en leur permettant de créer leur propre emploi. Désormais, je suis satisfaite, car d’un côté ils ont à manger et de l’autre ils peuvent aussi vendre. Tout le monde est gagnant. Les gens des townships ont accès à des légumes frais et le reste on le vend en ville où il y a de l’argent."

 

Les clients d’Abalimi sont cependant avertis que s’ils sont produits selon des méthodes biologiques, les légumes ne bénéficient d'aucun label. "C’est trop compliqué pour nous d’être certifiés pour l’instant, explique Rob Small. D’abord parce que cela demanderait une gestion beaucoup plus précise des jardins et que nous manquons de personnel d’encadrement pour ça. Mais aussi parce que, dans les townships, il est difficile de contrôler complètement le sol et l’environnement direct."Ian Gilfillan, qui dirige une coopérative de produits bio au Cap, est venu visiter le jardin de Guguletu avec le projet de passer des commandes régulières à Abalimi.

Pour lui, le label est un faux problème : "C’est plus important d’aider un producteur local qui cultive bio, plutôt qu’un gros producteur international qui possède un label. Nous savons que les critères de production d’Abalimi sont très hauts et cela nous suffit. Et puis, il est facile pour nous de venir vérifier dans les jardins comme je le fais aujourd’hui."
Il est 16 heures : Nomonde quitte le jardin et longe la voie rapide pour rentrer chez elle. A son bras, un sac plastique plein de tomates qu’elle appelle en riant "l’or rouge de Guguletu".

La demande de produits bio a complètement explosé parmi les classes aisées et urbaines de la population sud-africaine. Entre 2003 et 2007, les revenus générés par la vente de produits bio dans le pays ont été multipliés par 80. À 8 € le panier, chaque producteur est assuré de toucher entre 50 et 300 € par mois.

Légumes à vendre et à
manger
Pour Rob Small, produire bio dans ce contexte des townships sud-africains est autant un choix éthique qu’une solution pratique : "C’est finalement plus simple et moins cher. Ici les gens sont souvent analphabètes, et c’est donc très difficile pour eux d’apprendre à cultiver avec des engrais et des pesticides. Avec l’agriculture biologique au contraire, il suffit de faire du compost, de planter et les légumes poussent."
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