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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

(Syfia Niger) Dans la région de Tahoua, au nord-est de Niamey, des paysans ont restauré et réaménagé eux-mêmes des terres désertiques. Le résultat est spectaculaire. Des céréales et des légumes poussent à nouveau. Des arbres sont plantés. Les femmes longtemps écartées des champs sont devenues propriétaires et les hommes agrandissent leurs champs. Reportage.                                                  
                                       Souleymane Saddi Maâzou

Pelles et pioches à la main, des hommes, des femmes et des enfants creusent un sol dur et dénudé sous un soleil ardent. Du petit matin au coucher du soleil, les habitants de Tabalak, une localité de la région Tahoua – à 600 km au nord-est de Niamey , la capitale du Niger – travaillent ces terres où le désert a fait reculer la végétation. Les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 ainsi que la déforestation due à la pression démographique sont à l'origine de la dégradation des terres cultivables dans cette région. Plus d’une centaine de personnes, réparties en équipes, souvent mixtes, de sept personnes, s'activent sur ce site. "Chaque équipe est chargée de réaliser un énorme travail de construction de banquettes anti-érosives, de demi-lunes, des cordons pierreux, des tranchées, des seuils d'épandage et de fixation de dunes", explique Moussa Saâdou, 36 ans, contremaître.
En 2005, les paysans de cette zone ont aménagé 150 hectares, puis quelque 300 ha; en 2008, et cette année 300 autres hectares devraient être gagné sur le désert. "La technique consiste à transformer les terres dénudées et improductives en champs fertiles afin d’accroître la production agricole. Mais aussi permettre le développement de l’élevage dans cette zone semi-aride à vocation pastorale", précise Abdoulaye Moussa, un technicien agricole. "Nous avons appris à rendre fertiles nos terres. Sur les terrains récupérés, l’eau de pluie peut rester pendant une longue période", se réjouit Oumarou Alhassane, 42 ans, un paysan de Tabalak.

 

La fertilité retrouvée

Ces travaux entrent dans le volet lutte contre la désertification du programme spécial du président de la République, financé par l’État du Niger avec l’appui de bailleurs de fonds étrangers. Les résultats sont impressionnants. En peu d’années, la zone a changé de visage. "Il y a une quinzaine d’années rien ne poussait plus sur ces terres", rappelle Alhou Moussa, un sexagénaire. Aujourd’hui, des arbres résistants à la sécheresse, tels gommiers, ont été plantés. En amont de chaque banquette, des plantes herbacées fourragères ont été semées. "Personne n’aurait pensé que ces terres redeviendraient un jour productives. L’an dernier, j’ai cultivé du sorgho et la récolte a été acceptable", confie Abdoul Wahab, un autre paysan."

Les champs de cette localité ont même pris de la valeur. "Les terrains une fois récupérés et restaurés triplent de prix. Pour une parcelle de deux hectares, les propriétaires exigent à présent 450 000 Fcfa (680 €) au lieu de 150 000 Fcfa (230 €) il y a une dizaine d’années", rapporte Aboucar Sani, courtier en vente de terres.Des paysans des villages environnants prêtent main-forte à ceux de Tabalak. Tous travaillent comme ouvriers sur les chantiers de restauration des terres. "Nous gagnons 15 000 Fcfa (20 €) par groupe et par jour pour chaque banquette creusée", déclare Idrissa Aliou, venu d’un village voisin, soit environ 2 000 Fcfa (3 €) par jour par personne. Les personnes valides saisissent cette opportunité de gagner un peu d'argent.

Selon les statistiques du ministre de l'Environnement et de la lutte contre la désertification, la réhabilitation de plus 18 000 ha chaque année sur l’ensemble du territoire national fournit un emploi temporaire à plus de 133 000 Nigériens."Les jeunes n’ont plus besoin de s’exiler dans les pays voisins pour aller chercher de quoi mettre en valeur leur champ, apprécie Amadou Hassane, un paysan de 43 ans. "L'avantage est double pour eux, poursuit un chef de tribu de Tabalak. Ils gagnent de l’argent et bientôt ils seront propriétaires de terrains productifs. L’an dernier, j’ai pu acheter une vache. Cette année, avec mes petites économies, je compte payer une charrue." Dans la seule région de Tahoua, plus de 3 milliards de Fcfa (4 millions €) ont été investis dans la récupération des terres, entre 2000 et 2008, révèle la Direction de l’environnement

 

 Les femmes, premières bénéficiaires

À Tabalak, les terres réhabilitées en 2005 sont allouées gratuitement aux femmes afin de lutter contre la pauvreté féminine."Leur participation aux travaux de restauration a aussi restauré leur dignité", se réjouit une militante des droits de la femme. Elles y cultivent le mil, le sorgho, le niébé et la patate douce alors que depuis des années certains préjugés combinés au manque de terres cultivables les avaient privées de champs réservés surtout aux hommes. "J’ai mon propre champ depuis l’année dernière", témoigne Hadizatou Salouhou, une paysanne veuve de 45 ans, qui se réjouit de cette nouvelle indépendance agricole. Ma récolte a beaucoup servi à ma famille." "La victoire sur le désert et les terres dégradées a offert aux paysannes un nouvel espoir de subvenir à leurs besoins", souligne un agent agroforestier du ministère du Développement agricole.

Quant aux hommes, certains ont augmenté la superficie de leurs champs de mil et de sorgho. Sur les terrains qui ne sont pas encore exploitables, ils ont planté des gommiers dont ils vendent la gomme, ce qui leur assure un peu de revenus en attendant. Tous ici, hommes et femmes, ont pu constater que leurs gros efforts n'ont pas été vains. Dans les autres régions du Niger, le programme de restauration des terres prévoit de rendre à l'agriculture au moins 1 000 ha chaque année.

 

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