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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

                                                       Fabienne Martin

(Syfia Guinée) Pour lutter contre l'insécurité, la junte au pouvoir demande aux Guinéens de brûler vif tout voleur pris en flagrant délit. Les citoyens, eux, refusent de "vivre comme dans la jungle" et désobéissent, estimant que la solution passe par le respect de l'État de droit.

 

Dans la salle d’attente d’un commissariat de la banlieue de Conakry, la capitale guinéenne, un jeune homme dans la trentaine, menottes aux poignets, attend d’être interrogé. À côté de lui, un commerçant s’impatiente et affirme l’avoir surpris en train de mettre sa boutique à sac. Si cet homme avait suivi les conseils de la junte au pouvoir, le jeune aurait été brûlé, victime de la vindicte populaire. "Si nous nous rendons justice, nous finirons par vivre comme dans la jungle !", s'indigne le commerçant.

 

Début juin, le secrétaire d’État à la présidence, chargé de la lutte anti-drogue et contre le grand banditisme, le capitaine Moussa Tiegboro Camara, avait en effet demandé aux populations : "Si vous prenez un voleur en flagrant délit, mettez de l’essence sur lui et brûlez-le vivant !" Et d’ajouter : "Les défenseurs des droits de l’Homme n’ont qu’à parler, le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, au pouvoir depuis le putsch de décembre 2008, Ndlr) s’en fout, mais ne faites pas de règlements de comptes." Selon le commissaire d’une brigade de la police judiciaire qui veut garder l’anonymat, "cette incitation à la haine n’a pas été suivie par les populations, qui, dit-il, préfèrent conduire les voleurs dans les commissariats et les gendarmeries".

 

Une justice populaire impopulaire

 

Les condamnations de ces propos ne se sont en tout cas pas faites attendre. Les médias (radios privées et journaux) ont crié à "la dérive". Même le quotidien gouvernemental Horoya a préféré ne pas relayer l’appel du capitaine Moussa Tiegboro, une information qui, selon un de ses responsables, "ne fait honneur à personne". De leur côté, l'Organisation guinéenne des droits de l’homme(OGDH) et le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) ont publiquement condamné le principe de la justice populaire. Le régime n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Le général Konaté Sékouba, ministre de la Défense et numéro deux de la junte, avait, lui, préconisé que les citoyens s’organisent en milices d'autodéfense contre les bandits dans les quartiers…

 

Les statistiques de la police judiciaire font, en effet, état d'une augmentation de la criminalité dans le pays. En 2007, 3 318 crimes (attaques à main armée, vols, viols, meurtres, etc.) ont été commis. En 2008, on en comptait 3 610, soit une augmentation de 8 %, en raison notamment des affrontements sanglants entre policiers et militaires cette année-là. L'opposition entre police et armée se poursuit aujourd'hui, la junte ayant dépossédé la première du maintien de l'ordre au profit des militaires. "Nous n’avons pas encore les statistiques finales de 2009, mais la tendance devrait être à la hausse du fait des chiffres que nous enregistrons depuis l’arrivée des militaires", estime un commissaire de police sous anonymat. Il observe cependant que depuis l’appel à brûler les voleurs, "les services de sécurité n’enregistrent presque pas de crimes."

 

Interpellé sur la question de l’insécurité grandissante dans le pays, le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, a expliqué début mai que le CNDD avait hérité d’une armée où des jeunes militaires avaient été recrutés dans des "conditions complaisantes". Il a reconnu l’implication de certains soldats dans les attaques contre les citoyens et sollicitait même des fonds de la communauté internationale pour engager des réformes au sein de l'armée.

 

"Recul de l’État de droit"

Ses incitations à brûler vifs les voleurs n’ayant pas été suivies d'effets, le capitaine Tiegboro a réitéré ses propos mi-juin assurant que "tous ceux qui vont se distinguer dans la lutte contre le grand banditisme dans la ville (Conakry, Ndlr) se verront récompensés". Des universitaires dénoncent un "recul de l’État de droit". Le peuple ironise sur un article imaginaire du Code pénal créé par la junte, l’"article 4 500", en référence au prix du litre d'essence à la pompe (4 500 FG, 0,65 € environ) destiné à brûler les voleurs.

 

"Où allons-nous ? En principe, ce sont les populations qui, excédées, se rendent spontanément justice. Je trouve inadmissible que cela vienne de ceux qui sont censés nous protéger", s’indigne un réparateur de radio, âgé de 35 ans. Un imam abonde dans le même sens : "A la mosquée, on n’en parle pas (de brûler les voleurs, Ndlr) parce que ce n’est conforme ni au Coran, ni aux lois du pays. L’islam recommande qu’on coupe la main aux voleurs. Mais, nous ne pouvons l’appliquer, car nous vivons dans un pays laïc." Pour ce religieux, les autorités feraient mieux de renforcer les moyens de lutte légaux contre l'insécurité.


"Après seulement six mois, le CNDD démontre qu’il est à bout de souffle", analyse un responsable d’un parti politique qui sera présent aux prochaines élections présidentielles, initialement prévues fin 2009. Comme beaucoup de ses compatriotes désenchantés, il pense aujourd’hui qu’il ne reste plus aux putschistes qu’à organiser rapidement le scrutin et à retourner dans leurs casernes, comme ils l’avaient promis à leur arrivée au pouvoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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