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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

            Par Déli Sainzoumi Nestor pour Eclairages

Depuis quelques mois, j’apprends que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) forme des journalistes tchadiens sur les questions de migration. Pourtant, la migration comme phénomène s’observe et se vit. A-t-on encore besoin d’une formation spécifique sur la question ? Le journaliste est-il obligé de partager les points de vue de l’OIM sur cette question ? Jusqu’à quand continueront-ils avec ce néocolonialisme, cette infantilisation ? De mon point de vue, un journaliste n’a pas besoin de ça. Envoyez-le sur le terrain, sur la route du non retour, dans la mer pour qu’il chemine avec les migrants pour mieux découvrir les réalités et en rendre compte. Je n’ai pas été à leur école, mais je me fais valablement une opinion sur cette question d’actualité. Suivez mon regard à travers cet article.

Les  bienfaits de l’immigration dans l’économie africaine

Lors du dernier sommet Europe-Afrique sur le phénomène migratoire dont ont pris part plusieurs chefs d’Etat africains, un Plan d’action avec les pays d’origine et de transit des migrants africains a été adopté. Et ce, pour empêcher les naufrages meurtriers des milliers de bras valides des pays du Sud. Mais lors de ces grandes assises, il n’a pas été question des bienfaits de l’immigration africaine sur la famille de départ.En ce 21ème siècle, on dénombre plus de 230 millions de personnes qui ne résident pas dans leur pays d’origine. Une partie de ces personnes se déplace d’un pays du Sud vers un autre pays du Sud, tandis que l’autre fraction (la grande majorité) est constituée de ceux qui partent du Sud vers les pays du Nord. Ce phénomène “lié à la mondialisation, à l'évolution démographique, aux conflits, aux inégalités de revenu ou encore au changement climatique“, s’appelle la migration. Au-delà de son ancienneté, l’immigration constitue un véritable problème pour l’avenir des pays africains, car “on ne quitte pas son pays de gaîté de cœur : on migre parfois dans l’espoir d’une vie meilleure, mais le plus souvent pour échapper à un conflit. La migration est souvent douloureuse en ce qu’elle représente un arrachement à un pays, une langue, des proches“, affirme Sandrine Müller dans son article “Idées fausses sur l’immigration“. Loin de s’intéresser aux causes de ce phénomène qui n’est nouveau que par son ampleur et les tragédies qu’il cause, nous avons choisi de relever les impacts sociaux et économiques des migrations africaines. A cet égard, il convient de se demander quels peuvent être les apports des émigrés dans l’économie de leur pays d’origine. Peuvent-ils participer au développement social des communautés de départ tout en restant ailleurs ?

Le migrant, acteur économique de développement

A l’ouverture d’un colloque organisé par la fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (Fasti), J.P. Perrin-Martin s’est adressé aux immigrés en ces termes : « vous prétendez, en même temps, contribuer au développement de vos pays d’origine, de vos villages ; en envoyant de l’argent, en concevant des projets, en entreprenant des travaux, des constructions, en sauvegardant et en développant la langue, la culture,… », [J.P. Perrin-Martin, 1992]. Le cas de figure des migrants africains travaillant dans les pays de l’Union européenne est révélateur quand on sait qu’ils sont des actifs et des épargnants. C’est donc l’accumulation et l’investissement de leur épargne qui leur permet de garder de liens avec leur pays d’origine. « Les transferts de fonds constituent les bénéfices majeurs de l’émigration car ils augmentent le revenu national du pays d’origine, procurent à ce dernier une source de devises qui limitent le volume de son endettement extérieur ou consolident son indépendance financière ; enfin, ils contribuent au développement industriel, à l’augmentation des investissements dans le pays d’origine », [Jean-Pierre Garson, Georges Tapinos, 1981]. En ce sens, le transfert de fonds ou l’argent des immigrés constitue une aubaine pour le développement de leur pays d’origine. L’étude réalisée en 2005 par le Fonds monétaire international (Fmi) chiffre à 160 milliards de dollars le montant des transferts de fonds effectués par des migrants vers l’Afrique. Une telle mine d’or représente, selon les experts financiers, le double de l’aide publique au développement.

En s’intéressant à la question, le Magazine onusien Afrique renouveau met en évidence l’apport de cette diaspora africaine qui représente 3,6 millions de personnes à travers le monde. « Chaque jour des milliers d’Africains vivant à l’étranger font la queue dans des centres de transfert de fonds pour envoyer chez eux les quelques dollars qu’ils ont pu économiser. Une partie de ces sommes provenant des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite, de l’Allemagne, de la Belgique, de la Suisse et de la France – les principales sources des fonds envoyés aux pays en développement – est acheminée jusque dans les régions les plus rurales de l’Afrique. L’argent ainsi reçu pourra permettre d’envoyer un enfant à l’école, de construire une maison ou d’acheter de quoi nourrir ceux qui sont restés au pays », [Gumisai Mutume, 2006]. C’est ici la preuve que les transferts de fonds des migrants peuvent « influer sur le développement social, économique et politique des pays d’origine »,[François Colin NKOA,2005]. Ousmane Tera, un agro-économiste, secrétaire général de l’Association pour la formation et la réinsertion des africains migrants (l’Afram) apporte de l’eau au moulin du gouvernement malien en présentant Kayes (Mali) comme l’unique région qui œuvre pour un développement réel grâce aux transferts de fonds des immigrés, [J.P. Perrin-Martin, 1992]. Dans cette région de l’Ouest du Mali, on compte plus de 350 projets de développement réalisés grâce à la diaspora malienne établie en France. Cet exemple ne constitue que la partie visible de l’iceberg lorsqu’on sait que, partout ailleurs, des projets, des activités économiques sont financés par des associations des émigrés. A la différence de l’Afrique, les pays tels que le Brésil, le Mexique, l’Inde et les Philippines ont adopté « des mesures incitatives visant à canaliser ces transferts de fonds dans des comptes d’épargne et des fonds d’investissement locaux » [Gumisai Mutume, 2006].

La fuite des cerveaux, un manque à gagner !

Si les transferts de fonds des émigrés africains vers leur pays d’origine ont des impacts économiques positifs, peuvent-ils justifier l’adhésion au mythe de l’immigration ? Assurément non. Car aujourd’hui, la problématique de l’immigration se pose davantage en termes de la gestion des flux migratoires, de fuite de cerveaux et de main d’œuvre, de trafic des migrants que de quête d’eldorado. En effet, beaucoup de jeunes gens, de diplômés, de personnes hautement qualifiées quittent les pays du Sud pour d’autres horizons à cause des études, de la paupérisation, du chômage, de la guerre civile, de la dictature des régimes en place, du manque de bien être social, etc. Les émigrés africains, ce sont Yaguine Koïta (14 ans) et Fodé Tounkara (15 ans), deux adolescents guinéens trouvés morts le 2 août 1999 dans le train d’atterrissage de l’Airbus A330-300 à l’aéroport de Bruxelles (Marco Kalmann, 1999) ; ce sont aussi ces clandestins qui meurent quotidiennement dans des embarcations de fortunes ; ce sont enfin ces milliers d’exilés (médecins, ingénieurs, journalistes, avocats, professeurs d’universités, écrivains, etc.) acculturées qui ont passé de nombreuses années dans les pays d’accueil et se trouvent dans l’incapacité de retourner vivre chez eux, tant les conditions sociales ne sont pas améliorées. Cette fuite massive de cerveaux et de main-d’œuvre constitue un manque à gagner pour les hôpitaux, les universités, les centres de recherche, l’agriculture, les familles et les régions d’Afrique. De ce fait, il est difficile de faire face aux défis tels que la lutte contre les pandémies du sida et du paludisme, la lutte contre la pauvreté et la lutte pour l’autosuffisance alimentaire. Les flux migratoires des diplômés, des intellectuels et des ouvriers, forcés à l’émigration économique constituent incontestablement un désastre économique, social et culturel pour le continent Africain.

Favoriser le retour des migrants qualifiés

Face à ce constat amer, il est urgent que les pouvoirs publics et la communauté internationale recherchent “des solutions pur que l’expertise africaine qui se trouve dans les pays du Nord puisse également servir aux pays de départ“, suggère l’économiste camerounais François Colin Nkoa. Il serait prétentieux d’endiguer les flux migratoires. Cependant, nous considérons qu’il est possible de rendre plus bénéfique et raisonnable l’immigration africaine en Occident, aux Etats-Unis et en Asie en incitant les migrants qualifiés à retourner, pour créer des projets, des activités économiques dans leur pays d’origine. Pour François colin Nkoa “la réussite d’une politique suppose que les autorités du pays de départ mettent à la disposition des migrants un cadre de vie et de travail identique ou presque à celui qu’ils ont dans les pays d’accueil“. Il s’agit de revaloriser le travail (à travers les conditions financières et matérielles), comme l’illustrent les cas de la Chine et de Taïwan, pour favoriser le retour des migrants qualifiés qui mettront leurs compétences et savoir-faire au service de leur pays d’origine. Ce qui ouvrira la voie au co-développement dont la vocation première est la libre participation des migrants à la réalisation des projets de développement dans leur pays d’origine. C’est alors que sera exaucée cette invocation de Kä Mana : « puissions-nous, dans nos pays, nous lancer vers le ciel de la renaissance africaine à partir de nos forces créatrices, pour la prospérité, la dignité, le bien-être et le respect auxquels nous avons droit dans le monde d’aujourd’hui ! », [Le Messager, 1999].

Collaboration Journal Eclairages/Regards d’Africains de France

Indication bibliographique

François Colin Nkoa, « Les migrations internationales peuvent elles avoir un impact positif sur le développement économique des pays de la CEEAC ? », in Enjeux N°24 Juillet-Septembre 2005 ;

 Gumisai Mutume, « Transferts de fonds : une aubaine pour le développement », in Afrique Renouveau du17 mai 2006;

J.P. Perrin-Martin, « Immigration actrice de développement », Paris, l’Harmattan, 1992 ;

Jean-Pierre Garson et Georges Tapinos (sous la dir.), « L’argent des immigrés », Paris, PUF, 1981 ;

 Kä Mana, « Changer notre mentalité de dépendance », in Le Messager n°951, 9 août 1999 ;

Marco Kalmann, « Yaguine et Fodé, morts à 15 ans en voulant fuir la Guinée », in Global, www.largeur.com, 4 août 1999 ;

Sandrine Muller, « Idées fausses sur l’immigration », in France Terre d’Asile du 2 décembre 2006.

 

 

 

 

 

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