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France

 

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

                                    Déli Sainzoumi Nestor, journaliste et auteur

N’Djaména, 29 Septembre 2021. Le phénomène est réel. Au moment où nous écrivons ces lignes, il se pratique au Tchad (Mayo-Kebbi et Logone oriental), au Nord Cameroun et au Nord de la Centrafrique.

Au début des années 80, on parlait du phénomène de coupeurs de route. La situation s’est enlisée à partir des années 90, avec les enlèvements contre rançon. La première alerte officielle au Tchad a été donnée lors de l’enlèvement des enfants peulhs à Maïnawa dans la sous-préfecture de Fianga, le 21 juillet 2003. A ce jour, de nombreuses personnes ont été enlevées puis libérées contre le paiement de la rançon exigée par les ravisseurs. Beaucoup d’otages ont perdu leur vie entre les mains des bandits, parce que les parents n’ont pas pu verser la rançon demandée. Dans la fourchette de 18 ans, la rançon versée pour la libération des otages peut être estimée à des milliards de francs CFA de part et d’autre des Trois frontières. Ce qui n’est pas moindre si cet argent avait été utilisé pour le développement rural.

Au Tchad, le dernier cas rapporté est celui du village de Kouala dans le canton Goumadji (Zone de Gagal). Il s’est agi de l’enlèvement de 04 enfants de Tao Kouala par des ravisseurs armés. Quelques semaines auparavant, des personnes ont été enlevées dans la zone de Lamé et de Léré. Il y a donc une résurgence du phénomène malgré la présence des militaires de la zone de défense et de sécurité, envoyés spécialement pour traquer ces criminels transfrontaliers. Ce qui veut dire que jusqu’à présent, il est difficile de mettre en déroute ces personnes qui font fortune en enlevant des personnes pour exiger des rançons. Le phénomène perdure à cause de la ramification des complicités dans cette chaîne de criminalité. On cite certaines autorités administratives, militaires, traditionnelles et surtout de nombreux villageois parmi lesquels des jeunes gens désœuvrés. Les enlèvements ont appauvris de nombreuses familles, suite aux paiements récurrents des rançons dont la demande la plus petite estimée de nos jours s’élève à 1 million de francs CFA. Les conséquences socio-économiques et politiques de ce banditisme transfrontalier sont énormes, surtout sur les provinces du Mayo-Kebbi. A cause de ces prises d’otages, il y a eu une rupture totale de confiance entre les populations et les autorités. Les populations victimes ont un ressentiment pour les étrangers. La plus grave conséquence est la déperdition du cheptel, la baisse de productivité agricole et la limitation du déplacement des personnes et des biens dans le Mayo-Kebbi.Ces Zaraguina qui enlèvent des personnes sont des personnes ordinaires, c’est-à-dire des autochtones et agents de l’Etat qui se camouflent (enturbannés). C’est le nouveau visage de la criminalité et du terrorisme.

Aux origines, la circulation des armes légères et l’absence de l’Etat

Ce phénomène des enlèvements a pris de l’ampleur avec la démobilisation des soldats en RCA, celui des militaires déflatés au Tchad ; la circulation d’armes légères et la porosité des frontières. Tout cela est renforcé par l’absence de l’autorité de l’Etat dans les provinces cibles.

Des Comités Justice et Paix pour dénoncer les complices

Les enlèvements contre rançon sont des faits de terrorisme et constituent ce qu’on appelle la Traite des personnes et l’extrémisme violent. A travers mes ouvrages, j’ai demandé au gouvernement d’intervenir à travers la Prévention pour combattre la radicalisation de cette criminalité itinérante par des mesures concrètes. Mais rien n’est fait. C’est pourquoi, aujourd’hui, j’en appelle au diocèse de Pala (Mayo-Kebbi). Qu’elle recupère la situation à travers ses Comités “Justice et Paix’’ pour faire de la lutte contre les enlèvements contre rançon une politique publique, en instaurant dans tous les villages des comités de veille pour les alertes. Si chaque chrétien, au nom de sa foi, accepte de dénoncer les auteurs et/ou complices des enlèvements, on pourra mettre un terme à ce phénomène qui n’a fait que durer.L’Eglise à travers la Conférence épiscopale du Tchad (CET) doit interpeller l’Etat tchadien qui ne fait pas assez pour mettre en application les instruments juridiques qui existent sur la question. Sans cela, les enlèvements contre rançon continueront à être le principal nourricier de la secte Boko haram qui sévit dans l’Extrême Nord du Cameroun.

Collaboration Journal Eclairages/Regards d’Africains de France

Pour aller loin, lire les ouvrages publiés sur ce phénomène :

Barka Tao, Enlèvement d’enfants, éditions Edilivre, 2013 ;

Déli Sainzoumi, Penser les prises d’otages contre rançon : médias et système d’alerte en Afrique, éditions Ifrikiya, 2017 ;

Déli Sainzoumi Nestor, Les Zaraguina et la criminalité itinérante : 20 réponses aux enlèvements contre rançon dans le bassin du Lac Tchad, éditions Salon des Belles Lettres, 2021.

 

 

 

 

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