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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

                                             Déli Sainzoumi Nestor, Journal Eclairages

Depuis 1960 jusqu’à nos jours, il est difficile pour les tchadiens de savoir quel est le meilleur régime. Tombalbaye était régionaliste, le général Malloum a laissé parler les armes, Lol Mahamat Choua n’a pas su cadrer les seigneurs de la guerre, Habré à plongé le pays dans la goranocratie et la terreur. Avec Déby Itno, c’est l’expression militaire et policière. Panorama de ceux qui nous gouvernent.Reconnu comme le tout premier président du Tchad indépendant, Tombalbaye était aussi le leader du Parti progressiste tchadien- Rassemblement démocratique africain (Ppt-Rda). En devenant président de la République, il a développé une stratégie de gouvernement qui faisait appel au clientélisme politique de type ethnique. C’est ainsi que son régime a été fortement constitué des ressortissants du Moyen-chari.

François Tombalbaye et son amour pour le régionalisme

Sous le règne de Tombalbaye, le groupe Sara a pris aisément place à la mangeoire. C’est dans ce groupe que le président a pu puiser le personnel politico-administratif pour la gestion de l’Etat. Tombalbaye s’est imposé aux autres politiciens de son temps grâce à l’autoritarisme gouvernant de son parti unique, le Ppt-Rda. Il ne tardera pas à mettre en place une police spéciale dénommée : Groupement des compagnies tchadiennes de sécurité (Gcts). C’est donc cette police qui jouera le rôle de l’appareil répressif. « Parmi les emprisonnés, un grand pourcentage de cadres des provinces du Nord ; quelques cadres originaires de la zone méridionale qui ont subi le même sort que leurs camarades du Nord, du centre et de l’Est qui viennent du Mayo-Kebbi, de la Tandjilé et du Chari-baguirmi. Nombre infime d’arrestations au Moyen-chari et aux deux Logones ». Et c’est grâce à cette politique régionaliste, à l’usage politique de l’ethnicisme et de l’ethnocentrisme que Tombalbaye a pu se maintenir au pouvoir. Malheureusement, cela a suscité des contestations politico-civiles et politico-militaires. D’où la manifestation dans la rue de la capitale le 16 septembre 1963 d’hommes politiques de la partie Nord du pays écartés du gouvernement, les révoltes des paysans Moubi de Mangalmé dans le Guéra (1965) et des Toubou au Tibesti (1968) contre les dérives du régime de Tombalbaye. La naissance en juin 1966 à Nyala  (Soudan) du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat) qui a opté pour une lutte politico-militaire intègre aussi cette dynamique.

La radicalisation de l’autoritarisme gouvernant de Tombalbaye va s’accentuer avec la réaction du Mouvement national pour la révolution culturelle (Mnrc) en 1973. Laquelle révolution s’est caractérisée par l’introduction d’une politique d’authenticité culturelle qui se radicale dans une démarche d’ethnicisation des institutions de l’Etat. C’est ainsi que ceux qui refusaient la pratique du Yondo, le changement des noms importés ont été sauvagement réprimés. « Beaucoup de pasteurs protestants et de cadres périrent. Certains furent enterrés vivants, d’autres furent mis dans des tam-tams géants sur lesquels tapaient des batteurs (anciens initiés) jusqu’à ce que mort s’ensuive », écrit N’ganbet Michel dans Peut-on encore sauver le Tchad.Et justement, les pratiques ethnocratiques et ethnocentriques de Tombalbaye et sa confrérie politico-rituelle du Yondo va déstabiliser son régime et engendrer des tensions interethniques. A l’époque, plusieurs officiers supérieurs de l’armée étaient sous les verrous. C’est ainsi qu’au nom de l’honneur bafoué, des jeunes officiers ont décidé de renverser Tombablaye le 13 avril 1975.

Félix Malloum et le laisser-aller

Au lendemain du coup d’Etat, le Conseil supérieur militaire (Csm) fait office de gouvernement avec à sa tête le général de Brigade Félix Malloum.Ce général marqué par les années de prison sous Tombalbaye s’est vu assigné la mission de restaurer l’unité nationale et de réorganiser l’Etat tchadien. Bien que cette junte politico-militaire soit dominée par des officiers du sud, elle comporte en son sein des ressortissants de la partie Nord du pays, notamment le capitaine Zacharia et le lieutenant Mohamoud. Signe qui montre clairement que le Csm est un régime nationaliste qui entend transcender les différences ethniques. Mais cette volonté manifeste de désamorçage des tensions, de divisions ethniques et politico-militaires sera mal perçue par le lieutenant Wadal Abdelkader Kamougué et certains cadres originaires du Sud. La mesure de Malloum l’amènera à associer à la gestion du pouvoir le chef de file des Forces armées du nord (Fan), Hissein Habré qui deviendra Premier ministre. Compte tenu de ces divergences, la politique de restauration de l’unité nationale du général Félix Malloum va tourner court. C’est ainsi que des affrontements vont opposer les Forces armées tchadiennes (armée officielle) aux Forces armées du nord (Fan) de Habré entre février et mars 1979. D’où la « désagrégation de l’Etat » dont parle Gali Gatta Ngothé. Habré met à profit ce contexte de tensions politiques et militaires pour renverser Félix Malloum.

Lol Mahamat Choua et son manque de charisme

Les accords de réconciliations de Kano amèneront au pouvoir Lol Mahamat Choua pour assurer la gestion des affaires courantes du pays. Et ce, pour un passage de 120 jours à la tête d’un Etat néant. Selon Derlemari Nebardoum dans son livre Le labyrinthe de l’instabilité politique au Tchad, « Le gouvernement de Lol Mahamat Choua avait initialement pour vice-président, le colonel Kamougué ; pour ministre de la défense Hissein Habré, pour ministre de l’intérieur, Goukouni Weddeye. Le colonel Kamougué se désista – comme plusieurs autres ministres sudistes nommés à ce gouvernement- pour se replier dans le Sud où il créa le 10 mai 1979, le Comité permanent ». C’est alors que Habré envoie dans le Sud des troupes nordistes pour mater ce qu’il considère comme une rébellion. Le règne de Lol Mahamat Choua sera bref (17 avril au 29 août 1979) à cause d’un manque de vision, de sérieux et de charisme. Lol Mahamat Choua cède la place à un gouvernement d’union nationale de transition (Gunt) dirigé par l’un des seigneurs de la guerre, Goukouni Weddeye. C’est alors que s’installe la lutte pour la conquête du pouvoir central qui mènera Habré au pouvoir en juin 1982.

Habré la goranocratie et la terreur

Dès juin 1984, Habré fonde son parti politique, l’Union nationale pour l’indépendance et la révolution (Unir). Il replonge le pays dans des tensions identitaires et communautaires. En replongeant le pays dans le clientélisme politique de type ethnorégional, Habré va organiser avec ses collaborateurs un pouvoir  vindicatif et répressif. A travers une politique de maintien au pouvoir, l’autorité gouvernante de Habré va exclure de nombreux groupes au profit de la goranocratie. Son régime sera comptable d’une opération anti-insurrectionnelle nommée « septembre noir », soldée par une terrible répression. « Des hommes politiques, des cadres, des combattants ainsi que des centaines de villageois sont massacrés », écrit Mohamed Tétémadi Bangoura dans Violence politique et conflits en Afrique, le cas du Tchad. C’est ainsi que sa police spéciale, la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds) va semer la terreur et provoquer de nombreuses victimes (plus de 40.000). Son autre lieutenant, Déby Itno va prendre l’ascendant sur les autres mouvements pour stopper les crimes de l’appareil répressif instauré par Habré.

Deby Itno et l’expression policière

Le Mouvement patriotique du salut (Mps) de Déby Itno va donc naître sous les cendres de l’Unir. Pour avoir contesté l’autorité gouvernante de Habré, Déby Itno s’engage sur une autre voie, celle de la démocratie pour redonner l’espoir au peuple tchadien. Mais il s’appuiera lui aussi largement sur l’expression militaire et policière pour réconcilier les tchadiens et dissuader tous ceux qui entendent user du mécanisme de la prise de pouvoir par la force armée.Aujourd’hui, le maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno qui est en route pour un sixième mandat fait face à de nombreux défis parmi lesquels, la reforme de l’armée, la modernisation de l’administration publique, la redynamisation de l’école républicaine et la recomposition politique d’un Etat de droit. Mais vu de loin, l’homme de Bamina  est en train de ronger son frein et ne compte plus que sur le destin. Ses adversaires l’appellent à passer la main pour une alternance sans heurt, ce qui n’est pas de son goût. Pourtant il doit avoir à l’esprit que la condamnation de Hissein Habré par la Chambre africaine extraordinaire de Dakar (Sénégal) doit lui faire comprendre qu’il est impossible de passer une rivière à pied sec.

Collaboration Journal Eclairages/Regards, d’Africains de France

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