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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Dans une interview publiée depuis hier mercredi 03 mars 2021 par la RTBF, dont les propos  de  monsieur Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali (2014-2015) et candidat aux prochaines élections, ont été recueillis par la journaliste Ghizlane Kounda, ce dernier  considère que l’Unité Nationale ne signifie pas unanimisme et  d’après son interlocuteur, on ne peut pas avoir la même règle sur l’ensemble du territoire. Le Mali selon notre consoeur Ghizlane Kounda de la RTBF, est toujours en proie à la menace djihadistes, malgré la présence de multiples forces militaires au Sahel : la force française Barkhane, la force conjointe du G5-Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Tchad), l’opération Takuba (une douzaine de pays européens, dont la Belgique), sans compter la Minusma, la mission des Nations-Unies pour le maintien de la paix au Mali, qui compte 15.000 casques bleus.Après huit ans de combats, en dépit de quelques succès tactiques contre le Groupe Etat Islamique au Grand Sahara (EIGS), les attaques des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda, regroupés au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), se poursuivent. Elles s’étendent désormais du nord au centre du Mali, au Burkina Faso et au Niger.La France et les pays du Sahel comptent leurs morts. Tandis que deux millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur de leur propre pays, un niveau jamais atteint, selon l'ONU. Lors du sommet du G5-Sahel à N’Djamena (15-16 février), Emmanuel Macron a appelé à « décapiter » les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Pourtant, avant ce sommet, certains pays dont le Mali étaient prêts à négocier avec eux.

Voici ci-dessous l’interview de Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali (2014-2015) et candidat aux prochaines élections, réalisée par la journaliste Ghizlane Kounda de la RTBF.

G.K. Depuis le coup d’état en août 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, les militaires ont mis en place une transition censée rendre le pouvoir aux civils dans un délai de 18 mois, vous y croyez ?

Moussa Mara : Nous avons déjà eu deux transitions et chacune d’entre elles s’est terminée par des élections dont les résultats étaient incontestés. Le Mali a une longue tradition démocratique et cette tradition s’impose à tous les acteurs du pays, y compris les militaires. Ceux qui dirigent la transition n’auront pas d’autres choix que d’organiser les élections et de transmettre le pouvoir à des civils. Ils l’affirment d’ailleurs. Et tout ce qu’ils posent comme actes depuis des mois laissent supposer qu’ils travaillent dans ce sens.

Vous faite confiance à l’armée malienne ?

L’armée est une émanation de la société, elle ne peut pas être contre les maliens. Si elle était contre les maliens, elle serait balayée. Il n’y a pas l’ombre d’un doute. L’armée est pour la reconstruction de ce pays et d’ailleurs le discours de la transition, c’est la refondation de l’Etat. Donc on va ouvrir le chantier de cette refondation par le biais de la transition mais je pense qu’il ne faut pas avoir l’ambition de vouloir tout faire par le biais de la transition, certains chantiers seront ouverts par ce biais, d’autres seront ouverts par un pouvoir légitime. Soyez sûr que l’armée n’a pas d’autres choix que d’être du côté du peuple.

Où en sont les accords de paix avec l’ex-rébellion touareg. Les autorités de transition agissent-elles dans ce sens ?

Les accords d’Alger « pour la Paix et la réconciliation » ont été signés en 2015. Mais leur mise en œuvre a accusé énormément de retard, au point que les maliens réunis lors du dialogue national en 2019, ont demandé que ces accords soient relus. Et en effet, le gouvernement de transition s’organise dans ce sens, pour mettre en œuvre ces accords le plus rapidement possible.

Beaucoup de Maliens sont excédés par la présence française, ils réclament des discussions avec les groupes terroristes pour mettre fin aux tueries. Y êtes-vous favorable ? Selon vous, c’est la solution pour retrouver l’unité du pays et la paix ?

La lutte contre le terrorisme est très difficile, on l’a vu en Irak, en Afghanistan et ailleurs. De la même façon, les résultats au Sahel prennent beaucoup du temps. Cette inefficacité relative à réduire le terrorisme a pu alimenter un sentiment anti-français, notamment au Mali. Mais les résolutions du sommet de N’Djamena sont très claires. Elles s’articulent autour de quatre piliers : renforcer l’engagement militaire pour lutter contre le terrorisme avec une cible bien définie, les dirigeants d’Al-Qaïda, Lyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. Les forces du G5 Sahel seront renforcées avec l’engagement des troupes tchadiennes (1200 hommes). Le redéploiement des Etats dans les zones désertées et enfin les actions en faveur du développement. Le Sommet a donc reconfirmé les quatre piliers essentiels de la lutte contre le terrorisme. Au niveau du Mali, il y a eu un Dialogue national inclusif en 2019. A cette occasion, les Maliens ont réclamé de discuter avec les dits ‘terroristes’, pour essayer de mettre fin aux tueries. C’est pour ça que notre gouvernement de transition a évoqué l’idée de dialoguer avec les « terroristes ». C’est une requête que le peuple malien a adressée à ses leaders. Mais il ne s’agit pas de discuter avec Iyad Ag Ghaly, ni Amadou Koufa, mais de parler avec leurs lieutenants, les sous-officiers, tous ceux qui se sont engagés dans les actions terroristes, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour des raisons économiques. Pour ceux-là, il existe des programmes de déradicalisation, d’insertion etc.Donc d’un côté, on va cibler les leaders de ces groupes "terroristes",de l’autre, on va organiser des discussions intercommunautaires avec des jeunes qui ont été embrigadés dans ces groupes, pour essayer de les ramener dans la patrie. Les deux aspects ne sont pas contradictoires. Si je dois imager, on coupe la tête du serpent et avec le reste on fait une belle ceinture.

G.K. Vous pensez pouvoir extraire ces jeunes de ces groupes radicalisés ?

Il est vrai que des éléments radicalisés ont rejoint ces groupes djihadistes. Mais il existe des programmes de déradicalisation, des programmes d’insertion qui ont été employés ailleurs et qui peuvent parfaitement être utilisés chez nous.

Les Maliens étaient prêts à négocier avec ces djihadistes, ça veut dire quoi, qu’ils étaient prêts à accepter la charia dans leur pays ?

Il est vrai que les Maliens sont excédés par les tueries, ils constatent que les militaires, les civils continuent d’être attaqués. Du coup, les maliens demandent aux autorités de discuter avec les djihadistes, de trouver une entente avec eux pour mettre un terme à ces tueries. Mais les dirigeants savent que s’asseoir à la même table que ceux qui revendiquent la charia sur l’ensemble de la planète, qui revendiquent un obscurantisme le plus noir, c’est inenvisageable ! Donc quand on parle du ‘dialogue avec les djihadistes’, les dirigeants traduisent en politique les recommandations du peuple.

Comment réconcilier le pays ? Comment parvenir à une unité nationale ?

L’unité nationale, il faut lui donner un contenu. L’unité nationale ne signifie pas unanimisme. Le Mali est multiple, elle est traversée par une pluralité religieuse, une pluralité ethnique, c’est ce qui fait la force de notre pays. Mais on ne peut pas avoir la même règle sur l’ensemble du territoire. Nous devrions réussir à construire une république qui repose sur un certain nombre de consensus nationaux, et ensuite sur des consensus régionaux et locaux. Certaines réalités au niveau local, s’imposent. Nous devrions être capable, à travers la décentralisation, de donner la possibilité aux communautés de régenter leur vie collective, comme ils l’entendent, tout en ayant des consensus nationaux qui servent d’armature à l’état central. Concrètement, il pourrait y avoir des régions au Mali, où par exemple, il n’est pas permis de vendre de l’alcool. C’est déjà le cas aujourd’hui, alors même qu’il n’y a pas de textes, mais ce sont les communautés qui vivent comme ça. Selon moi, l'Etat malien ne devrait pas avoir comme fondement juridique une Constitution basée sur la laïcité. Pourtant, c’est ce que prônent les autorités actuelles. Il s’agit de voir comment établir au niveau local, au niveau communautaire, des consensus, des discussions qui pourraient satisfaire les attentes de chacun, tout en ayant une architecture constitutionnelle. Il faudrait réussir à marier l’état officiel avec les réalités sociologiques de ce pays, ce que l’élite malienne n’a pas réussi à faire depuis l’indépendance du Mali. C’est ce défi qui nous est imposé par la crise.

 D’un côté, il faut une action militaire, de l’autre, il faut réconcilier les communautés au niveau local ?

C’est exactement ça. On confirme la présence militaire, internationale et nationale. Parallèlement, nous devons construire, redéployer l’état dans le pays afin de le rendre plus adapté au terrain, plus ouvert aux réalités communautaires. Mener aussi des actions de prestations de services afin que les populations voient en l’état non pas un prédateur mais une structure au service des citoyens. Et aussi au niveau local, il s’agit de créer des occasions de dialogues, pour réconcilier les maliens. C’est déjà le cas au centre du Mali, des initiatives ont permis de déboucher sur des accords locaux, afin de pouvoir cultiver, relancer les marchés hebdomadaires, réunir les communautés autour d’un modus vivendi. L’Etat doit avoir l’intelligence de donner corps à ces accords. Cela ne se fera pas sur deux-trois ans, mais sur le long terme, sur une vingtaine d’années, au moins .

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