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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

D.P Déli Sainzoumi Nestor,  du journal tchadien Eclairages

Pour certains, l’entrée des jeunes au gouvernement du 14 juillet marque le départ d’une nouvelle vision ; celle de la promotion de la jeunesse. Mais en réalité, ce déclic cache des intentions non avouées qui voilent esthétiquement le clivage Nord/Sud. Au lendemain du Forum national inclusif, un remaniement gouvernemental s’impose afin d’apaiser les tensions. Décryptage.

L’entrée des jeunes au gouvernement de  juillet 2020 n’est pas le fait du hasard. Le choix a été fait avec parcimonie. Ce sont des fils (filles) des personnalités telles que Naimbaye, Beassemda, Nadingar, Routouang, qui ont été promus aux plus hautes fonctions de l’Etat. A travers ces nominations, Idriss Déby Itno veut préparer le peuple à accepter la transmission du pouvoir de père en fils ; sachant que la transmission familiale du pouvoir en Afrique subsaharienne est devenue un vieux mécanisme. La nomination, le 21 octobre 2020 de son fils, le Colonel Hassan Idriss Deby au poste de chef d’Etat-major adjoint de l’armée de l’air est un test; un schéma qui se dessine. La création par le 2ème forum national inclusif du poste de vice-président de la République vient confirmer cette marche incontestable vers la triade père-fils-pouvoir, malgré l’environnement sociopolitique délétère. Mais, ce n’est pas nouveau en Afrique francophone. Ils sont nombreux, ces fils qui arrivent au pouvoir après le décès de leur père. Ce sont entre autres, Faure Gnassingbé du Togo, Ali Bongo du Gabon, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi de la RDC. Pour avoir bénéficié de la légitimité filiale, ces fils à papa sont contestés par le peuple. Les Tchadiens redoutent cette pratique, car le pouvoir de père en fils sans les élections est une voie ouverte à la monarchie et au totalitarisme.

Le système patriarcat en marche

La main tendue à la jeunesse par le Chef de l'Etat change la donne; puisque les jeunes ministres arrivent, sans encombre, à faire retentir dans le Tchad profond le grincement du vieux chariot. Désormais, il est prouvé que les jeunes peuvent mettre leur compétence au profit du parti au pouvoir. Ce rajeunissement semble productif. Il faudra donc le généraliser en commençant par le sommet. Le chef de l'Etat qui est au pouvoir depuis 30 ans, doit laisser sa place à la jeunesse. Ce qui suppose la réduction de l’âge de candidature aux fonctions de Président de la République, fixé à 45 ans au minimum par la Constitution  promulguée le 04 mai 2018. Surprenant Idriss Deby Itno. Au moment où le monde entier plaide pour l'alternance au pouvoir, Deby lui, aime le Tchad en le faisant entrer progressivement dans un système patriarcat. Le patriarche qui est aussi Chef du gouvernement partage le pouvoir avec ses petits-fils et influe sur leur psychologie. Rien de plus. C'est une nouvelle forme de confiscation du pouvoir. Sous la 4ème République, le Tchad est entré, en douceur, dans un système patriarcal. N'en déplaise aux affidés de la Fondation Grand Cœur qui fouinent dans la pelouse du palais rose.

La part des provinces dans le gouvernement

C'est peut-être trop tôt pour le dire, mais il faut remarquer que la composition discriminatoire de ce gouvernement s’est faite (peut-être) de manière inconsciente. Car, à lire entre les lignes, il se dégage que les portefeuilles les plus importants sont exclusivement confiés à nos compatriotes du Nord. Idriss Deby Itno a sans doute placé ses hommes de main pour les prochaines campagnes électorales. Mahamat Tahir Orozi occupe le département de la sécurité publique et de l’immigration, la défense est confiée à Mahamat Abali Salah, l’administration du territoire est entre les mains de Mahamat Ismael Chaïbo, la Justice revient à Djimet Arabi, la santé publique comme la fonction publique sont tenus respectivement par Dr Abdoulaye Sabre Fadoul et Ali Mbodou Mbodoumi. Il en est de même pour les deux grandes mamelles de l'économie nationale : l'Agriculture (Abdoulaye Diar) et l’élevage (Ahmat Mahamat Bâchir). Le menu fretin revient aux quelques rares sudistes qui jouent les rôles de figurants. Personne ne peut justifier ce choix, car le pouvoir de nomination relève de la discrétion du Chef de l'Etat. En dehors de lui, personne ne peut s’arroger ce pouvoir substantiel.

La dialectique Nord/Sud et Musulmans/Chrétiens refait surface

Tous les régimes qui se sont succédé au pouvoir ont prôné l'unité nationale. Pour endormir le peuple, le pouvoir Mps a, pour sa part, instauré la Journée nationale de prière pour la paix et la cohabitation pacifique entre chrétiens et musulmans. Mais le remaniement du 14 juillet dernier est venu dégoupiller la gourde de la dialectique fatale. Certains analystes politiques ont découvert dans la composition de ce gouvernement, l'empreinte de la Fondation Grand Cœur. C'est pourquoi, au lendemain de la publication de cette liste, certains membres du bureau politique national du Mps ont eu la gueule de bois. Ils soupçonnent, eux aussi, une influence extérieure dans les choix du président fondateur. Le gâteau est partagé de manière disproportionnée. On y trouve peu de sudistes. Peut-être à cause de leur refus du serment confessionnel. Ce clivage risque, une fois de plus d'élargir la fracture Nord/Sud. Au Liban, cette question est déjà réglée, il y a de cela un siècle. Au pays des cèdres, lorsque le président élu est de confession musulmane, le  premier ministre est désigné parmi les chrétiens. Le Nigéria voisin semble être aussi un très bon exemple. Le pays de Muhammadu Buhari a fait de l'inclusion institutionnelle une culture. Comme on peut le constater, le vice-président d'un candidat nordiste vient toujours du sud. Cette pratique est intégrée dans un système de tradition non écrite au Nigéria. Le Tchad devra suivre ces exemples en rouvrant la Primature afin de taire définitivement les vieux débats de clivages qui continuent de faire de nombreuses victimes.

Arabisation du système éducatif à pas de force

La configuration du gouvernement du 14 juillet, dévoile l'intention des plus hautes autorités pour la promotion du bilinguisme dans l’administration tchadienne. Ce qui est une bonne chose. La tâche de valorisation des deux langues nationales (français et arabe) est confiée à la  Ministre secrétaire générale du gouvernement, Mme Mariam Mahamat Nour qui pourrait être promue ambassadrice du Tchad auprès des Royaume-Uni, des pays du Benelux et de l'Union européenne (UE). Là encore, la clé de répartition des postes échappe à toute appréhension. Le ministère de l'éducation qui est le lieu par excellence pour vulgariser le bilinguisme se trouve entièrement confié aux arabophones. Le ministre de l’éducation (Aboubakar Assidick Tchoroma) et son secrétaire d’Etat (Moustapha Mahamat Talgo) ainsi que le conseiller du chef de l'Etat à l'éducation civique sont des arabophones purs sangs. Comment comprendre cela? Sans entrer dans les prérogatives présidentielles, nous estimons qu’il n’est pas tard pour faire comprendre aux Tchadiens qu’ils ne doivent pas confondre l’islam avec la langue arabe. De même, dans l’administration tchadienne, personne ne doit donner un statut plus supérieur au français au détriment de l’arabe. La promotion du bilinguisme passe par le partage équitable de responsabilité entre francophones et arabophones. Et ce, pour éviter les querelles intestines et surtout byzantines.

Collaboration Journal Eclairages/Regards d’Africains de France

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