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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Déli Sainzoumi Nestor/Éclairages

La nouvelle est tombée dans la nuit du 12 août 2020 : Mahamat Nour Ahmed Ibedou est suspendu de ses fonctions de Secrétaire général de la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits de l’Homme (C.T.D.D.H). C’est une décision du Tribunal de Grande Instance de N’Djamena, suite à une plainte du sieur Ahmat Hassaballah instrumentalisé par le pouvoir alors qu'il a été déjà exclu depuis le 27 juillet par le Comité Exécutif  National de la C.T.D.D.H. Cette décision lourde de conséquences, annonce incontestablement la mort de la Société civile tchadienne, déjà agonisante. Dans notre petit sommeil, nous avons cru que ce n’était qu’un rêve. Et pourtant ! La nouvelle est confirmée dans la matinée du 13 août 2020. C’est par une Ordonnance au pied de la requête que le Président du Tribunal de Grande instance de N’Djamena a suspendu le grand défenseur des droits humains. Nous voyons derrière cette décision la main des ennemis de la démocratie et des droits humains qui cherchent à tout prix à neutraliser les voix discordantes au pouvoir central. Après plusieurs cabales montées contre Mahamat Nour Ahmed Ibedou, après l’avoir envoyé [à plusieurs reprises] en prison pour le faire taire définitivement, Dieu a toujours été au contrôle et l’a fait sortir des dents des voraces. Comme cela ne suffisait pas, des astuces ont été aussitôt trouvées pour retourner un membre de piètre réputation contre lui. On l’accuse d’avoir monopolisé la conduite des activités de la grande organisation C.TD.D.H «en n’associant personne sur la prise de décision et les concertations». Pourtant l’opinion nationale et/ou internationale retient que Mahamat Nour Ahmed Ibedou a toujours œuvré pour les causes justes, les causes nobles. Au risque de sa vie, Ibedou s’est toujours mis au devant de la scène pour dénoncer les violations flagrantes des droits humains. Il n’a fait que lutter contre l’injustice et la corruption dont font preuves de nombreuses personnalités et certains administrateurs à travers le Tchad profond. De nombreux exemples de la clairvoyance et de la dynamique de sa lutte ont été relayés par les médias locaux et internationaux. Qui a fait mieux qu’Ibedou au sein de la C.T.D.D.H ? Qui pourra risquer sa vie comme lui ? « Au péril de sa vie», telle est l’expression qui peut mieux résumer la vie de cet homme qui a séjourné à la tristement célèbre prison d’Amsinéné.

Avec cette suspension, c’est l’occasion de jeter un regard sur la société civile au Tchad. De 1993 à 2020, la lutte associative a été rude pour les militants des Organisations de la société civile. Au point où certains grands aboyeurs ont quitté le rang de leurs organisations pour aller chercher ailleurs. Beaucoup se sont éclipsés de la scène afin de préserver leur vie, puisque le régime en place ne tolère pas les voix discordantes. En 27 ans de lutte, beaucoup d’acteurs de la société civile tchadienne ont fait l’objet d’arrestation judiciaire, certains ont été détenus arbitrairement et torturés. Dans l’histoire du Tchad indépendant, on retient qu’un syndicaliste, Mbailaou Bétar Gustave, a trouvé la mort en prison en décembre 2012, à cause d’un sourire dans la salle d’audience où un juge prononçait la sentence de trois de ses camarades. Fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, membre de l’Union des Syndicats du Tchad (U.S.T), Gustave est mort dans des conditions suspectes alors qu’il avait été condamné arbitrairement à trois mois de prison ferme pour outrage à magistrat. Ce cas parmi tant d’autre montre qu’user de son droit d’expression au Tchad n’est pas une sinécure. Mahamat Nour Ahmed Ibedou dont il est question aujourd’hui a subi de nombreux préjudices au nom de son combat pour la défense des citoyens. En décembre 2019, il a été incarcéré pour une histoire de diffamation contre un membre de la famille du chef de l’Etat. Mais pendant son procès, il s’est vu notifier une infraction pour meurtre et complicité de meurtre dans une affaire qui date de 2014. Envoyé en prison, il bénéficiera le 08 janvier 2020 d’une ordonnance de non lieu. La justice a abandonné les poursuites contre lui. Aujourd’hui, ceux qui veulent la peau de ce militant des droits de l’homme ont trouvé un subterfuge pour le fragiliser et l’envoyer définitivement paître ailleurs. Ils savent qu’Idebou privé du droit à l’expression au nom des opprimés et des victimes de graves injustices, c’est désormais la traversée du désert pour le plus grand nombre des Tchadiens dont les droits sont bafoués au quotidien. Que nous restera-t-il sans Ibedou ? Décidément, ils ont réussi leur coup. C’est ce qu’ils pensent.

Mais pour combien de temps ? Nous espérons que la même Justice qui vient de suspendre Ibedou de ses fonctions fera appel à la raison et à la loi pour le rétablir dans ses droits. Car ceux qui le combattent ne seront jamais capables de porter haut le flambeau de la C.T.D.D.H. Ils ont eu l’audace de le combattre simplement pour des intérêts égoïstes. L’opinion publique sait bien qu’ils font le jeu des ennemis qui sont tapis dans l’ombre. A propos de la longue lutte des Organisations de la Société Civile (OSC), le Secrétaire général adjoint chargé de la communication, porte parole du Mouvement Patriotique du Salut (M.P.S), Me Jean-Bernard Padaré, nous a confié à Eclairages que depuis « le 1er décembre 1990, les citoyens expriment toujours librement leurs points de vue sur la gestion du pouvoir. C’est ce qu’a voulu d’ailleurs le chef de l’Etat. S’il est d’une chose à rappeler, le président de la République avait dit dans ses premières déclarations, qu’il n’apporte ni or ni argent mais la liberté et la démocratie aux Tchadiens. Et donc, cette démocratie ne peut s’exercer que par la liberté d’opinion, d’entreprendre et de penser. C’est ainsi qu’il y a eu la création des partis politiques, des associations de défense des droits de l’Homme et des associations de développement ». Dire que l’Etat reconnait aux associations le droit d’exister et aux citoyens le droit d’exprimer leurs opinions dans la plus totale liberté, cela n’est que de fait. Dans la pratique, des menaces pèsent sur les leaders d’opinion. Nous sommes loin de croire que les médias et les Organisations de la société civile constituent le sel de la démocratie. L’ancien président de la Ligue Tchadienne des droits de l’Homme (LTDH), Massalbaye Ténébaye, reconnait qu’il y a des reproches à faire aux Organisations de la Société Civile (OSC), lorsqu’elles se taisent sur les questions qui interpellent, pourtant récurrentes ces dernières années.

Aussi, explique-t-il, « ce n’est pas juste de figer les OSC, notamment les associations des Droits Humains, dans un rôle exclusif et étroit de dénonciation. Tant de situations de la vie publique les engagent et les mobilisent, autour des politiques publiques, aux niveaux local ou national. Les résultats sont certes mitigés, puisqu’il faut admettre que les O.S.C n’ont pas été préparées pour des exercices de cet ordre. De nombreuses analyses pertinentes ont relevé que la société civile tchadienne est en proie à des problèmes structurels et existentiels ». C’est justement dans ce contexte que les ennemis de la paix viennent saboter l’œuvre entreprise. Le député Béral Mbaïkoubou, fin observateur de la vie politique au Tchad a eu l’intuition de vite comprendre que sous le régime M.P.S, rien ne peut fonctionner comme sur des roulettes. Le pouvoir en place use de tous les moyens pour mettre le bâton dans les roues des organisations qui entendent œuvrer pour la paix sociale. « La société civile n’a pas échappé à cette stratégie du pouvoir qui consiste à allumer des feux trompe-l’œil pour pouvoir faire croire qu’il y a une partie de la société civile qui partage sa manière de voir les choses, qui est moins critique quant à sa manière de mener les affaires publiques. Des faux feux comme cela sont allumés dans tous les secteurs de la vie politico-sociale au Tchad. C’est pour essayer de corrompre le jeu, de biaiser l’analyse, que les uns et les autres peuvent faire de la situation au Tchad ».Voilà donc pourquoi, la suspension de Mahamat Nour Ahmed Ibedou de ses fonctions de Secrétaire général de la C.T.D.D.H peut faire plaisir au pouvoir central. Une oreille indiscrète informe même qu’en retirant à Ibedou le pouvoir d’exercer au nom de son Organisation, les portes seront grandes ouvertes pour le fragiliser et le tuer à petit feu. En effet, l’intention cachée de ceux qui ont participé à cette cabale est bien claire : réduire au silence cette voix des sans voix, tuer politiquement tout élite locale qui élève la voix pour dénoncer les bavures de toute sorte. Pendant ce temps, les vendeurs d’illusions peuvent continuer à faire des victimes, sans vergogne. Nous sommes au boulevard du totalitarisme « intégral ».

Collaboration Éclairages/Regards d’Africains de France

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