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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

C’est un reportage de l’Agence France Presse, dont sa publication est faite depuis hier jeudi 23 avril 2020 sur le Site de la RTBF ou autres médias occidentaux.S’appuyant sur des témoignages vivants et crédibles, l’AFP nous fait vivre ce que son reporter a vu de ses propres yeux se dérouler ses événements qu’il a raconté grâce à son travail de presse .Ainsi selon le journaliste de l’AFP,nourrie aux récits de l'époque lointaine où la vie s'articulait autour du Nil, Fatma Addar, 23 ans, a grandi dans la culture nubienne de ses parents, sans jamais en parler la langue, aujourd'hui très peu usitée.« On me demande souvent comment je peux être nubienne si je ne parle pas notre propre langue (...). Cela a toujours été un problème pour moi », déplore Mme Addar, arabophone d'éducation.Cette habitante d'Assouan (sud) appartient à la principale minorité ethnique d'Egypte: les Nubiens, qui ont leurs racines dans le Sud du pays et le Nord du Soudan actuel.Depuis les années 1960, les terres de l'ancienne Nubie sont en grande partie submergées par les eaux du lac Nasser, né de la construction du Haut barrage d'Assouan, projet monumental lancé par le président Gamal Abdel Nasser et inauguré en 1971.En l'absence de chiffres officiels, les experts et associations nubiennes évaluent leur nombre entre trois à quatre millions de personnes aujourd'hui, sur plus de 100 millions d'Egyptiens.A l'époque de la submersion, une part importante de la population d'alors, soit quelque dizaines de milliers de personnes, selon les associations-- a dû quitter les rives fertiles du Nil pour les campagnes arides du Sud, ou les grandes villes, et s'assimiler progressivement au reste de la société... Jusqu'à en adopter la langue.Car si les programmes scolaires comprennent des langues étrangères, ni le nubien ni le berbère, langues minoritaires, ne sont enseignés dans les écoles égyptiennes.Pour le chercheur Hussein Kobbara, 63 ans, cela participe « clairement de la marginalisation culturelle » des Nubiens.« Cela fragilise notre identité », ajoute l'universitaire, lui-même d'origine nubienne.Mme Addar, à l'instar de la plupart des Nubiens de sa génération, n'a été exposée à la langue de ses aïeux qu'à de rares occasions, notamment auprès des membres les plus âgés de la communauté, derniers gardiens de l'idiome ancestral. « Notre intégration à la société arabophone a peu à peu éloigné le besoin de parler nubien », regrette la jeune femme .

Avec ses origines remontant à plusieurs milliers d'années nous fait-il vivre l’Histoire de ce peuple oublié, la langue nubienne se décline en deux dialectes, le Kenzi et le Fadidji, assez différents l'un de l'autre.Transmise surtout oralement, elle est aujourd'hui transcrite dans un alphabet de 24 lettres proche du grec, mis au point par une équipe de chercheurs dans les années 1990.Du fait de sa rareté, cette langue a été utilisée comme code militaire dans l'armée égyptienne durant la guerre de 1973 contre Israël.Ces dernières années, la communauté nubienne a décidé de réinvestir son patrimoine linguistique en profitant notamment des nouvelles technologies.« On filme des Nubiens âgés qui nous racontent les coutumes et légendes de leurs anciens villages, puis on en extrait des expressions », explique à l'AFP Hafsa Amberkab, une cheffe d'entreprise nubienne.Cette initiative intitulée « Komma Waidi » (« Contes d'antan », en nubien), vise à documenter toute une tradition orale de récits et de fables.Dans l'une des vidéos --dont certaines sont accessibles sur les réseaux sociaux--, on voit une femme âgée baigner un nouveau-né dans le Nil sept jours après sa naissance pour le bénir et le protéger, selon un vieux rituel de baptême nubien.Depuis 2019, Mmes Amberkab et Addar travaillent également à un dictionnaire kenzi qui comprend 230 mots transcrits en alphabet arabe et traduits en arabe, anglais et espagnol.En 2017, le développeur Momen Talouch a de son côté créé l'application mobile Nubi destinée à l'apprentissage des deux dialectes nubiens.« Je ne les parle pas couramment moi-même car j'ai toujours vécu à Alexandrie », dans le nord de l'Egypte, affirme-t-il, tout en revendiquant son appartenance à la Nubie.

Dotée de 3.000 utilisateurs réguliers et téléchargée plus de 20.000 fois termine-il de raconter, l'application propose d'apprendre, avec des jeux, des chansons et des proverbes transcrits en alphabet nubien moderne et traduits en arabe.Les chansons oscillent entre des airs gais, incontournables des mariages de la communauté, et des morceaux chargés de mélancolie.« Mon fils, toi qui t'en vas rejoindre le village, pense à moi quand tu y seras et salue-le pour moi », raconte l'une d'elles.Les Nubiens réclament de longue date un « droit de retour » et ont obtenu, en 2014, l'inscription de cette revendication dans la Constitution égyptienne.Bien que le texte leur garantisse « un retour sous dix ans », aucune mesure concrète n'a pour l'heure été prise.Au contraire, le territoire de l'ancienne Nubie qui n'a pas été inondé a progressivement été placé sous le contrôle de l'armée, dont le rôle est croissant dans l'économie égyptienne.L'histoire récente des Nubiens est jalonnée de vagues successives de déplacements de population.Les différentes étapes de la construction de l'ancien barrage (1902, 1912, 1933), édifié sous le protectorat britannique à la fin du XIXe siècle, ont donné lieu à de premières évacuations, culminant avec la construction du Haut barrage d'Assouan dans les années 1960.En 2017, plusieurs sit-ins et marches « pour le retour » dans le sud ont abouti à l'arrestation d'une vingtaine de manifestants nubiens.L'an dernier, le gouvernement a annoncé des mesures partielles de réparation prévoyant le dédommagement, par compensations financières ou attribution de logements sociaux, de quelques milliers de Nubiens.Toutefois, aux yeux des militants de la cause nubienne, ces gestes ne peuvent remplacer leur droit au retour.« Cela sera toujours notre rêve et nous devons maintenir notre langue en vie jusqu'à ce que l'on puisse se réinstaller sur nos terres », exhorte la cheffe d'entreprise Hafsa Amberkab. « Sinon, ce sera un retour sans âme ».

La Rédaction

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