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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Editorial  de Déli Sainzoumi Nestor Directeur de publication du journal tchadien Eclairages  N° 084 - du 25 Février 2020.

C’est désormais officiel, la France d’Emmanuel Macron traque les Dictateurs d’Afrique. Le ton a été donné le 22 février 2020 dans les allés du Salon de l’agriculture (France). Répondant sur le vif à la question d’un activiste camerounais, le président Macron a lâché que « la France a un rôle compliqué en Afrique (….) Moi, je mets la pression sur chacun (Ndlr : les chefs d’Etat) ; je travaille avec l’Union africaine pour mettre la pression». Parfaite confidence ! Ces propos, nous autorise à dire que la France fait la pluie et le beau temps. Elle le fera davantage en Afrique centrale où Paul Biya (87 ans dont 38 au pouvoir) et Idriss Déby (bientôt 68 ans dont 30 au pouvoir) cumulent les plus longs règne à la tête de leur pays respectif. Ce qui dérange l’opinion internationale, ce n’est pas la question de longévité au pouvoir, mais plutôt les violations des droits de l’homme.

Tenez, au Cameroun, le 14 février 2020, des hommes armés sont allés tuer et brûler des habitants dans la zone anglophone, faisant 23 morts dont 15 enfants. Ce mal politique, le Cameroun le partage avec le Tchad où les citoyens des villages et villes sont exposés chaque jour à l’insécurité la plus inouïe. A N’Djaména, cette insécurité se caractérise, depuis janvier 2020, par des braquages à main armée, des viols des femmes et des crimes crapuleux (assassinats et/ou meurtres). C’est le lieu de rappeler que sous Idriss Déby, le Tchad connait les pires moments de son histoire marqués par des conflits intercommunautaires, de violents affrontements entre agriculteurs et éleveurs, des prises d’otages contre de fortes rançons et d’autres actes barbares. Le chef de l’Etat a confirmé lui-même les faits à travers son discours de fin de ramadan 2019. Il a promis au peuple tchadien que « toutes les personnes incriminées, les co-auteurs ainsi que leurs complices répondront de leurs actes ». Mais neuf (09) mois après sa déclaration, rien n’a changé. La criminalité va crescendo.

Pour l’instant, c’est la situation du Cameroun voisin qui attire l’attention de l’ONU  et de la France. Le 21 février, suite à l’escalade de la violence  dans les régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, quatre hauts responsables onusiens ont appelé Paul Biya à une meilleure protection des civils dans son pays. Selon les patrons de l’ONU, « des homicides extrajudiciaires, des actes de torture, des arrestations arbitraires et des destructions de biens, ainsi que des représailles, des enlèvements, des viols et d’autres formes de violence sexuelle » se pratiquent au Cameroun. C’est ce qui conduit Emmanuel Macron, le grand connaisseur de l’Afrique, à faire, une fois de plus, pression sur le président Biya. « Je vais appeler, la semaine prochaine (NDLR : du 24 au 29 février), le président Biya et on mettra le maximum de pression pour que cette situation cesse. Je suis totalement au courant et totalement impliqué sur les violences qui se passent au Cameroun et qui sont intolérables », a-t-il déclaré. Choqués par ces propos, les camerounais se déchaînent. Pour le journaliste Ernest Césaire Mbopuwouo, avec cette sortie de Macron, c’est « l’hydre funeste de la Françafrique qui fait sa mue et les braves cons se masturbent. » L’écrivain Raoul Djimeli d’ajouter : « ce que Macron fait là, on appelle ça l’enfumage. La France n’a jamais été un allié du Cameroun ». Le tri-hebdomadaire Essingan titre : « Les dérapages d’un suprématiste blanc nommé Macron » tandis que L’Essentiel écrit que Macron est crédule et inamical.

On dirait que le président français s’est trompé de cible. Il devrait plutôt s’occuper d’Idriss Déby qui assiste impuissamment à la souffrance de son peuple. De ce côté, la Lettre du continent (n°818 du 19 février 2020) informe que les lignes commencent à bouger. « Mi-2019, Paris et Berlin ont même remis au président tchadien Idriss Déby un document validé par les Etats membres de l’Union européenne (UE) listant huit points phares censés favoriser la construction de l’Etat de droit ». La même source nous apprend que Paris n’interviendra plus militairement au Tchad pour massacrer les colonnes rebelles dont les bruits de bottes ne laissent plus dormir les habitants du palais rose. Officiellement, il n’y a que l’Allemagne qui maintient la pression sur le chef de l’Etat tchadien. Que fait alors la France en dehors de la préservation de ses intérêts au Tchad? S’il faut lire entre les lignes, on dira que la pression que Macron entend mettre à Paul Biya est un acte manqué, un véritable lapsus (erreur commise en parlant). S’il y a un chef d’Etat qui mérite une pression de la part de la France, c’est bien le chef de l’Etat tchadien. Son pays est un peu comme le Goulag soviétique où la terreur et la mort constituent le lot quotidien. Au Tchad, la vie humaine a perdu de valeur. Chaque jour, on y meurt un peu, parce que la loi ne prime pas sur la force.  Surtout que ces derniers jours, il suffit de mettre le nez dehors pour être violé ou zigouillé comme une biche. Souvenons-nous de Mateyan Bonheur, un diplômé sans emploi tué par la protection du président de l’Assemblée nationale en novembre 2019 à N’Djaména ; souvenons-nous des deux corps de femmes retrouvés sans vie et violées dans les rues de la capitale en ce mois de février 2020. Finalement, que valent les forces de sécurité qui privent souvent les citoyens de la liberté de manifester ? Le président Idriss Déby attend-t-il la pression d’Emmanuel Macron pour réagir en ce moment où l’insécurité prend de l’ampleur ; des femmes sont fréquemment violées et tuées ?

Collaboration journal Eclairages/Regards d’Africains de France

 

 

 

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