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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Il y a 24 heures, la Saint-Valentin a été célébrée dans le monde entier. C’est une journée à la fois festive et chargée  d’émotions affectives pour les amoureux. La Rédaction de Regards d’Africains de France en profite pour vous proposer cet entretien extrêmement riche d’une sexologue belge dont les propos ont été recueillis par notre confrère Marc Mélon de la RTBF. Originaire de Liège, Graziella Sciuto est également écrivaine et justement le thème abordé dans cet entretien fait largement écho à son dernier livre intitulé « Comprendre les femmes pour ne plus les faire fuir ».   

Marc Mélon de la RTBF : Ne plus faire fuir les femmes, est-ce possible ?

Sexologue liégeoise Graziella Sciuto:Oui, bien sûr, c’est possible. Il faut juste comprendre comment elles fonctionnent. La première chose, c’est d’être bien avec soi-même. Et quand c’est le cas, on peut être un partenaire heureux. On peut apporter des choses positives à l’autre. Il suffit simplement de comprendre que les femmes ne sont pas linéaires. Nous sommes gérées par nos hormones et c’est ce qui fait que nous sommes parfois des vagues, des tsunamis d’émotions. Tsunamis, que nous ne comprenons pas quelques fois nous-mêmes. L’homme doit apprendre à surfer sur ces comportements, sur ces vagues le temps qu’il ait le mode d’emploi.

Vous insistez beaucoup sur le fait qu’il faut bien se connaître soi-même avant de créer un couple ?

Il faut d’abord savoir qui on est. Etre bien avec soi-même. Il faut savoir ce que l’on veut. Il faut aussi suffisamment d’amour pour soi. Il faut être bien dans son célibat pour ne pas être dans un couple à tout prix et du coup ne pas prendre tout ce qui passe.

Dans votre cabinet, vous recevez énormément de couples qui éclatent. Quelles sont les raisons de ces séparations ?

Les couples ont dépassé une phase que l’on appelle la lune de miel. Cela peut durer, pour certains, quelques semaines, quelques mois, quelques années. L’autre a des défauts mais ils sont petits. Le couple arrive ensuite dans la lutte du pouvoir. Moment où les partenaires s’affirment et se disputent. C’est là où il y a moins de partage d’intimité. 80 % des couples s’arrêtent à cette étape parce que les partenaires se disent qu’ils ne s’aiment plus. Ils n’ont plus envie l’un de l’autre et ils se séparent. C’est dans la lutte du pouvoir qu’ils doivent apprendre à connaître l’autre, à comprendre l’autre. Il faut aller dans la compréhension du mode d’emploi de l’autre et ne pas essayer de transformer l’autre comme moi j’en ai besoin. Il faut accepter que l’autre est un individu à part entière et je dois coexister et pas que l’on doit fondre et faire un. Aujourd’hui, un couple, c’est trois personnes : c’est moi, c’est mon partenaire et le couple en lui-même qui est une partie de nous deux. Aujourd’hui, le couple ce n’est plus un et un. Je trouve l’expression "ma moitié" très horrible. Nous sommes entiers et c’est parce que nous sommes entiers que je rencontre l’autre, que je vais construire une nouvelle entité qui est le couple.

Vous confirmez : l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ?

Jamais, je le dis souvent.  Parce qu’on va reproduire les mêmes schémas ailleurs. Je le vois dans les couples que j’accompagne et ceux que je n’arrive pas à sauver, on les aide à se séparer.  Et puis, ils viennent nous revoir quand ils sont dans un nouveau couple.  Ils se disent qu’ils vont venir nous voir un peu plus tôt cette fois-ci pour éviter que ça ne se termine trop tôt ou trop vite. Et en fait, on se rend compte que c’était les mêmes problèmes qu’ils avaient dans le couple précédent. Là où c’était peut-être utile de les traiter parce qu'il y avait peut-être des enfants. On se rend compte que c’est d’autant plus difficile parce qu’on a vécu des difficultés dans le premier couple mais que ce sont les mêmes et qu’on est fatigué, qu’on est épuisé, qu’on n’a plus envie de ça.  Et, de nouveau, on sort du couple. Un second couple a moins de chance d’être dans la durée qu’un premier couple.

Ce que vous dîtes est interpellant…

Le second couple va arriver avec des illusions qui sont tombées.  Il va arriver avec des nouvelles croyances, de se dire que "ce couple n’a pas été mais je sais qu’ailleurs, c’est mieux.  J’attends la fusion, la passion, qu’on partage tout ensemble, qu’on se comprenne sans parler, qu’on ait des papillons dans le ventre ". On va mettre beaucoup de pression sur ce deuxième couple. Et puis, il y a, ce que j’appelle, nos casseroles, les ex qui sont là, les enfants peut-être qu’on a eus qu’il faut gérer avec l’ex et ça amène beaucoup plus de difficultés.  Et très souvent, quand on rencontre quelqu’un de nouveau, on n’a peut-être pas encore réglé toutes ses casseroles avec l’ex.  Et c’est ce qui fait que le deuxième couple est difficile.  Et je dis souvent à mes patients quand je les aide à se séparer qu’on va faire la séparation correctement. Plus vous avez de chance de reconstruire un couple après avec quelqu’un d’autre durablement.  Très souvent, quand on rencontre quelqu’un, pour l’avoir moi-même vécu, l’autre n’avait pas terminé de traiter ses casseroles et ça vient polluer le couple. Ça, c'est vraiment important de prendre le temps entre chaque couple de se poser, de régler ce qui est à régler. Parfois, ça va vite, parfois ça prend toute une vie, parfois c'est utopique chez certains couples, ça ne se réglera jamais, ils seront dans la guerre tout le temps.  Des chances de survie d'un second couple sont plus difficiles parce qu'il y a les enfants, parce qu'on est moins prêt à se laisser imposer des choses, parce qu'on grandit, parce qu'on prend de la confiance en soi et parce qu'on a un idéal de couple qui est encore aujourd'hui malheureusement utopique.

Pour vous, les princes charmants et les princesses n'existent pas ou plus ?

Même Disney, je le dis souvent, il y a longtemps qu'il a changé ses contes et que les princes et les princesses ne se rencontrent plus, ne s'embrassent plus et ne font plus des enfants heureux dans un château.  La difficulté, c'est que nous, on croit encore à ça. Et j'espère qu'on raconte encore des contes aux enfants mais en les modifiant un petit peu et en disant qu'il y a beaucoup de difficultés et que ce n'est pas aussi simple que ça. Qu'il ne suffit pas de s'embrasser pour que ça fonctionne. Il n'y a pas de prince comme il n'y a pas de princesse d'ailleurs parce qu'on a tous nos difficultés, on a tous notre manque de confiance en soi et c'est compliqué. Si on attend un couple prince et princesse, on va droit dans le mur parce que l'autre ne va pas nous apporter ce qu'on attend, il n'y aura pas spécialement des paillettes ou en tout cas, il y en aura au début mais après, il n'y en aura plus, il y en aura de temps en temps parsemées mais pas au quotidien.  Donc, croire qu'on peut vivre heureux sans disputes, sans remise en question, sans se demander si réellement parfois on sort du couple ou pas, ce n'est pas vrai.  Croire qu'on peut faire l'amour tous les soirs pendant 10 ans, 15 ans, 20 ans, ce n'est pas vrai non plus car il y a la routine, la fatigue, parce que la passion s'en va un petit peu et c'est normal. On explique à nos couples que c'est normal quand la passion s'en va mais que ce n'est pas pour ça que l'amour n'est pas là et que ce n'est pas pour ça qu'on ne peut pas continuer à être heureux dans son couple.  Je trouve que c'est important pour éviter que les gens soient après cette course.

A l'occasion de la Saint-Valentin, quels sont vos conseils à un ou une célibataire pour ne pas se prendre un râteau ?

 Il ne faut pas avoir peur de s'en prendre un parce que ce n'est rien, en fait ! Si j'ai confiance en moi, que je m'estime et que je connais ma valeur et que l'autre me dit non merci, je me dirai que ce n'est pas grave car il y a bien quelqu'un d'autre ailleurs qui va comprendre ma valeur et avec qui mes valeurs vont correspondre.  Prendre un râteau dans la vie, ce n'est pas grave. Comme le disait un de mes professeurs à l'époque où je galérais dans le couple, tant que l'autre te dit non, ce n'est pas grave mais le jour où il y en a un qui va te dire oui, là tu auras le droit d'avoir peur parce que ta vie va changer et là, tu vas devoir t'engager, tu vas devoir t'investir, tu vas devoir construire. Il avait raison. Donc, en ce moment de la Saint-Valentin, n'ayez pas peur ! La seule chose que je dis aux gens, c'est d'aller à la rencontre, mais pas à la rencontre amoureuse, c'est de redécouvrir les gens, juste pour le plaisir de rencontrer les gens.  Et puis, si derrière, il y a une rencontre amoureuse, c'est chouette. Et si vous allez juste pour le plaisir de rencontrer des gens, d'échanger parce que vous êtes à un bar et que vous prenez un verre et que vous avez juste envie de discuter, vous n'allez pas vous prendre un râteau parce que vous n'avez pas d'attente. Mais aujourd'hui, dès qu'on a un rendez-vous, on attend que ce soit un rendez-vous amoureux et c'est là où on se trompe ».

 Choix de la Rédaction

 

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