Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

Géo-localisation

Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

C’est un véritable coup de tonnerre et une vraie leçon de démocratie infligée à plusieurs pays de l’Afrique qui ne disposent pas d’institutions fortes et totalement indépendantes.L’AFP à Lilongwe (Malawi) a rapporté le 03 février une information alléchante publiée par le journal Le Devoir selon laquelle, la réélection du président sortant Peter Muthrika en mai 2019  a été annulé par la Cour constitutionnelle qui ordonne la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel dans les  cinq mois. «Nous considérons que Peter Mutharika n’a pas été dûment élu le 21 mai 2019. En conséquence nous annulons les résultats de l’élection présidentielle », ont décidé les juges de la Cour dans un texte de 500 pages. La Cour a également ordonné l’organisation d’un autre scrutin présidentiel censé se tenir dans un délai de cinq mois. La Cour reproche aux responsables électoraux d’avoir utilisé du « Tipex » ou liquide correcteur pour modifier les votes des électeurs, ce qui n’est pas faisable et constitue une grave irrégularité. Un autre grief retenu par la Cour : seulement un quart des procès-verbaux du vote ont fait l’objet de vérification. La Cour considère que c’est un sérieux manquement qui porte atteinte à la crédibilité des élections. La capitale malawite est restée calme à l’annonce de cette décision mais on peut s’attendre à une réaction assez violente des partisans mécontents du président sortant. En 2019, Peter Mutharika a remporté l’élection présidentielle dès le premier tour avec 38,57% des suffrages, selon les résultats communiqués par la Commission électorale, devançant le candidat de l’opposition Lazarus Chakwera qui a reccueilli 35,41% des voix. Il y avait seulement 159 000 voix de différence entre les deux finalistes du scrutin présidentiel.

 

Le principal adversaire du président sortant, Lazarus Chakwera et un autre candidat arrivé troisième, Saulos Chilima avaient immédiatement contesté les résultats dénonçant les fraudes, un nombre anormalement élevé de procès-verbaux de dépouillement raturés avec du Tipex. Ils avaient introduit auprès de la Cour Constitutionnelle, un recours en annulation de la présidentielle, alors que le camp du vainqueur a nié toute fraude. Le chef des observateurs de l’Union européenne, Mark Stephens,  avait déjà lui aussi, émis de sérieuses réserves  en estimant que  «beaucoup d’erreurs avaient été commises pendant le décompte ». Le Malawi attendait avec fébrilité la décision de la Cour, d’autant plus ce petit pays de l’Afrique australe n’a connu ces derniers mois de nombreuses manifestations de l’opposition, émaillées de violences avec les forces de sécurité. Le siège abritant la Cour constitutionnelle est survolé  de temps à autre par un hélicoptère de l’armée pour éviter tout débordement. Les juges sont amenés à leur lieu de travail à l’aide d’un véhicule blindé pour une question de sécurité. Par précaution, les établissements scolaires et les entreprises étaient bouclés. «Des élections crédibles, libres et équitables constituent une base solide pour la démocratie », avait précisé le juge Healey Potani, dans un préambule au jugement.Un appel au calme a été lancé aussi bien par le gouvernement, l’opposition et la communauté internationale.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté la population du Malawi à « continuer de maintenir l’état de droit et de promouvoir la paix, l’unité et la stabilité ». Le principal parti d’opposition, le Malawi Congress Party, s’est réjoui du «jugement équitable » de la Cour constitutionnelle. «Il s’agit d’un jugement très équitable à la lumière des preuves que nous avons fournie à Cour », a indiqué le porte-parole du parti, Eisenhower Mkaka. «Cela prouve ce que nous avions dit, à savoir que les élections avaient été entachées de fraudes ». Monsieur Santos Chilima, a de son côté appelé « le vaincu à accepter sa défaite avec humilité ». Quant aux défenseurs des droits de l’Homme (HRDC), à l’initiative des manifestations de ces derniers mois, s’est jointe à ces appels au calme, estimant qu’on « ne pouvait pas autoriser ceux qui vont se sentir floués à semer la pagaille ». «Il est important qu’en tant que pays nous prenions du recul (…). Nous affirmons que les élections et la démocratie ne seront plus les mêmes au Malawi. Nous considérons l’affaire comme un tournant essentiel » en vue d’une réforme électorale, a déclaré le patron de la HRDC, Timothy Mtambo, lors d’une conférence de presse samedi à Lilongwe. Le jugement de la Cour est un « moment clé de l’histoire du Malawi », ont remarqué l’Union européenne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. En Afrique, les invalidations d’élection surviennent très rarement. Le cas emblématique a été celui du Kenya où la Cour suprême avait invalidé pour « irrégularités »  la réélection du président Uhuru Kenyatta et ordonné l’organisation d’un nouveau scrutin dans les deux mois, une première sur le continent. Les Malawites sont restés mobilisés et ne s’y sont pas trompés. Durant des mois, ils ont suivi attentivement les audiences de la Cour constitutionnelle et les retransmissions pour la première fois en direct et en intégralité par les médias privés. «Cette affaire a réveillé le Malawi », s’est félicité Chatonda Jembe, un employé. Les partis « savent désormais qu’ils ne peuvent plus nous rouler dans la farine ».

Moussa S. Yowanga

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article