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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

11 Novembre 2019. « Après avoir rendu hommage à Mateyan Manayal Bonheur sur le lieu du drame, les jeunes ont décidé d’organiser une marche sur l’avenue Pascal Yoadoumnadji. Aussitôt, la Police prend emplacement sur l’axe menant au domicile familial du défunt », écrit le journal en ligne Tchadinfos.com. En effet, ces jeunes indignés ont par la suite tenté de barrer la route au président de l’Assemblée nationale qui quittait le Palais de la démocratie pour se rendre chez lui au quartier Moursal. La police est intervenue pour disperser la foule à coup de gaz lacrymogènes. Pour les jeunes, cela n’est qu’une partie remise. Il convient de dire que c’est la violence policière de ce 11 novembre qui nous a poussés à faire cette réflexion. L’affaire Mateyan Bonheur qui souffre d’un traitement sérieux nous renvoie à deux procès historiques : celui d’Eichmann à Jérusalem et de Habré à Dakar.

Entre l’absence de pensée et le mépris

1961. Adolf Eichmann, un haut fonctionnaire a été jugé en Israël pour les crimes contre le peuple Juif. Accusé d’avoir coordonné les déportations des Juifs vers les camps de la mise à mort, condamné à mort, Eichmann fut pendu le 01 juin 1962. Mais on retient que durant son procès, il a cherché à montrer à la face du monde qu’il n’était qu’un bureaucrate, un subalterne qui a fait son boulot. Et pourtant ! A travers leurs analyses, les théoriciens de la philosophie politique ont considéré, à juste titre, que l’attitude d’Eichmann n’était autre qu’une absence de la pensée et une banalisation de la banalité du mal. En 2016 à Dakar au Sénégal, le procureur du Tribunal spécial des Chambres africaines extraordinaires (CAE) condamne à perpétuité Hissein Habré, l’ancien président du Tchad pour « crime contre l’humanité et crimes de guerre ». En réalité, il s’agissait des crimes commis sous son règne, estimés au bas mot à 40.000 morts. Habré coule ses jours à Dakar tandis que ses victimes souffrent de l’indifférence de l’Etat, sous le soleil ardent de N’Djamena. Dans le cas de l’Affaire Mateyan Bonheur, Eichmann représente les 04 éléments de l’escorte du président de l’Assemblée nationale tchadienne dont les tirs ont donné la mort à Bonheur. Haroun Kabadi, le président de l’Assemblée sous lequel il y a eu ce meurtre peut être comparé à Hissein Habré. Quel sort la justice réservera au président de l’Assemblée nationale et aux éléments de sa protection qui sont responsables du meurtre ou du crime contre Bonheur ?

Mauvaise communication institutionnelle

C’était le 04 novembre 2019, Mateyan Manayel, 34 ans, titulaire d’un master en droit privé (en chômage) est froidement abattu par des tirs de l’escorte du président de l’Assemblée nationale, pendant qu’il faisait du clando pour subvenir aux besoins de sa famille (père de trois enfants).Tout a été dit autour de cette question. Mais ce qui retient notre attention aujourd’hui, c’est que « cette mort brutale d’un citoyen à fleur de l’âge », selon l’expression du Secrétaire général de l’assemblée nationale, ne fait que réveiller les vieux démons. Et ce, à cause d’une mauvaise communication politique. Comment atténuer la colère des parents et amis de Bonheur ? Quelles démarches doivent entreprendre les élus du peuple pour contenir la colère des concitoyens de ce jeune chômeur tué dans la rue comme un gibier ? Dans la mesure où la persuasion directe a échoué, quelle est la nouvelle stratégie de communication adoptée par le cabinet du président de l’Assemblée nationale  pour apaiser le cœur des dizaines de millions de tchadiens qui compatissent jour et nuit avec les parents de Mateyan? De nombreuses questions torpillent l’esprit des Tchadiens à ce propos et Haroun Kabadi doit comprendre que l’heure n’est plus au minimalisme. A voir de près cette situation, nous réalisons que la semaine du 11 au 17 novembre 2019 sera déterminante pour la majorité des indignés et pour les auteurs et/ou coauteurs du meurtre de l’innocent chauffeur de mototaxi. Comment ôter le cauchemar au président Kabadi qui se retrouve, une fois de plus, englué dans un aussi triste événement ? A-t-il réellement compris et partage-t-il réellement « la douleur profonde des parents, amis et connaissance de la victime » comme l’a souligné docilement Dr Beyom Malo Adrien ? Décidément, au regard du traditionnel jeu du chat et la souris qui se déroule chaque soir entre le président de l’Assemblée nationale et une population de jeunes indignés sur l’avenue Pascal Yoadoumnadji, nous estimons que Son Excellence Haroun Kabadi n’a pas encore pris la mesure de l’ampleur de cette situation. En bravant la foule des indignés pour se rendre, le matin, au palais de la Démocratie de Gassi et le soir pour retourner à sa résidence de Moursal, le président de l’Assemblée nationale ne fait que attiser la colère du peuple. Beaucoup estiment que le président de l’Assemblée nationale ne mesure pas la douleur des parents du défunt. Et c’est pour cette raison que la violence urbaine couve dans la zone du drame. Au risque de rendre “in-gouvernable“ la partie Sud-Est de N’Djaména.

Le risque d’enlisement dans une guérilla meurtrière

La mauvaise gestion de l’affaire Bonheur Mateyan aura pour conséquences : la détérioration de l’environnement sécuritaire dans la capitale tchadienne, la paralysie des institutions publiques, la montée des réseaux criminels et pour finir, la révolte populaire. Car, les circonstances de la mort du jeune Bonheur fertilisent les jeunes et surtout les chômeurs et ceux des Tchadiens dont les espoirs sont abandonnés depuis l’instauration de la 4ème République. Le ton est même monté ce 11 novembre lors d’un point de presse organisé par le Collectif des Jeunes Sans Emploi. Tout en exprimant son indignation face au décès de Mateyan Bonheur suite aux balles reçues du cortège du président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, le Collectif demande que la justice soit faite, revendique la « démission du directeur général de l’hôpital général de référence nationale de N’Djamena » pour  manque de professionnalisme de ses employés et de sa structure » dans la prise en charge de la victime.

Kabadi doit faire le deuil en mémoire du défunt

A notre avis. Avant de traiter les causes sous-jacentes de la colère de cette foule des indignés, le gouvernement doit d’abord prendre ses responsabilités en déclarant une journée de deuil national en mémoire du jeune Mateyan. Il doit ensuite coller un (01) mois de réclusion à Haroun Kabadi, pour le contraindre à réfléchir sur l’acte posé par sa protection. Cela s’impose en guise d’accompagnement compassionnel. Au risque de se confondre avec les défis violents lancés par des jeunes et des chauffeurs de motos au patron des meurtriers de Bonheur. Comme quoi, le gouvernement a le devoir de protéger Haroun Kabadi et les élus du peuple. De même, il doit veiller à ce que justice soit rendue au peuple meurtri. Nous le savons tous, dans cette colère qui monte, il n’y a aucun objectif politique, religieux et territorial. C’est un ras-le-bol qui attend une réponse qui passe par le dialogue. La violence policière comme violence coercitive de l’Etat n’est plus à l’ordre du jour. Nous qui sommes proches de la masse laborieuse, nous savons que les quartiers périphériques de la capitale tchadienne seront de véritables bourbiers pour les forces de l’ordre et de sécurité. A cause du mauvais état des routes. Et d’ailleurs nous ne voyons pas pourquoi l’Etat s’engagerait dans une guerre contre  une population, victime des turpitudes des saigneurs qui endeuillent au quotidien les Tchadiens !

D.P Déli Sainzoumi Nestor, auteur de « L’empreinte des saigneurs »

Journal Tchadien Éclairages ou le Troisième œil

https://eclairageweb.wordpress.com

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