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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Silham Nassef, c’est l’auteure de cette question posée sur le geste de grâce accordée par le roi Mohammed  VI à une jeune journaliste de son pays, condamnée pour avortement illégal. Publiée hier jeudi 17 octobre 2019 par la RTBF, l’information de notre consoeur de ce média belge eut recueilli plusieurs témoignages des jeunes du royaume, dont certains furent bouleversés par l’arrestation d’une journaliste de leur génération. D’après Siham Nassef, Hajar Raissouni est libre. Cette journaliste marocaine avait été condamnée à un an de prison ferme pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage ». Mercredi 16 octobre, un communiqué du ministère de la Justice annonce la libération par grâce royale de Hajar, son fiancé et de l'équipe médicale accusée d'avoir procédé à l'opération. Cette décision vient suite à « la clémence », « la compassion » et au « souci » du Roi de « préserver l’avenir des deux fiancés qui comptaient fonder une famille conformément aux préceptes religieux et à la loi, malgré l’erreur qu’ils auraient commise et qui a conduit à cette poursuite judiciaire », souligne le communiqué.Le Roi préfère cependant ne pas « entrer dans le débat souverain que les citoyens marocains mènent sur l’évolution de leur société et dans lequel se sont invités, de façon regrettable, certains étrangers, intellectuels, médias et ONG », ajoute une source gouvernementale à l'AFP. Dans une déclaration à l'agence, la journaliste estime que « la grâce royale a corrigé un procès injuste ».Si l'arrestation de Hajar Raossouni a suscité la controverse, sa libération pose encore plus de questions. Entre ceux qui pensent que c'est une avancée pour le pays et ceux qui au contraire y voient un simple « scénario », les avis sont partagés.Mais c'est surtout du côté des jeunes que ça bouillonne. Nous avons recueilli les propos de certains d'entre eux.

Pour Yasmine 21 ans, commente Silham Nassef de la RTBF, étudiante en première année master communication à Casablanca, « Cette libération augure de bonnes choses pour l'avenir. C'est une des rares fois où l'on proteste contre quelque chose et qu'on finit par avoir gain de cause. C'est encourageant de voir que nous ne sommes plus une société d'oppression, même si en soi l'affaire n'avait pas lieu d'être. Mais le fait est que revenir sur  le jugement est une très bonne chos ».Salma, étudiante en communication à Rabat, est moins optimiste. « Des femmes qui avortent, il y en a tous les jours. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va toutes les arrêter. La libération de Hajar était LA seule chose à faire. Cela valait de soi. Maintenant, je ne pense pas que ça va calmer les militants. Tout le monde a été révolté pas son arrestation. Et à mon avis, ça ne s’arrêtera pas là. Car c’est bien plus qu’une libération dont nous avons besoin. C’est un changement ». Mohamed, quant à lui pointe du doigt le rôle des médias dans cette affaire. « C'est une très bonne nouvelle. Je ne parlerais pas de la justice, mais les médias en général n'ont pas été professionnels sur le traitement de l'affaire ». À Rabat, les avis sont plus virulents. « C'est aberrant de lire sur les réseaux sociaux qu'une « erreur » a été corrigée. On blâme toujours les autres. On se voile la face alors que la vérité est claire », nous confie une étudiante.

Chaima Lahssini, 26 ans commente pour la seconde fois notre consoeur de la RTBF, jeune activiste et militante pour les droits de la femme estime que cette libération soulève de nouvelles questions. Elle incrimine la journaliste au lieu de l'innocenter. « On est tous très heureux de voir Hajar, son fiancé et toute l’équipe médicale enfin libre. Or, justice n’a pas vraiment été servie. Le texte du communiqué du ministère de la Justice laisse beaucoup à désirer. Les charges contre Hajar et compagnie ne seront pas abandonnées. Aux yeux de la justice marocaine, ils sont toujours des criminels, sauf que là, c'est des criminels « graciés ».Chaque jour800 à 600 avortements ont lieu au Maroc. Et c’est près 14.000 Marocaines et Marocains qui sont emprisonnés pour avoir eu des rapports sexuels hors mariage. En 2015, un communiqué royal avait demandé à ce que l'avortement soit élargi à certains cas notamment le viol et l'inceste, les troubles mentaux de la femme enceinte et la malformation du fœtus. En 2016, il est adopté en conseil du gouvernement. Mais jusqu'à aujourd'hui, silence radio. « Qu'en est-il d’eux ? Qui va les gracier ? Cette grâce royale est un pas en avant, mais deux en arrière. Ça apaise l’opinion publique, mais ça n’avance pas vraiment les choses. La grâce a rendu à Hajar et compagnie leur liberté, mais pas leur innocence », regrette la jeune journaliste.Cette affaire a aussi remis en cause le fonctionnement du système politique du pays. « Nous voulons un État d'institutions. Pourquoi avons-nous à chaque fois besoin de l'intervention du Roi ? À quoi bon avoir un système judiciaire dans ce cas-là ? À chaque fois, j'ai l'impression que c'est le folklore qui nous gouverne, pas le droit. Et puis politiquement, le coup est très bien joué puisqu’après cette affaire les islamistes ne peuvent plus s'opposer ouvertement à de telles questions. En somme c'est une affaire compliquée et complexe », déclare Ayoub Touati, activiste politique de 26 ans.Du côté des experts, certains penchent pour une « théorie du complot ». Le sociologue et professeur universitaire Ali Chaabani estime que « l'affaire Hajar Raissouni était un scénario monté de toutes pièces dès le premier jour. L'État désirait punir tous ceux qui veulent critiquer ses interventions pendant les manifestations surtout dans l'affaire Zefzafi et autres. Maintenant, l'État marocain sait bien qu'il a accompli sa tâche et a obtenu des résultats aussi bien par rapport à la presse indépendante que ses opposants de différentes tendances politiques et idéologique ».

La Rédaction

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