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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Pour faire face aux difficultés de la vie, Natacha Romlelemngaye a brisé les préjugés. La brosse pleine les mains, elle fait désormais partie des cireurs qui parcourent les rues de la capitale tchadienne à la recherche des clients. Cette adolescente qui a su prendre ses gants, voit la vie en rose.Issue d’une famille paysanne de Bédjondo dans la région du Mandoul, Natacha Romlelemngaye a cessé d’accompagner son père en brousse pour les travaux champêtres. Elle a choisi de monter à N’Djaména, à l’exemple de la plupart des jeunes de son âge. C’était sans savoir que l’exode rural a son revers. Au hasard des chemins, elle frotte ses jambes contre celles d’un jeune garçon. « Je suis arrivée à N’Djaména à l’âge de 14 ans et j’ai eu une grossesse non désirée. Mes hôtes étaient mécontents et je suis repartie au village pour accoucher.  A Bédjondo, mes parents ont voulu me forcer au mariage et j’ai fui pour être de nouveau à N’Djaména », confie Natacha, sans détour.

Une fonctionnaire de la rue 40 déçue

De nouveau dans la capitale, elle s’installée au quartier Walia, chez l’un de ses grands frères qui évolue dans la mécanique.  Mais pour s’occuper de ses petits besoins et prendre en charge son enfant, Natacha s’est engagée dans le boulot de domestique. Devenue « fonctionnaire de la rue 40 », elle parcourait chaque jour de longues distances entre sa maison et celle du patron chez qui elle travaillait. En effet, selon l’enquête menée par Emmanuel Bossennec,  de l’Association La Voûte nubienne, les filles fonctionnaires de la rue 40 sont « le plus souvent embauchées par les foyers aisés des quartiers nord de la ville, où elles accomplissent les basses besognes pour la maisonnée en échange de salaires très inférieurs au salaire minimum. Elles subissent fréquemment des maltraitances et des abus sexuels. Certains logent chez leur employeur et n’ont que le dimanche pour retrouver leurs camarades et se détendre ».Natacha Romlelemngaye n’échappera pas à l’humiliation. « Au départ, j’étais heureuse, parce que ce travail me procurait de l’argent. La femme pour qui je travaille, me manquait du respect. Je suis une femme comme elle, mais elle me soumettait à laver ses soutien-gorge ainsi que ses dessous. J’ai refusé cette humiliation et c’est ainsi que j’ai abandonné ce sale boulot », dit-elle, sans gêne.Le petit métier pour l’autosuffisance Après cette mésaventure, Natacha retourne à la maison. Là aussi, elle subira l’affront de l’épouse de son grand frère. « Ma belle sœur est une femme difficile », lâche-t-elle entre deux coups de brosse. C’est ainsi que pour se refaire une nouvelle vie, Natacha décide de rendre son enfant de trois ans à son géniteur pour rompre avec une activité qu’elle pratiquait déjà à Bédjondo. « J’ai décidé de prendre mon destin entre les mains. Sachant que dans de telles situations, certaines filles se lancent dans la prostitution et qu’elles sont exploitées, j’ai compris que seul le métier de cireur de chaussures pourra m’aider à sortir de la précarité. Avant de prendre en main le cirage, un homme a promis me trouver un boulot qui me rapporterait 90.000FCFA par mois. Je lui ai versé 15.000 FCFA pour la démarche et il est parti pour toujours. Cette escroquerie m’a rendu amère ».

Elle décide de mourir avec la brosse en main

Armée d’une boite à outils, Natacha parcoure désormais les quartiers sud de la capitale pour proposer son service. A 18 ans, elle est convaincue qu’avec ses dix doigts elle peut gagner quelques pièces de francs CFA. Cet après midi, nous l’avons rencontré dans l’une des nombreuses alimentations du quartier Chagoua, sur l’avenue Mgr Mathias Ngartéry. Chaque jour, de 15h à 19h, elle sillonne les endroits publics pour cirer les chaussures et se faire une économie. « Le matin, je fais le ménage à la maison avant de faire la rue. J’entre partout et cela impressionne les gens. Beaucoup pensent que ce travail n’est réservé qu’aux hommes. Personnellement, je sais que je fais mieux mon travail et je réalise que c’est un métier payant. Chaque jour, je gagne entre 1500 et 3000 francs CFA », explique Natacha.

Le cirage nourrit « sa » femme !

Comme ce petit métier marche au poil, la gamine de Bedjondo ne peut s’empêcher de rêver. Son projet à court terme est d’inscrire son enfant dans un jardin d’enfants pou qu’il ait droit à l’éducation comme les autres enfants. Natacha est l’une des rares femmes à être cireur de chaussures, mais elle oublie qu’elle exerce « un métier pour hommes ». C’est pourquoi, elle entend le faire tout le reste de sa vie. Pour avoir brisé les préjugés, elle sait désormais que son courage paie. Dans la capitale tchadienne, on paie 50 francs CFA pour cirer sa paire de chaussures. Natacha, elle, bénéficie souvent de la générosité de ses clients parce qu’elle pratique le métier d’hommes. Certains la félicitent avec des billets de banque. Ce qui l’autorise à rêver en bleu.  « Mon projet d’avenir, c’est d’acquérir une portion de terre afin d’y construire mon atelier pour cirer et réparer les chaussures». Natacha Romlelemngaye n’attend que l’appui des personnes de bonne volonté pour révolutionner cette activité informelle à travers la création d’une entreprise formelle pour l’autosuffisance de la jeune fille.

D.P Déli Sainzoumi Nestor, Eclairages n°75 du 12 septembre 2019.

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