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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Dans un article titré : «les femmes sont-elles vraiment plus libres aujourd'hui? », signé de Caroline Hick avec la participation de son confrère Eric Destiné, publié depuis hier vendredi 02 août 2019 par la RTBF,les deux journalistes dressent encore un tableau promettant en révélant de façon assez profonde que les Saoudiennes de plus de 21 ans seront bientôt autorisées à faire une demande de passeport et à voyager à l’étranger sans l’accord préalable de leur «gardien » (père, mari, fils ou autre parent). D’autres changements vont également dans le sens d’une plus grande liberté pour les Saoudiennes : elles pourront aussi déclarer officiellement une naissance, un mariage ou un divorce, et être titulaires de l’autorité parentale sur leurs enfants mineurs, des prérogatives jusqu’ici réservées aux hommes. Pour la princesse Reema Bandar Al-Saud, première femme ambassadrice d’Arabie saoudite aux Etats-Unis nommée en février, c’est une nouvelle page de « l’Histoire » qui s’écrit. « C’est un appel à un traitement égalitaire entre les hommes et les femmes dans notre société […] qui entraînera incontestablement un véritable changement pour les femmes saoudiennes». Avancée historique vers l'égalité selon certains, mesure dangereuse ou «contraire à l'islam» pour d'autres : cette décision fait débat dans un royaume qui tente de changer son image ultraconservatrice. Pour Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l'UCLouvain, cette décision marque incontestablement une avancée. «Cela change la vie des femmes de la même façon qu'elles ont depuis juin de l'année dernière la possibilité de conduire une voiture, avec toutes les possibilités que cela ouvre. C'est une très grande avancée pour les femmes et c'est aussi, symboliquement, un acte politique qui montre l'ouverture du régime actuel par rapport à une certaine évolution de la société, sur un point qui singularisait l'Arabie saoudite, c'est-à-dire le maintien de la femme dans un statut de minorité juridique ».

Nos  deux confrères ajoutent d’autres informations en nous apprenant que  la décision a d'ailleurs entraîné une vague de jubilation sur les réseaux sociaux où les hashtag «No Guardianship Over Women Travel» (pas de gardiennage sur les voyages des femmes) ou «This is our time» (c'est notre moment) gagnent en popularité. Cependant, cette décision ne doit pas cacher un grand paradoxe : de nombreuses militantes des droits de l'homme (et des femmes) ont été emprisonnées et selon elles, torturées ces derniers mois, précisément pour avoir demandé plus de liberté. La plus célèbre de ces militantes, Loujain al-Hathloul, a eu 30 ans en prison cette semaine. Si l'on sent un vent de liberté, l'ouragan est encore loin. «C'est effectivement un paradoxe, sauf si l'on admet que la stratégie de l'Arabie saoudite est une ouverture contrôlée, qui vise à intégrer davantage les femmes dans la vie réelle et de les rapprocher d'un statut « normal » au regard du droit international », analyse le professeur Liégeois. « Mais pour autant, l'Arabie saoudite n'a jamais affirmé qu'elle souhaitait devenir une démocratie à l'occidentale, avec application intégrale des droits de l'homme, de la liberté d'expression et de la démocratie pluraliste. Ce n'est pas au programme. Que cette ouverture se fasse exactement au rythme et selon les termes que le pouvoir décide implique même plutôt un resserrement des contrôles et une sévérité plus grande du régime à l’égard de tout ce qui pourrait prendre la forme d'une opposition politique. Cette ouverture juridique ne signifie pas une ouverture politique ».

Pour Michel Liégeois citant les journalistes Caroline Hick et Eric Destiné, la motivation des autorités saoudiennes est surtout d'ordre économique: il faut préparer la période après-pétrole. Et pour cela, il faudra intégrer les femmes, qui sont une capacité de travail et d'intelligence qui ne peut souvent pas s'exprimer dans leur statut actuel. Un journal pro gouvernemental, Saudi Gazette, a salué l’annonce de la liberté de voyager sans permission masculine comme «un pas de géant pour les femmes saoudiennes». «Les rêves de certaines femmes ont été brisés à cause de leur impossibilité de quitter le pays pour […] étudier à l’étranger, répondre à une offre d’emploi ou même fuir si elles le désiraient », a commenté sur Twitter la femme d’affaires saoudienne Muna AbuSulayman.Ces réformes sont toutefois insuffisantes aux yeux des critiques, qui soulignent que le système de « gardien masculin » est encore loin d’être aboli.Ces derniers mois, plusieurs affaires d’évasions à l’étranger de jeunes Saoudiennes se déclarant victimes de violences de la part de leurs «gardiens » ont défrayé la chronique. Début de cette année, une Saoudienne de 18 ans, Rahaf Mohammed al-Qunun, a obtenu l’asile au Canada après avoir dans un premier temps été arrêtée à l’aéroport de Bangkok. La question est désormais de savoir combien de femmes profiteront de cette liberté nouvelle pour partir s’installer à l’étranger, et si ce sera aussi simple que cela en a l’air…Les annonces ont immédiatement entraîné une réaction de membres ultraconservateurs de la société qui ont partagé des vidéos de sermons de religieux saoudiens, prêchant le système de « gardien masculin». Certains ont dénoncé un changement «contraire à l’islam».De hauts responsables saoudiens se disent déterminés à lutter contre les abus du système de « gardien ». Mais ils soulignent aussi que ce système ne pourra être démantelé que petit à petit afin de prévenir toute contre-offensive des milieux les plus réactionnaires au sein d’une société profondément patriarcale.

Ahmat Zéïdane Bichara

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