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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

La Rédaction de Regards Africains de France vous donne l’opportunité de lire l’excellente contribution d’un trio de chercheurs qui a été publié le 29 janvier sur le site Les yeux du Monde.fr. C’est une analyse sans complaisance sur la gestion familiale du Tchad, d’une part et la complicité de la communauté internationale face à un pouvoir autoritaire de N’Djamena. L’accentuation des difficultés économiques, le recul de l’État de droit ainsi que l’indifférence de la communauté internationale face au non-respect des principes démocratiques semblent être les principaux dangers qui guettent le Tchad, corrélativement à son engagement dans la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel.

 

Une communauté internationale dans une critique ambivalente du régime tchadien :S’agissant spécifiquement de la gouvernance démocratique, il ressort que la retenue affichée par la communauté internationale à l’égard du Tchad, malgré les nombreuses accusations sur le non-respect des droits de l’homme, interpelle. C’est le cas de la France, dont les différents chefs d’État de ces dix dernières années, de Nicolas Sarkozy en passant par François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron, n’ont pas montré une réelle fermeté à l’encontre du Tchad. Sous Nicolas Sarkozy par exemple, le pouvoir d’Idriss Deby est sauvé in extremis par la France après que les rebelles avaient encerclé le palais présidentiel en 2008.

Quant à François Hollande et Emmanuel Macron, après avoir voulu introduire plus d’éthique et de transparence dans les relations franco-africaines, la realpolitik semble avoir eu raison de leur volontarisme vis-à-vis du Tchad.C’est ainsi qu’au début de son quinquennat, François Hollande repousse à plusieurs reprises sa rencontre avec Idriss Deby « jugé infréquentable à cause du déficit démocratique dont souffre son régime », mais se trouve par la suite dans l’obligation de le recevoir début décembre 2012 à Paris. Pour cause, le président français était dans l’attente de la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui allait autoriser l’intervention Serval au Mali.Face aux tergiversations des États de l’Afrique de l’Ouest, divisés sur la pertinence d’une intervention dans un État voisin, le Tchad s’impose indéniablement comme le partenaire régional indiqué pour accompagner l’expédition française du nord Mali. Pour ce qui est d’Emmanuel Macron, les positions prises par son gouvernement à l’égard du Tchad, relativement à la bonne gouvernance et au respect des droits de l’homme, s’apparentent plus à des incantations qu’à une réelle volonté de faire pression sur le pouvoir en place à N’Djamena.

Pourtant, entre les arrestations arbitraires de journalistes, les manifestations réprimées violemment ou la nouvelle modification de la constitution permettant à Idriss Deby d’être candidat à l’élection présidentielle jusqu’en 2033, les occasions ne manquent pas pour dénoncer les dérives autoritaires du régime de N’Djamena. Toujours sur la question du respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, même les États-Unis, un autre partenaire de poids du Tchad, ne formulent pas ouvertement de critiques contre le Tchad, mais se contentent généralement de déclarations de circonstances énoncées dans des rapports officiels. D’ailleurs, le décret du gouvernement américain, interdisant aux ressortissants tchadiens l’accès au territoire américain, ne fait nullement mention de motifs liés au non-respect des droits de l’homme, mais met plutôt en cause la fiabilité du Tchad quant à sa capacité à coopérer de manière sincère dans le partage de renseignements. Tout du moins, ce sont les organisations non-gouvernementales, les associations de la société civile ou les partis d’opposition qui s’occupent désormais de faire la veille démocratique au Tchad

Le pouvoir d’Idriss Deby et de son cercle proche renforcé par ces rapports ambigus :Cette prévenance, manifestée à l’égard du Tchad au nom des intérêts stratégiques, renforce le pouvoir du président Idriss Deby en interne. Il en découle ainsi une gestion patrimoniale de l’État, doublée d’une restriction des libertés. Dans le contexte actuel du Tchad, la gestion des affaires publiques spécialement celle du pétrole qui représente 73 % des revenus et 90 % des exportations, est accaparée par la famille présidentielle et semble s’opérer de manière concentrique. Tout d’abord, il y a la famille du président dont l’influence est notoire notamment à travers Hinda Deby, l’une des épouses d’Idriss Deby. Ensuite, viennent les proches parents ; frères, beaux-frères, neveux auxquels s’ajoutent des personnalités cooptées au gré des affinités nouées avec la famille du président. Ce mode de gestion privée de l’État génère de la prévarication puis de la frustration populaire qui sont à la base des mécontentements sociaux et des insurrections armées. Les effets de la gestion patrimoniale de l’État se font également sentir au sein de l’armée. Une situation qui appelle à une réforme structurelle de cette institution incontournable dans la vie sociopolitique du Tchad.

L’armée tchadienne, une institution à réformer :Dans le domaine de la gouvernance sécuritaire, il apparaît clairement que le Tchad se trouve dans l’urgence de réactiver les réformes structurelles entamées en 2011 avec l’appui de la coopération française visant à « dégraisser » son armée en luttant contre les fraudes aux effectifs et en réduisant les accusations de violences commises par la soldatesque et ses cadres. En effet, unanimement réputée comme étant sinon la meilleure du moins l’une des plus expérimentées d’Afrique, l’armée tchadienne à y regarder de près présente, néanmoins, beaucoup de défauts souvent minorés ou sciemment ignorés. Dans les faits, cette institution est scindée en deux, avec d’un côté l’élite en l’occurrence la Direction Générale de Services de Sécurité des Institutions de l’État (DGSSIE), l’ancienne garde présidentielle composée de 14 000 hommes issus majoritairement de la communauté Zaghawa,l’ethnie du président Idriss Deby. Elle est bien équipée et pourvue en moyens financiers conséquents.De l’autre des unités hétéroclites, sous-équipées et composées du tout-venant avec entre autres des anciens rebelles, des commerçants, des étudiants, des éleveurs, des femmes… recrutés pour la plupart frauduleusement.Pourtant, ces défaillances en perdurant sont enclines à mettre en péril non seulement le fragile équilibre acquis depuis 2008, mais aussi à remettre en cause le volontarisme militaire du pays qui représente son principal instrument diplomatique.

Le Tchad dans la FC G5 Sahel : une rationalisation nécessaire pour l’efficacité de son engagement : La contribution du Tchad dans la lutte contre l’insécurité en Afrique, globalement et au Sahel en particulier est indéniable. Cependant, son incidence pèse lourd dans la mesure où son activisme peine à s’inscrire dans une trajectoire cohérente et avantageuse pour le pays. Et ce d’autant que le régime du président Idriss Deby fait face à des contraintes à la fois structurelles et conjoncturelles susceptibles d’avoir des conséquences néfastes sur la gouvernance économique et la stabilité sociopolitique. Dès lors, certains impératifs s’imposent pour le Tchad. En premier lieu, celui de systématiser une stratégie d’intervention, au sein d’une zone clairement définie.

 

En second lieu, les difficultés économiques aidant, émerge la nécessité de la compatibilité entre les multiples opérations extérieures et les intérêts des populations. Enfin, le positionnement stratégique du Tchad sur l’échiquier africain est essentiel. Ainsi, c’est finalement la rationalisation de la projection extérieure du Tchad qui apparaît comme l’enjeu principal de son futur engagement au sein de la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel. Ce nouveau challenge révélera en effet sa capacité à articuler de manière satisfaisante son volontarisme militaire avec ses intérêts socio-économiques et géopolitiques. Une performance qui a, jusqu’ici, cruellement fait défaut, vu que le Tchad a administré la preuve de son incapacité à définir clairement une stratégie précise lors de ses précédentes interventions armées sur la scène africaine.

Choix de la Rédaction

Information importante sur les auteurs :

Stéphane Bertrand Andenga est analyste au sein du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et doctorant à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC).

David Vigneron est Secrétaire général du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

Ezept Valmo Kimitene est expert associé au 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

 

 

 

 

 

 

 

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