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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Afro-descendante de 40 ans, puisqu’elle est née d’un père Sénégalais et d’une mère Martiniquaise, Yona Diene travaille à Toulouse en tant que Directrice de la commande publique et des affaires juridiques dans la fonction publique territoriale. A cœur ouvert, cette Afro-caribéenne de nationalité française a bien voulu répondre aux différentes questions liées à ses études, son parcours professionnel, sa passion pour la mode, son identité multiculturelle etc. Merci d’avoir bien voulu accepter cet entretien à bâtons rompus.

 

Regards  d'Africains de France : Quel est votre parcours avant votre dernière nomination en tant que directrice de la commande publique et des affaires juridiques ?

 

Yona Diene : Je suis née à Paris d'un mariage mixte sénégalais-martiniquais. J'ai vécu respectivement en Côte d'Ivoire et, jusqu'à ma première année de droit, en Martinique. Par la suite, j'ai fait le choix de poursuivre mes études à Montpellier, dans le sud de la France. Une fois mon diplôme d'étude approfondie de droit public (aujourd'hui Master) en poche, j'ai décidé de passer le concours d'attaché territorial, soit de cadre dans la fonction publique territoriale. Après l'obtention de ce concours, j'ai été recrutée dans une grande administration territoriale à Montpellier, pour y exercer en tant que chef de service adjointe des marchés publics. En 2008, je suis venue m'installer à Toulouse, tout en continuant d’œuvrer au sein d'une grande collectivité territoriale en qualité de juriste spécialisée en droit public. Puis en 2010, j'ai saisi une opportunité de monter en puissance dans un établissement public toulousain à vocation sociale. J'ai occupé des fonctions de responsable des affaires juridiques, marchés publics et assurances. En 2015, concomitamment à la réussite d'un examen professionnel de cadre "plus", j'ai été promue directrice de la commande publique et des affaires juridiques, poste que j'occupe actuellement.

 

Et cette passion pour la mode, d’où vient-elle ?

 

S'agissant de la mode, je crois que celle-ci est inscrite dans mon ADN. Petite, j'étais déjà fascinée par les robes de mariée. J'ai également des parents qui ont toujours eu un goût très prononcé pour la mode. Mon père se faisait faire ses costumes sur mesure et adorait les marques italiennes. Quant à ma mère, celle-ci avait toujours la SAPE que je rêvais de lui piquer. J'adorais également porter les chaussures à talons de ma grand-mère maternelle, bien évidemment, trop grandes pour moi, et jouer à la grande dame. Jeune femme, et singulièrement à mes débuts professionnels (même si, quand je revois les photos, j'admets qu'il y a eu de nombreux loupés), j'ai souvent été complimentée sur mes tenues. Je cherchais souvent la pièce qui me démarquerait des autres, ou le petit plus, qui sortirait de l'ordinaire. Pour autant, il n'y a que peu de temps que j'ai compris qu'une tenue vestimentaire pouvait être impactante quant à la perception des autres sur soi. Car, c'est sûr qu'une directrice juridique qui se pointe à une réunion, en jupe à sequins, après avoir ôté son manteau de fourrure, qui plus est, juchée sur des talons de dix centimètres (Surtout quand on sait que je mesure 178 centimètres, et qu'une cadre noire portant des dreadlocks ne court pas les rues dans les différentes administrations au sein desquelles j'ai officié) est loin de passer inaperçue. Mais à mon (grand) âge, je m'en amuse. Je conçois la mode comme une forme d'affirmation de soi.

 

Vous avez dit quelque part : «Depuis toute petite j'ai toujours eu un attachement aux valeurs de justice sociale, de droit, un goût prononcé pour la rigueur». Auriez-vous une explication particulière à cela ?

Je n'ai pas choisi mon métier par hasard, ni d'ailleurs la matière, pas plus que mon secteur d'activité. Ils reflètent pleinement mes valeurs. J'ai toujours été de nature à m'insurger contre toutes les inégalités quelles qu'elles soient. Et j'ai été élevée par ma mère (d'abord infirmière, puis cadre de santé dans un institut pour enfants polyhandicapés)  dans l'amour de mon prochain, ce qui fait de moi quelqu'un d’extrêmement tolérant, d'empathique et de loyal. Mais à côté de cela (et l'on n'est pas à une contradiction près, à supposer que cela en soit vraiment une), je suis de nature très rigoureuse, ce qui peut tourner parfois à l’obsession. A ce propos, un ami aime me charrier en disant de moi que « je suis toujours droite comme un I ». Ces deux aspects de ma personnalité se sont donc traduits dans le métier que j'occupe actuellement: Faire du droit tout en œuvrant pour l’intérêt général.

 

Cela fait-il de vous une personne fondamentalement  différente des autres du fait que vous soyez attachée à ces valeurs surtout avec un goût prononcé pour la rigueur ?

 

Je ne crois pas, et du reste, je trouverais cela prétentieux de ma part que d’appréhender ces traits de caractère ainsi. Je suis différente dans le sens où chaque individu est unique. Toutefois, je pense que les traits de personnalité de chacun peuvent parfois prédéterminer, ou à tout le moins, participer de la route que l'on décide de prendre. Cela étant, j'ai pleinement conscience que c'est un propos qui pourrait être à relativiser. En tout état de cause, s'il s'agit là effectivement d'une différence, je ne peux que remercier mes parents de me les avoir transmis, car je n'en suis pas peu fière.

 

Et d’ailleurs comment faites-vous pour continuer à vous attacher aux valeurs précédemment évoquées dans un monde infecté d’injustice, du racisme et de rejet de l’autre mettant à mal le vivre ensemble ? 

 

Je pourrais faire une tirade sur la fragilisation du vivre ensemble et sur tout ce qui m'insurge dans le monde, de façon plus générale! Tout ce que je puis dire, c'est que l'être humain demeure au cœur de mes préoccupations. C'est encore une fois, je pense, un héritage maternel. C'est lui qui m'anime et guide mes choix... parfois à mes dépens, mais je ne me referais pas. Et ce n'est pas anodin si ma sœur, infirmière, et moi, travaillons certes différemment, mais finalement dans avec le même souci, qu'est celui du bien être des autres. Néanmoins, je ne peux librement m'exprimer publiquement sur ce point à la fois polémique au sens strict du terme et politique. En effet, en tant qu'agent public, je dispose de droits, mais je suis également soumise à des obligations, parmi lesquelles celle de réserve, laquelle ne me permet pas d'exprimer librement mes opinions sur ce type de sujet.

 

Comme cela ne suffisait pas, vous défendez également la Mode dans son sens général d’une part, et d’autre part, vous êtes une Afro-descendante convaincue arborant fièrement de tenues de très haute bourgeoise.

 

 En réalité, je ne défends pas la mode mais, les modes et leur appropriation comme mode d'expression pour une personne lambda. Et, je revendique le droit de pouvoir se vêtir de la façon dont je le souhaite, peu importe le lieu où je me trouve. Pour moi, il n'y a rien d'antinomique d'aller chercher son pain en robe de soirée (même si je pousse évidemment le trait). Ce que j'entends par là, c'est que la mode est, selon moi, une forme d'affirmation de soi, comme évoqué plus haut. C'est également, en tant que femme, une façon d'afficher une forme de liberté, et de s'assumer. Quasiment toutes les femmes (et même les hommes) ont des complexes ou des blessures narcissiques d'enfance, voire d'adolescence qui peuvent avoir comme conséquence un manque de confiance en elles. Je suis d'ailleurs concernée au premier chef, puisque pendant longtemps, je n'assumais pas mon corps. Par la mode, j'ai décidé, d'une certaine façon, de me libérer de ces chaînes mentales. Enfin, la mode est aussi pour moi, un moyen de conjuguer mon multiculturalisme, voire mon transculturalisme. Je suis sénégalo-martiniquaise, mais aussi, française, européenne...bref, je me considère comme une citoyenne du monde. Par ailleurs, je suis toujours surprise des conséquences que l'on peut tirer, au travers du port de différentes pièces. La preuve par l'exemple, lorsque vous qualifiez mon habillement de "très haute bourgeoisie" qui sous-entend beaucoup de chosesPour être honnête, je pense qu'encore une fois, cette perception fait écho à l'exigence que j'ai de moi. J'aime être soignée, et ce, en toutes circonstances (même si je me soigne!). Et c'est la raison pour laquelle, les tenues que je porte peuvent transpirer le trait de caractère précité. Mais, il ne s'agit là que d'un "apparat", l'habit ne faisant pas le moine. Les personnes qui me connaissent bien savent que je ne me résume pas qu'à cela, fort heureusement. Et vous me verriez le matin au réveil ou un dimanche « à la cool » que vous auriez très certainement une toute autre image de moi ;).

 

Finalement comment œuvrez-vous pour la visibilité de la Mode qui s’exprime chez vous à travers votre métissage génétique mi-Sénégal mi-Martinique autrement dit Afrique-France ?

Si vous y regardez de plus près, vous vous rendrez compte que le Sénégal et la Martinique m'habitent en permanence et, sont toujours présents dans mes propositions de tenues. Par exemple, je ne me sépare jamais de mes bracelets sénégalais qui apparaissent sur toutes mes photos. De même, depuis presque dix ans maintenant, j'arbore fièrement mes dreadlocks, coiffure qui s'est complètement démocratisée en Martinique. A la vérité, j'ai toujours sur moi, un accessoire qui rappelle mes origines. Et plus largement, je suis une grande férue de mode ethnique, que je combine à la mode occidentale (Si tant est qu'il y ait une véritable opposition, car à mon sens, c'est malheureusement l'occident qui a fait connaitre la mode ethnique, mais je n’entrerai pas dans ce débat). Quoi qu'il en soit, à mon sens, l'une n'est pas exclusive de l'autre, mais sont véritablement complémentaires dans mon dressing. Si je devais analyser cette approche vestimentaire de manière plus « philosophique », je dirais que ce serait, sans doute, la traduction d'une volonté d'affirmer que la France c'est aussi cela: Des personnes telles que moi, qui savent d'où elles viennent, qui connaissent leur histoire, assument leurs origines, tout en étant pleinement intégrées dans la société dans laquelle elles évoluent. Et en cela, nous sommes des milliers, à ceci près qu'à travers mon blog et mes différents réseaux sociaux, j'ai pris le parti de l'exposer au vu et au su de tout le monde. A travers mon blog « Fash'Yon : La mode selon Yona » dans lequel, outre les photos qui viennent alimenter mes articles, je m'y livre énormément sur mes rapports contrastés à la Martinique et au Sénégal. L'un de mes derniers articles s'appelle « Afrika is calling me, l'Afrik Ka kryé mwen (en créole), l'Afrique m'appelle ». Enfin, depuis presque un an, j'anime une rubrique mode, dans un magazine bordelais, « Kanian Magazine », faisant la promotion de l'afro-descendance sous toutes ses formes et déclinaisons. Et puis, au risque d'être redondante, avec ma taille, je suis une visibilité à moi seule :-)!

Comment vous sentez-vous quand vous vous trouvez au milieu de jeunes femmes issues de père et de mère Sénégalais ?

 

J'avoue m'être rarement retrouvée en pareille hypothèse, faute d'opportunités. Mais, je suis retournée au Sénégal il y a quelques mois, après trente ans. Alors certes, je ne vais pas nier que mon éducation et histoire de vie ont fait que je me suis sentie, en première intention, en décalage. J'ai été élevée à « l'occidentale ». Cela a été un choc des cultures, mais dans le sens le plus positif et le plus noble du terme. Il a fallu que je m'adapte, surtout dans le but de ni les choquer, ni heurter leurs us et coutumes. Mais à côté, cela a été une véritable révélation. En effet, je ressemble davantage à une sénégalaise. J'ai donc rencontré des filles et des femmes auxquelles j'ai pu physiquement m'identifier, ce qui m'avait fait longtemps défaut et a manqué à ma construction de femme. C'est désormais chose faite...Comme quoi, il n'est jamais trop tard!

 

Et que ressentez-vous en présence de jeunes femmes nées de deux parents martiniquais ?

 

Alors là c'est plus compliqué et, je peux davantage être plus loquace, ayant vécu quinze ans en Martinique. D'ailleurs, ma réponse sera étroitement liée à la précédente. J'ai beaucoup souffert de l'entourage féminin martiniquais. D'abord parce que je ne lui ressemblais pas, ce qui a rendu difficile l'identification. Il faut savoir que la population martiniquaise est extrêmement métissée. Et quand je vivais en Martinique, une belle femme était celle qui était relativement claire de peau, les cheveux bouclés voire lisses, aux formes relativement généreuses. Soit, mon opposée. C'est une réalité que les martiniquaises n'aiment peut-être pas évoquer, néanmoins je livre ma vérité et j'en ai beaucoup souffert, car rejetée au motif que j'étais, là encore, en décalage. Mais j'ai su transformer ce décalage en force. Et fort heureusement, les martiniquaises ne se résument pas qu'à cela, j'ai des amies, certaines depuis presque trente ans, que je prends plaisir à côtoyer, qui se sont également affranchies des diktats de beautés martiniquaises, et ce peu importe leur couleur de peau ou leur texture de cheveux. Mais quand j'y regarde de plus près, je constate que mes amies sont toutes à mon image; décalées, ouvertes d'esprit et libres.

 

Yona Diene, peut-on estimer être fière ou affligée de ses origines ? Pourriez-vous nous en dire plus avec des exemples à l’appui ? 

Ma réponse s'inscrit dans la temporalité et dans mon évolution de vie. Grandir en Martinique, avec comme évoqué plus haut, un physique "hors norme" au sens strict du terme (du moins pour les martiniquais), soit de femme sénégalaise, n'a pas été chose aisée. Car, enfant, on cherche à s'identifier... à être comme les autres. J'ai longtemps vécu cette différence comme un handicap, allant même jusqu'à avoir honte de mon origine sénégalaise. J'ai souvent fait l'objet de diverses moqueries et été traitée de différents noms d'oiseaux, ayant « commis pour seul crime », le fait d'avoir un papa africain. On sait tous que les enfants ne sont pas tendres entre eux. Partant, je rêvais moi aussi, d'avoir la peau plus claire, les cheveux plus lisses, et davantage de formes, à l'instar de mes copines de classe. Adolescente, cela a été pire: Aucun garçon ne s’intéressait à moi, sauf pour se moquer de moi. On me disait que j'étais bleue (tellement j'étais noire), on me demandait si j'étais malade, parce que filiforme, on trouvait que j'avais les cheveux bien trop crépus.

Et lorsque je me suis installée à Montpellier pour y poursuivre mes études, cela a été l'inverse. J'avais honte des martiniquais. Je déplorais leur manque d'ouverture d’esprit, dans la mesure où pour moi, partir de mon île était synonyme d'ouverture au monde, de découverte de nouveaux horizons, et de rencontres de personnes différentes de moi, notamment sur le plan de l'éducation et de la culture. J'avais du mal avec les martiniquais qui vivaient en autarcie. 

Toutefois, cela est bel et bien derrière moi maintenant, car finalement, entre ma « réconciliation » avec le Sénégal et l'amour indéfectible que je voue à la Martinique, je suis extrêmement fière de mes origines. Par exemple, à chaque fois que je rentre en Martinique et que l'avion survole mon île, mon pays, j'ai les larmes aux yeux. Je rentre chez moi. Et puis, vous savez, les origines c'est un peu comme la famille: On en connaît les défauts et les travers, on est les premiers à les dénoncer, cependant il est impensable que quelqu'un d'autre le fasse à votre place.

 

Revenons à la Mode, certains médias français eurent titré : «La Mode selon Yona Diene ». Quelle signification revêt-il ce titre pour vous ? 

 

On oublie souvent que le titre commence par Fash'Yon ;)... « La mode selon Yona », était d'abord une façon de signifier ma conception du port de mes tenues qui sont à mon image: Plurielles, de part mes origines évidemment, de mon héritage parental comme rappelé plus haut, décalées, mais également de ma vision de la femme du 21ème  siècle, que je veux libre...Libre d'être, libre de s'exprimer de la façon dont elle le souhaite, quand elle le veut. 

Autrement dit ? 

A travers « Fash'Yon: La mode selon Yona », j'ai voulu signifier que la mode était, à mon sens, une question d'appropriation et non seulement de codes. Je la conçois pour tous, accessible, démocratisée, inclusive et non réservée à une élite. Alors certes, je connais les tendances, je suis souvent sur les réseaux sociaux à regarder ce qu'il se fait de nouveau, mais je n'ai jamais été dans les cases que, d'ailleurs, j'exècre. J'aime casser les codes, provoquer, voire même « choquer » car, à travers le vêtement on peut véhiculer beaucoup de messages. « La mode selon Yona », c'est aussi une mode extrêmement féminine. C'est un moyen d'évoquer mon rapport au monde, que je trouve, tout à la fois machiste et misogyne. Car oui, on peut-être ultra « pimpée » et avoir un cerveau. Et enfin, la mode selon Yona est une façon de faire un pied de nez (pour rester polie) à tous ceux qui ont contribué à mes blessures narcissiques d'enfance. Je les en remercie au passage, car ils m'ont fait grandir ;)!

Pourquoi la Mode vous tient-elle vraiment à cœur ? Qu’est-ce qui explique un tel attachement ? 

La mode me tient autant à cœur parce qu'elle a été mon salut. Il y a trois ans, j'ai eu un cancer. Je conçois que cela puisse être perçu comme une approche très autocentrée, toutefois, il me semble parfois bon, même sain, d'être tourné sur soi avant de se tourner vers les autres. Et je me suis promise que si je venais à m'en sortir, j'arrêterais de vivre à travers le regard des autres, mais du mien. Alors certes, vous pourriez m'opposer qu'exposer des photos de moi, c'est peut-être permettre aux autres de porter un regard sur soi. Mais c'est finalement ce que je souhaitais. Je voulais dire aux autres « ben ouais, c'est moi, je suis comme ça, si vous aimez, tant mieux, sinon, tant pis...Je m'assume et vous? Comment faites-vous? ». Mais au-delà, je voulais être confrontée à ma propre image ceci aux fins me débarrasser des complexes qui m'ont pourris la vie pendant tellement d'années. On peut dire que la mode a eu un effet grandement thérapeutique de ce point vue...

 

Beaucoup de photos de vous prouvent bien que vous aimez vous habiller de façon très élégante. Est-ce une façon de montrer aux femmes sénégalaises restées au pays et celles qui vivent en Martinique que vous avez la chance d’être à Toulouse en France où la vie est bien facile ?

.J'avoue être très surprise par cette question. Mes tenues sont certes, pour celles que je montre, relativement élégantes et soutenues, simplement parce que c'est ma conception de l'expression de la féminité de la quadragénaire que je suis. Mais l'élégance peut se retrouver dans une foultitude de style: Elle peut être tout autant décalée ou rock. J'aime le mélange de genres car, encore une fois, c'est ce qui me caractérise. Et puis, à l'heure de l'explosion des réseaux sociaux, c'est aussi une autre forme de revendication. Ce que je veux dire par là, c'est que je conçois la féminité, voire la sensualité, subtile et délicate. Selon moi, on est matraqué de photos de femmes avec des décolletés jusqu'au nombril, des jupes ras la « salle de jeu »... Ce n'est pas ma vision de l'élégance. J'applique le dicton « Less is more »...tout est une question de nuance et de dosage. Mais, il ne m'a jamais traversé l'esprit de transmettre un message qui sous entendrait d'être une nantie. La mode n'est pas une question de prix, mais de goût, voire  même de ses propres goûts.

Et que signifie « être bien habillée » pour vous ? 

Dans l'absolu, je pense que l'on s'habille selon sa sensibilité. Mais, si je devais répondre à cette question, au regard de ma sensibilité, je dirais  que pour  être bien habillée, deux ingrédients cumulatifs sont consubstantiels: Ce que l'on dégage, et la façon dont on porte les choses. En somme, il faut avoir de la classe, et assumer sa tenue. Vous pouvez avoir une tenue à des milliers d'euros et n'avoir aucune classe. A l'inverse, si vous n'assumez pas votre tenue, vous ne dégagerez pas grand chose....

Et que signifie à l’inverse «être mal habillée» pour une quadragénaire comme vous et cadre dans la fonction publique territoriale ?

Alors là, je pense qu'il conviendrait de poser la question à mes collègues. Je ne peux évidemment pas répondre à cette question, sauf si vous avez envie que je me fasse virer.

Et si vous étiez née pauvre au cœur d’une campagne africaine ou Martiniquaise, quel genre de Mode allez-vous défendre ? 

C'est une question extrêmement compliquée. Pour ce que j'en connais, je trouve que le Sénégal, et l'Afrique en général regorgent de richesses en termes de mode. Je me souviens, il n'y a pas si longtemps, déambulant dans un marché à Dakar qui m'a littéralement fait perdre la tête, tant y avait des choses merveilleuses, qu'il s'agisse de vêtements, de bijoux, de maroquinerie, d'artisanat en tout genre. C'est un puits de richesse dans ces domaines. D'ailleurs, ce n'est pas anodin si la mode africaine est en pleine explosion en Occident. On parle de mode « ethnique ». Il y a une finesse dans la conception et un savoir-faire incroyable. En Martinique, on commence également à y venir. Mais, j'ai pu constater que la mode est très inspirée de l'Afrique. Ce que je défendrais c'est tout simplement trouver un moyen de valoriser ces artistes. Car ce sont des artistes, il ne me vient pas d'autres mots!

D’ailleurs est-il possible de parler de la Mode quand on est issue d’une famille modeste ?

La mode n'est pas une question élitiste selon moi. Ma famille sénégalaise n'est pas nécessairement aisée, ce qui n'empêche pas les femmes d'être coquettes. Du côté maternel, ils sont issus d'une classe plutôt moyenne. J'ai vécu avec ma mère, et nous n'avons pas toujours eu des jours heureux financièrement. Pour autant, j'ai toujours vu ma mère toujours très apprêtée. Cela étant, il faut tout de même être réaliste, pour une famille très pauvre, je doute que cela soit une de ses préoccupations premières.

Quelle définition donnez-vous à la Mode pour une métisse comme vous ?

Une mode transculturelle, riche de part ses origines et du lieu dans lequel j'évolue.

Quelles sont les vraies causes qui poussent les femmes africaines ou Caribéennes de peau noire à utiliser les produits cosmétiques pour s’offrir une peau claire afin d’avoir le sentiment d’être plus séduisantes ?

Une question ô combien sensible en effet. Cela renvoie encore une fois à  la question du racisme anti-noirs ou communément appelé le "colorisme". De mon point de vue, c'est d'abord un héritage du colonialisme initié par des hommes. Et puis, c'est aussi une question de sous-représentation des femmes noires, c'est-à-dire des négresses telles que moi, sur la scène publique, voire internationale, ce qui laisse supposer que plus la peau est claire, plus est belle. Enfin, bêtement, la gente masculine noire a intégré cette représentation. Cette question me touche directement puisqu'en Martinique, même s'il est vrai que les femmes n'éclaircissement pas leur peau, la population est très métissée. Et celles ayant une peau très noire, étaient, de mon temps, considérées comme moins belles que ce que l'on appelle « métisses » ou « chabines » ou autres « mulâtresses ». Je vous renvoie à mes propos précédents sur ma jeunesse et mon rapport aux femmes martiniquaises. Je ne vais pas dire que c'était une généralité, mais c'est une tendance que les martiniquais ont du mal à reconnaître. J'ai entendu de tout sur ma couleur de peau: On me disait que j'étais noire comme la nuit, que je n'étais pas belle parce que j'étais trop noire...jusqu'à aller me traiter une fois de bamboula, ou «d'Africa boumbata»...D'ailleurs, je pense qu'inconsciemment, c'est ce qui a, pour partie, guidé mon choix de m'éloigner pendant un temps, de la culture martiniquaise. Quant aux femmes africaines, alors là, c'est ce qui me fait vraiment le plus mal au cœur. J’ai même vu des panneaux publicitaires encourageant l'utilisation de produits cosmétiques éclaircissants. Qui plus est, en plus d'être complètement inesthétique, c'est un véritable problème de santé publique qui semble être cautionné par les politiques. On voit des animatrices télé "grises", des séries avec des femmes complètement décolorées...Et même au sein de ma propre famille sénégalaise...Cela me fait de la peine. Pour autant, je vois tout de même quelques lueurs d’amélioration. Le retour aux sources, a en Martinique, "le vent en poupe", chose qui n'existait pas quand j'y étais, il y a plus de vingt ans en arrière. Et donc, la négritude reprend sa juste place. Quant au Sénégal, les très jeunes femmes en sont, de ce que j'ai vu, davantage épargnées, en ne cédant plus aux sirènes de ces crèmes dévastatrices. Mais, à mon avis, nous n'en sommes qu'à la croisée des chemins...

Surtout que vous animez un Blog d’information générale. Avez-vous déjà traité et mis en ligne des articles   concernant ce sujet si préoccupant ? Quels étaient le contenu et l’angle d’attaque?

J'ai parlé une fois dans un de mes articles qui s'intitulait « Black is beautiful », de ma problématique d'identification, en faisant justement le parallèle, entre d'une part, les femmes martiniquaises et, d'autre part les sénégalaises. J'y évoquais également ma blessure marquée au fer rouge, uniquement parce j'étais plus noire que les autres et de mes difficultés d'intégration au sein de ma communauté martiniquaise. Et j'ai terminé en paraphrasant l'immense Aimé CESAIRE en disant ceci: « N'allez pas le répéter mais [la négresse] vous emmerde ». Je sais d'ailleurs que cela avait choqué plus d'un martiniquais, mais je l'ai très bien vécue ;).

De plus, il n’y a pas que la peau, on parle de plus en plus des cheveux naturels en provenance d’Inde ou de Brésil. Que dites-vous à ce propos ? 

Honnêtement, je n'en parle pas, car portant des dreadlocks, je ne me sens pas véritablement concernée. D'ailleurs, en Martinique, beaucoup de femmes arrêtent de se défriser les cheveux, et  cèdent au phénomène de mode « nappy ». En revanche, au Sénégal, le port de tissage et de perruques demeure relativement présent. Mais je serais moins vindicative sur le sujet, même si la question rejoint pour partie le propos précédent relatif à l’apport (si je puis dire) du colonialisme. Mais, en même temps, même BEYONCE ou des femmes blanches portent des perruques! Donc on est passé d'un héritage colonial à un véritable phénomène de mode. En revanche, j'avoue avoir un faible pour tout ce qui à trait aux tresses avec rajouts, lorsque je les trouve bien faites et que les coiffures, pour le coup, d'inspirations très africaine et traditionnelle, me font penser à celles que portaient les  reines africaines.

Pourriez-vous espérer mieux en termes de poste occupé si vous étiez dans une grande ville comme Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux ?

Toulouse est la quatrième Ville de France, donc désolée les bordelais, mais nous sommes devant vous ;). Et puis, c'est une Ville où il fait bon vivre, dans laquelle je me sens bien. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais pour l'instant, ce n'est pas un projet à court ou moyen terme.

Regrettez-vous de vous être installée à Toulouse ?

Absolument pas. Bien que très grande, Toulouse demeure à taille humaine, entre mer et montage où, comme je l'ai dit, il y fait bon vivre. Qui plus est, c'est une Ville attractive que j'ai choisie, et non « subie ».

Et où se situe pour vous le Sénégal le pays de votre père ?

Heu...dois-je vraiment répondre à cela? ;)

D’ailleurs quels sont vos projets pour le Sénégal, notamment en matière de la Mode africaine ? 

J'ai un blog pour l'instant assez confidentiel. Mais je vais vous faire une révélation: Je suis folle, au sens premier du terme, de la mode africaine. Je ne sais pas encore quand, ni de quelle façon, mais je rêve secrètement (bon, ce ne sera plus vraiment un secret), de pouvoir collaborer avec des créateurs africains, des artisans sénégalais. J'aime leur œil aiguisé sur la féminité, la finesse des choix de leurs pièces, la justesse ainsi que la subtilité de leurs associations...bref, vous l'aurez compris, je suis une senegalese fashion addict convaincue!

Et que dire de la Martinique, terre de votre mère. Avez-vous des ambitions particulières pour elle?

De ce côté là, j'avoue être davantage sensible aux bijoux handmade, aux pièces uniques, mais également de tout ce qui est accessoires de mode et, singulièrement, de la maroquine artisanale que je trouve magnifique. Toute personne désireuse de collaborer avec moi, serait également la bienvenue ;)

Le défunt président américain John Kennedy disait lors de son célèbre discours inaugural de janvier 1961 : «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ».  Qu’est-ce que vous avez fait ou comptez faire pour le Sénégal et la Martinique ?

Je pense qu'il m'appartient désormais à rendre  à mes deux pays ce qu'ils m'ont apporté. A terme, j'espère un jour pouvoir valoriser mes compétences et contribuer modestement à participer de leurs évolutions respectives, d'une manière ou d'une autre, aussi bien en ma qualité de directrice juridique dans la fonction publique que de blogueuse de mode.

Revenons encore à la Mode, avez-vous des personnes dans ce cercle d’élégance qui vous servent de Modèles ?

Honnêtement, pas vraiment. S'il est vrai que je suis certaines blogueuses, ou influenceuses qui peuvent m'inspirer, force est de constater que je n'ai pas de modèle en particulier. Ce que j'aime, ce sont plus des personnalités, avec des looks qui sortent de l'ordinaire, ou qui  à travers des looks font passer des messages qui me touchent.

Pour finir, quel message voulez-vous adresser au public, vous qui êtes blogueuse, baignez dans la Mode, une Afro-descendante, Toulousaine et aussi Franco-Sénégalaise ? 

J'aurais envie de dire, sans tomber dans le « féminisme de comptoir », singulièrement aux femmes, de se libérer de leurs chaînes imposées par la société, par les hommes, de s'assumer telles qu'elles sont, et surtout de s'aimer...de ne pas attendre que quelqu'un l'éprouve à leur égard, pour prendre la mesure de ce qu'elles sont. Je voudrais aussi dire, qu'il n'existe pas qu'une  mode, mais des modes, qui ne sont pas réservées qu'à un microcosme et, qu'à travers elles, c'est aussi un medium d'affirmation de soi. Alors  appropriez-les vous, révélez-vous, mais avant tout, réveillez-vous ! Fash'Yon.

Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara

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