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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Journaliste Tchadien, Mahamat Nour Adoum Sougoumi travaille pour le compte d’un média public. Il a accepté bien volontiers de se confier à notre Rédaction afin d’éclairer nos lecteurs sur un certain nombre de sujets liés notamment à sa formation, son expérience professionnelle, son regard sur la vie politique et sociale du Tchad. La Rédaction de Regards d’Africains de France est honorée de lui réaliser cet entretien  qui s’inscrit dans le cadre de la défense de la liberté de la presse  et de l’information par les hommes de médias à travers le monde.

Regards d’africains de France : Bonjour cher confrère ! A l’entame de cet entretien, voudriez-vous vous présenter à notre lectorat ?

Mahamat Nour Adoum : Merci à la Rédaction de Regards d’Africains de France et particulièrement à vous-même pour l’intérêt que vous portez à ma modeste personne. Je suis Mahamat Nour Adoum Sougoumi, journaliste exerçant depuis quelques années à la Radio Tchad. J’ai fait mes études primaires et secondaires au Tchad avant de poursuivre les études supérieures à l’extérieur. C’est modeste mais c’est moi

Comment se porte l’exercice  du métier de journaliste dans votre pays où beaucoup de voix s’élèvent sur les réseaux sociaux pour dénoncer le manque de liberté de la presse et de l’information ? Le voyez-vous de la même manière ?

La liberté de la presse depuis quelques années est en nette amélioration au Tchad. Il y a plus d’une décennie, la situation des médias au Tchad était très précaire, les journaux paraissaient non seulement difficilement mais les promoteurs ou les directeurs de publication (DP) étaient traqués et arrêtés mais aujourd’hui beaucoup de combats ont été menés par les hommes des médias pour arracher cette liberté et l’existence de la multitude des medias est le fruit de cette lutte. Beaucoup de journaux ont été crées et paraissent régulièrement même s’il faut reconnaître que des journalistes sont arrêtés dans l’exercice de leur travail. Ce qui est quand même déplorable !  

Pourquoi êtes-vous devenu journaliste ?

J’ai toujours été passionné par  le journalisme. J’étais aussi impressionné par le travail fait par les journalistes quand j’étais encore au lycée. Quand j’ai eu mon bac, je me suis inscrit en Finance, malheureusement très vite, je me suis ennuyé et j’ai compris que ce domaine n’était pas fait pour moi. C’est à cet instant là que j’ai quitté le Niger pour le Burkina Faso où j’ai fait le journalisme. J’ai choisi ma passion et c’est ainsi que je suis devenu plus tard journaliste en l’exerçant.

Dans quel domaine exercez-vous parmi la presse écrite, la radio et la télévision ? Et  pourquoi un tel choix ?

Je suis journaliste à la Radio Tchad comme je l’ai dit ci-haut, ce qui répond à la première question. Maintenant pourquoi j’ai choisi la radio, plutôt que la télé ou la presse écrite ? J’ai été formé en journalisme et spécialisé en presse écrite mais ce choix de travailler à la radio, s’est imposé de lui-même, même si pour intégrer à l’époque l’ONRTV,  je suis passé par un concours.

Estimez-vous que le journalisme tchadien se pratique de la même façon qu’ailleurs  comme par exemple au Cameroun, au Nigeria etc. ?

Sincèrement, je ne connais pas le Cameroun ni le Nigeria mais le Niger et le Burkina Faso que je connais un peu, là bas le journalisme est très avancé et le travail est professionnel. Honnêtement, pour être au même niveau que ceux-là, nous devons beaucoup travailler. Ce n’est pas une façon de discréditer le travail titanesque fait par les hommes et les organisations des médias mais il nous reste beaucoup à faire.

Vous pratiquez ce métier depuis déjà plusieurs années. Regrettez-vous d’avoir choisi d’être journaliste ?

Je n’ai aucun regret. J’ai choisi le journalisme par passion et je suis très satisfait de mon choix. Ce n’est pas le métier qui va décevoir l’homme que je suis mais certainement l’environnement. A un moment donné, on est déçu mais je répète, jamais par le métier. Je suis très bien dedans et c’est comme une école pour moi. Chaque jour que Dieu fait, j’apprends des nouvelles choses. Je vous garantie que dans ce métier, on ne s’ennuie jamais. 

Où avez-vous fait votre formation en journalisme et pourquoi ?

J’ai étudié au Burkina Faso. Ce qui est marrant dans cette histoire, c’est que j’étais au Niger, là où bon nombre de mes compatriotes ont été formés en journalisme à l’Institut de Formation aux Techniques de l’Information et de la Communication (IFTIC) mais c’est le pays des Hommes intègres qui m’a accueilli et formé en journalisme. Le choix, c’était venu comme ça. J’ai décidé de quitter les finances et aussi le Niger, et le Burkina Faso était mon premier plan.

Cher confrère, que signifie pour vous être un journaliste engagé ou libre de faire son métier ?

Pour moi, être engagé, c’est dire tout haut les choses et dénoncer les dérives quand il le faut. Etre engagé, ce n’est pas seulement dire du mal d’un système tout le temps, mais l’engagement c’est aussi encourager ce même système lors qu’il fait des bonnes choses allant dans le sens de l’amélioration par exemple des conditions de vie des populations.

Est-il plus facile d’être un journaliste de médias publics (Radio-Tchad ou Télé-Tchad, etc.) qu’un journaliste des organes privés comme Dja-FM ou FM-Liberté par exemple ? Quelle différence y voyez-vous entre les deux ?

Je ne sais pas qu’est-ce que vous entendez par « facile » ici mais le travail du journaliste n’est pas du tout facile, qu’il soit dans un média public ou privé. Il est tenu de respecter un certain nombre de règlement. Il a une ligne éditoriale à respecter. ? Ils sont tous deux des journalistes qui travaillent pour informer la population. Qu’on soit dans le public ou dans le privé, nous travaillons tous pour et dans un organe de presse. Pour moi, il n’y a aucune différence.

 Comment les journalistes tchadiens sont-ils perçus dans votre pays?

Rire. Ils sont certainement vus comme les autres corps des métiers. Etant moi-même journaliste, je ne peux avoir un regard « impartial ». Seuls ceux qui ne sont pas du domaine peuvent vous dire, comment les journalistes sont vus au Tchad. Et comme je ne suis pas de l’autre côté, je suis incapable de vous dire quoi que ce soit.

Quel genre de relations entretiennent-ils avec le peuple ?

La seule relation qu’entretien le journaliste avec la population, c’est celle de l’informer, le sensibiliser et l’éduquer. C’est d’ailleurs la mission principale d’un journaliste car les gouvernants ou les acteurs politiques ne peuvent pas faire du porte à porte pour passer leurs messages c’est pourquoi ils passent par les médias pour les informer. La population ne peut pas avoir accès aux informations,  seul le journaliste peut les avoir. Et lui, il les transmet à travers son média. Les relations ne sont pas parfois faciles parce que la population est exigeante et l’environnement est des fois coriace.

Considérez-vous à l’instar de beaucoup de journalistes comme étant le défenseur de la cause des populations vulnérables ou la « Voix de sans voix » ?

On ne se définit pas défenseur d’une cause ou la « voix  des sans voix » comme vous le dites mais c’est le travail fait sur le terrain par le journaliste qui définit qui il est. Je ne m’autoproclame personne. Je suis juste un journaliste qui fait son travail.

Parlons politique. Le Tchad traverse des moments les plus difficiles de son histoire avec cette crise sociale et financière qui perdure et touche tous les secteurs de l’économie nationale. Comment en est-on arrivé là ?

Cette fâcheuse crise que traverse actuellement le Tchad est la conséquence de l’oubli des recettes traditionnelles au profit des celles pétrolières. Avant l’exploitation de l’or noir tchadien, le pays fonctionnait normalement avec les recettes douanières et fiscales mais l’ère pétrolière a bouleversé complètement le comportement des gouvernants et ces recettes traditionnelles ont été tout simplement oubliées. L’autre chose qui a mit le pays dans cet état, c’est la mal gouvernance.

Quels sont, à votre avis, les  principaux responsables de cette crise financière et sociale ?

On ne se lève pas un matin pour dire que tel ou tel est responsable. Seules les autorités judiciaires compétentes qui détermineront qui est responsable. Les journalistes eux, peuvent faire des investigations mais moi, n’ayant pas fait des investigations, je ne peux dire qui est le responsable.

Selon vous, que peut faire le gouvernement d’Idriss Deby Itno pour trouver des solutions adéquates et durables ?

Il faut une bonne volonté politique mais toujours accompagnée des actions. Les discours ne servent que pour endormir. Nous voulons du concret et ce, sur quoi doit se focaliser le gouvernement pour faire sortir le pays de cette crise. Il faut du pragmatisme. Y a eu assez de discours dans le sens de l’assainissement et la lutte contre la corruption mais peu d’actions. Il faut agir.

Le gouvernement d’Idriss Deby Itno a-t-il les capacités et les moyens d’y parvenir ?

Rien n’est impossible pour un gouvernement armé d’une bonne volonté politique. Si on veut réellement changer les choses, on peut le faire.

La Fondation Grand-cœur (FGC) de la première dame Hinda Deby Itno est une œuvre sociale au service des populations les plus démunies pour la plupart des Tchadiens. D’autres considèrent que c’est une organisation qui confond l’administration publique, les moyens financiers et humais de l’Etat et les siens. Quel regard portez-vous sur la FGC ?

Honnêtement je ne sais pas. Je vois une organisation qui fait des œuvres sociales et c’est tout.

Depuis plus de trois ans, l’Union des Journalistes Tchadiens (UJT) est minée par des dissensions internes pour des raisons d’intérêts personnels et égoïstes selon de sources proches de l’Union. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

En tant que journaliste, ce qui se passe au sein de l’UJT non seulement me désole mais m’attriste également. Les bêtises des hommes politiques que nous dénonçons à longueur de journées, nous les commettons au sein de cette organisation faîtière et cela n’honore pas vraiment le métier. Il faut que cela cesse. A cause de ces querelles intestines, les choses vont mal et non seulement l’UJT est mal gérée mais n’arrive plus à défendre les journalistes. Il faut que l’intérêt général prime sur l’intérêt personnel.

En conclusion, quel message aimeriez-vous adresser à vos compatriotes ?  

Si on veut développer notre pays, nous devons beaucoup travailler. Chez nous, j’ai l’impression que nous ne travaillons pas assez. Il est bien vrai que les conditions ne sont pas souvent réunies pour apporter un bon résultat mais seul le travail peut nous faire sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. L’autre message, c’est celui de l’appel à l’unité. Nous sommes divisés plus que nous le croyions. Et à qui profite cette division ? Aux politiques justement. Notre pays a connu des moments très douloureux, il ne faut pas que les nostalgiques nous ramènent en arrière car on a plus de larmes à verser, nous voulons vivre dans la paix et la tranquillité, surtout l’amour et l’unité.

Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara

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