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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Jeune sociologue de nationalité tchadienne, Zenaba Tidjani Idriss Dinguest est également auteure d’un roman titré « Hourriya : un rêve brisé ». Elle déborde d’énergie et d’ambitions malgré son jeune âge. Regards d’Africains de France a le réel plaisir d’aller à sa rencontre afin de lui donner l’opportunité de parler de son métier, de son roman, de son pays et de son nouveau concept Hashtag #NoLimit #AucuneBarrière sur la blogosphère Facebook-Zenab Orti ; Twitter- Dinguest Zenaba). Merci d’avoir accepté cet entretien exclusif.

 

Zenaba Tidjani Idriss Dinguest : Non, au contraire, c’est à moi de vous remercier ainsi que votre Journal Numérique Regards d’Africains de France pour cette immense opportunité.

 

Regards d’Africains de France : Grâce à votre roman : «Hourriya : un rêve brisé», peu à peu le grand public commence à vous découvrir et vous connaître.Néanmoins,il n’est pas inutile de vous présenter personnellement. Qui êtes-vous ?

 

Je suis Dinguest Zenaba, née le 11 Août 1991 à N’Djamena (Tchad). J’ai effectué mes études Maternelles, Primaires et une partie du Secondaire (4eAllemand, Bilingual High School of Garoua) au Nord du Cameroun voisin, ensuite j’ai rejoint le Lycée Thilam-Thilam de N’Djamena où j’ai obtenu mon Baccalauréat Série A4, quand j’étais encore en classe de 1ere Littéraire. De là, j’ai étudié la Sociologie de Développement pendant trois années à l’Institut Supérieur de Commerce, d’Administration des affaires et de Management (ISCAM), puis aux Hautes Etudes économiques, Comptables, commerciales et communication du Tchad (HEC-Tchad), d’où je suis sortie nantie d’une Maîtrise. Aujourd’hui, je suis Consultante de terrain, profession me permettant d’être en contact direct avec les couches paysannes et/ou vulnérables afin d’identifier leurs besoins ou soit de recueillir leurs opinions vis-à-vis d’une problématique donnée. En Mai dernier, j’ai fait paraître mon premier Roman (dont le titre est susmentionné) aux Editions Le Pays. Le 09 Novembre, j’ai lancé le Concept #NoLimit #AucuneBarrière ayant pour but de combattre la haine et la division au sein des communautés religieuses, ethniques et ethnolinguistiques tchadiennes. Le processus étant simple, il suffit simplement de poster une photo entre ami(e)s venu(e)s de divers horizons, précédée de la mention hashtag.

 

Un projet derrière ce concept que vous avez créé ?

 

C’est encore trop tôt pour le dire.

 

Vous êtes relativement jeune mais avez déjà à votre actif une expérience professionnelle riche et variée? Pourriez-vous nous la partager plus en détail ?

 

Déjà 27 années ! Comparées aux réalisations que j’ai pu faire, c’est plutôt énorme ! J’ai donc eu à conduire des équipes de recherches sur le terrain et ai également participé aux dites recherches dans diverses Régions du Tchad, entre autres : le Logone Occidental (Cantons Mballa et Tilo), Le Bahr-El-Gazal (11 localités environnantes : de Birhache à Fizigui, d’Ebidanga à Gozbila etc.), toute la région de Chari-Baguirmi (Massenya, Bousso, Kouno, Linia, Ba-Illi, Loumia, Lougoun, Mandalia, Koudoul, Dourbali etc.), Le Guéra (Mangalmé et huit autres localités environnantes, dont Kouka, Mouraye, Amdjelfe etc), l’Ennedi-Est (Amdjarass, Bahaï), Le Wadi-fira (Guereda, Iriba), Le Sila (Goz-Beïda), Le Ouaddaï (Abéché) etc. Chacune des missions étant basée sur une problématique précise et visant des objectifs bien déterminés.

 

Comment vous définissez-vous en menant de front plusieurs activités ? 

  

 Je suis simplement une jeune dame parmi tant d’autres, mais courageuse et déterminée qui défie vents et marrées pour me faire une place, aussi petite, sous le soleil.

 

Pierre Corneille, fait dire à Rodrigue, dans le Cid : «Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années ». Que pensez-vous de votre jeunesse confrontée à l’épreuve du terrain en tant que sociologue, femme et superviseur d’équipe?

 

Pertinente question ! Vous savez, moi, malgré mon «jeune âge » et ma petite forme, je ne me suis jamais sous-estimée et n’ai jamais jugée une mission de terrain trop difficile, quelle que soit la Région à exploiter et peu importe la durée de la mission (semaines ou mois). Au contraire, j’ai toujours pris les responsabilités de terrain comme une sorte de défi à relever. Car, dans une équipe, chacun vient d’un horizon différent, avec sa culture, son comportement, ses sauts d’humeur, ses goûts, sa catégorie d’âge, son genre…et toutes ces différences qui nous donnent ce caractère d’humains. Aussi, chaque Région a ses propres réalités, d’où les mesures de précautions vestimentaires avant toute décente. Alors, à titre d’exemple, en Mai dernier, je dirigeais une équipe dans le Chari-Baguirmi dans le cadre du « Recensement et la mise en place de bases de données des Maîtres Communautaires au Tchad, commandité par le Ministère de l’Education Nationale et de la Promotion civique en partenariat avec la Banque Mondiale ». A deux jours de notre voyage, je contactais donc le Délégué Régional de l’Education Nationale du Chari-Baguirmi afin que nous puissions tracer ensemble un itinéraire pouvant nous faciliter les travaux à l’approche de la saison pluvieuse. Chose faite. Puis le travail abattu, prétention mise à part, voilà ce qu’il me dit : « Zenaba, lorsque je t’ai eue au téléphone et rencontrée pour la première fois, sans te mentir, je me suis murmuré :’Mince ! Ils me donnent cette petite fille pour gérer ma Région ?! J’ai intérêt à l’avoir à l’œil ’’ Mais aujourd’hui, même l’Inspecteur Général du Ministère a eu les échos des stratégies de travail de ton équipe ! La Région du Chari-Baguirmi, gérée par une petite fille est l’une des rares à n’avoir pas posé des problèmes lors des travaux. Je suis désolée de t’avoir sous-estimée, ma petite ! ». Cher journaliste, ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Et aujourd’hui, lui et moi sommes devenus de très bons amis. J’en suis simplement fière, parce que « ma féminité n’est pas un obstacle à mes passions », sentence que je me suis forgée personnellement et qui se trouve inscrite en gras sur le mur de ma chambre.

 

Comme si cela ne suffisait pas, vous avez décidé de vous lancer dans l’écriture. Pourquoi ?

 

Vous avez raison, dans la mesure où j’essaye encore de m’adapter à l’écriture. Mais ce premier Roman, «Hourriya: un rêve brisé » a été écrit bien avant que je ne commence les prestations de terrain. J’avais ma Maîtrise à 22 ans. J’ai chômé pendant quelques années me faufilant entre stages non rémunérés, histoire de m’adapter à la vie professionnelle et refusant de courir derrière des proches pour décrocher un boulot, comme de «coutume» au Tchad, chose qui n’est secrète pour personne. Alors, je lisais et rédigeais des notes qui, au moment venu, m’ont servi d’éclairage. J’ai alors décidé d’écrire afin de décortiquer des faits de société tout en véhiculant un message qui toucherait plus d’un et appelant à un examen de conscience : d’où cette histoire de Hourriya. Car, «les mots peuvent sauver des vies humaines », l’ai-je mentionné dans mon Interview avec Revue Afrique Presse. Permettez-moi également de mentionner qu’à l’époque à laquelle j’écrivais cette histoire (2015), je rêvais tellement de vivre ce que je vis aujourd’hui sur le terrain, raison pour laquelle dans ce Roman, un petit passage en rapport avec cela y figure. Et mon aventure de femme de terrain commence alors en début 2017.

 

Votre roman a pour titre : «Hourriya : un rêve brisé ». Pourriez-vous nous en dire un peu plus?

 

Hourriya est le prénom le plus original que j’ai pu trouver pour mon personnage principal. Ce Roman raconte l’histoire de deux jeunes qui s’aimaient énormément, dont le projet de mariage s’est vu détruit par les parents de la jeune fille qui voulaient la donner en mariage à un prétendant plutôt de leur choix et qui aurait des poches bien «croustillantes» ; une façon donc de faire primer la poche de l’homme que son cœur, faisant fi de toutes les conséquences qui pourraient en découler. J’avoue que le choix du titre m’était un peu compliqué et je tournais, si j’ai bonne souvenance, entre « Hourriya: en ruine », « Hourriya: : une vie pleine de larmes », etc. jusqu’au moment où un très bon ami à moi, écrivain, complice et frère, Youssouf  Terri me l’a suggéré comme je n’ai pas manqué à lui en faire dans le cadre de son premier Roman (mais qui fut revu par sa Maison d’édition parce que disaient-ils, un autre document portait presque le même titre). Voilà donc l’histoire dudit titre.

 

Vous êtes-vous servie de votre formation de Sociologue pour écrire ce roman dénonciateur d’un fait social, hélas,  assez répandu ?

 

En effet.

 

Si tel est le cas, ce projet d’écriture publié en 2018 est-il le produit d’une longue réflexion ou de souffrance ?

 

Souffrance, oui ! Parce que c’est un Roman qui aurait paru avant 2018. Mais je m’étais lancée un défi de faire paraître ma première œuvre littéraire à la sueur de mon front et comme je ne travaillais pas encore à l’époque, j’ai dû garder mon tapuscrit jusqu’au moment où j’ai commencé à gagner de sous. Pour cela, j’ai dû trimer ! Et…presque toutes mes économies de terrain y ont été éjectées.

 

Revenons sur votre métier de sociologue. Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

 

Le monde humanitaire m’a toujours fasciné au même titre que le Journalisme. J’ai donc finalement décidé de découvrir cette Science et ses merveilles.

 

En tant que femme Sociologue, est-il facile d’exercer son métier dans certains milieux africains où les hommes admettent difficilement d’être  "commandés" par une femme ?

 

Vous savez, la Sociologie ne commande pas. Aucunement ! Elle cherche plutôt à étudier et à comprendre le pourquoi des faits sociaux.

 

Et si vous étiez un homme, seriez-vous devenue Sociologue ?

 

 (Rires) ! Pour cette question, je souscris aux propos de Margaret Thatcher: «je n’en sais rien, je n’ai pas l’expérience de l’autre sexe » !

 

Dans votre espace Facebook, vous dites  que c’est grâce à cette modeste fonction que vous avez eu la chance de superviser des équipes de travail sur le terrain dans beaucoup de régions au Tchad. Pourquoi le dites-vous ?

 

Parce que c’est la seule opportunité m’ayant ouvert les portes du terrain.

 

Votre pays le Tchad vous facilite-t-il l’exercice de votre métier de sociologue ?

 

Comme pour toute qualification professionnelle au Tchad, appartenir à un réseau ou avoir des bras longs est un atout, voire une condition sine qua non pour l’obtention d’un emploi. Les qualifications importent peu ou pas. Heureusement qu’il y a quelques esprits éclairés qui valorisent le bien et condamnent le mal, dont la méritocratie à la place du clientélisme.

 

Le rêve brisé de votre personnage principal, Hourriya, aurait-il été le même si elle était la fille d’un chef d’Etat ou un haut dignitaire d’un régime africain ?

 

Je ne saurai vous répondre à cette question, d’autant plus que je n’aime pas les questions hypothétiques.

 

Vous êtes née le 11 août 1991 alors que l’actuel président Idriss Deby Itno a accédé au pouvoir le 1er décembre 1990, à peine une année avant votre naissance. Et il  continue à présider aux destinées du pays durant 28 ans aujourd’hui. Quel est votre avis ?

 

A mon humble avis, je pense qu’il y a un sérieux problème d’alternance politique. Mais tantôt le peuple en grogne, tantôt après chaque élection présidentielle, le pouvoir en place remporte, que dire ? Qui croire ? La grogne du peuple n’est-elle pas à la hauteur ? Ne s’est-il pas fait suffisamment entendre ? Le parti au pouvoir aurait-il réellement remporté toutes ces élections ? Je ne sais pas. Tant d’interrogations qui me taraudent l’esprit.

 

Le 11 août 1960 votre pays accède à l’indépendance. Vous êtes exactement née ce 11 août (N.D.L.R 1991). Quelle explication la nature humaine voudrait-elle vous donner à travers cette coïncidence de dates ?

 

Je ne sais pas. Drôle de coïncidence !

 

Selon quelques indiscrétions, il vous est arrivé plusieurs fois, lors de vos multiples déplacements sur le terrain, de verser des larmes en voyant des femmes, des enfants ou des hommes brisés par la violence d’une extrême pauvreté ou souffrance. Pourquoi auriez-vous versé tant de larmes  dans un pays immensément riche comme le  Tchad ?

 

Depuis quelques années, le pays traverse une « crise financière » qui nous laisse croire que le Tchad n’est riche que de nom !  En un rien de temps, les revenus pétroliers se sont volatilisés. Mal gouvernance, détournements de deniers publics, impunités des auteurs… Pour ce qui est de la pauvreté, il suffit tout simplement de faire une descente dans les quartiers périphériques de N’Djamena afin de faire le constat. Des familles entières qui n’arrivent pas à allumer un feu pour se poser une casserole ! Alors combien de fois dans les provinces ? Moi, à Mballa Banyo, à environs une cinquantaine de kilomètres de Moundou, dans le Logone Occidental, dans le cadre d’une étude de ciblage du «Projet Pilote de Filets Sociaux du Tchad, commanditée par la Coopération Tchad-Banque mondiale, j’ai vu des enfants de 5, 4 et 3 ans se nourrir de la boule déjà en décomposition, accompagnée des feuilles de manguiers crues broyées à l’aide du natron comme sauce ! Mon cœur tend à se fendre en transcrivant ceci et me remémorant que le Tchad exploite son pétrole depuis plus d’une dizaine d’années. Le pire, des écoles en Seko et dépourvues d’accessoires et de tableaux en bon état !

 

Cela vous donne-t-il le courage de vous battre malgré tout pour changer les choses ou bien il vous est arrivé la tentation de plaquer tout et partir très loin du Tchad ?

 

A ce niveau, la dimension humaine est la plus importante. Ainsi, mon souhait le plus ardent est de pouvoir venir en aide un tant soit peu à ces catégories sociales. Mais l’exil, qui tente plus d’un jeune vivant au Tchad, reste toujours une option.

 

Quel est votre dernier mot pour conclure cet entretien ?

 

Un souhait plutôt : qu’un jour l’on se réveille, se rendant compte que l’inhumanité n’est que pur rêve et que tout s’est aussitôt rétabli !

 

Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara

 
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