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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Voici un sujet atypique sur lequel il va falloir briser la glace et faire tomber les masques ! En effet, le terme « renseignement » est en lui-même tabou et problématique dans notre pays, à cause de son passif historique douloureux. Dans les familles, depuis Tombalbaye, on n’a connu des renseignements que le côté pervers et criminel qui envoya des milliers de tchadiens en prison, autant d’autres portés disparus et des haines et rancunes tenaces entre personnes ou groupes jusqu’à ce jour. Parce que la seule fonction du renseignement qui a été exagérément développée est celle de la recherche de la position politique des individus et de groupes constitués par rapport au pouvoir en place. C’est ce qui avait fait la sinistre réputation de la direction de la documentation et de sécurité (DDS) sous l’ancien régime de Hissein Habré ! La torture était devenue un moyen et une pratique systématique, ainsi que les traitements cruels, inhumains et dégradants. Mais réduire les renseignements à cette seule déviance historique tchadienne serait totalement hors sujet et dépassé par le temps. D’abord, le terme « renseignements » doit être vu sous tous les angles le définissant et non pas sous le seul angle « tonton macoute» qui n’est pas l’objet de cette réflexion. En effet, quel que soit l’angle, le renseignement est lié à la notion de sécurité des personnes physiques et morales et des biens, y compris les transactions. Pourquoi? Parce qu’il est établi depuis des siècles que «l’homme est un loup pour l’homme ».

Nous allons voir quelques angles concrets :Le renseignement privé, ce sont toutes les précautions que nous prenons systématiquement pour chercher à connaître ceux qui nous entourent dans notre quotidien, famille, voisin, collègue, partenaire d’affaire ou d’amour, etc. Par toutes sortes de méthodes individualisées, parfois immorales, nous voulons nous assurer de ces personnes, soit pour les dominer et les exploiter, soit pour nous protéger éventuellement contre elles !Le renseignement administratif est toutes ces formalités d’enregistrement devant les autorités et pour nous identifier, à l’occasion desquelles nous devons livrer une partie de nos secrets pour être fichés quelque part, comme dans les états-civils : peu développé dans notre pays encore géré par la rumeur et les préjugés sur les personnes, dans la plupart des pays développés, il est devenu pesant par l’ampleur des données personnelles qu’on collecte chaque jour sur les individus. Même pour un achat anodin dans un magasin, vous y laissez vos traces qui pourraient être utilisées contre vous un jour dans une affaire banale ! Le fichage individuel qui consiste à contraindre les individus à être, non seulement identifiés partout, mais qui déborde souvent en constituant sur eux des tas d’informations qu’ils ne pourraient contester au cas où ils seraient en litige dans n’importe quelle affaire. Les NTIC sont devenues le terrain privilégié de cette nouvelle traque de l’identité des individus et cela à l’insu des utilisateurs. Les brouteurs, par exemple, profitent de cette évolution non maîtrisée pour arnaquer des milliers de gens dans le monde.Le renseignement sécuritaire est celui qui permet aux forces de défense et de sécurité d’identifier les menaces potentielles et réelles contre le pays, contre les institutions et provenant de groupes ennemis ou hostiles à l’ordre établi. Un pays comme le Tchad ne peut survivre sans développer ce type de renseignements, à cause de sa position au carrefour de points de confrontations anciennes séculaires (Afrique du Nord et Afrique noire) et d’autres velléités plus récentes sur notre territoire national. Car aucune de nos frontières ne favorise la paix et la sécurité dans le contexte de ce qui s’y passe souvent.

Le Tchad a besoin de définir des stratégies pertinentes pour chacune de ses frontières ainsi que des moyens vraiment adéquats et performants pour en assurer la surveillance vigilante, sans que ceux-ci portent atteinte à la liberté de circulation des personnes et des biens d’une part et au développement économique et sociale de l’intérieur du pays d’autre part. C’est toute une nouvelle vision et restructuration des services chargés de la sécurité frontalière qui s’impose, avec les moyens conséquents. Ce n’est pas seulement l’affaire des agents dédiés mais aussi celui des chercheurs économistes, sociologues et autres. C’est comme cela que se protègent et se développent les pays émergents !Le renseignement économique consiste à suivre, analyser et prévenir les tendances économiques qui font vivre le pays sur toutes ses frontières : le renseignement économique n’est pas développé dans notre pays, ce qui favorise la navigation à vue et la mal-gouvernance économique. En effet, les études faites sur commande de partenaires ou du Gouvernement sur tel ou tel secteur, ne sont pas suffisantes pour garantir les bonnes orientations de notre économie nationale. Ici, il est question de savoir comment vivent les tchadiens au quotidien d’une région à l’autre, de l’influence de pays voisins (savoir leur politique frontalière pour absorber les ressources du Tchad par exemple), des risques de paralysie en cas de conflits chez le voisin (à l’exemple de Boko Haram qui avait failli étouffer la capitale N’Djamena en son temps etc.)

Cet exercice doit relever de la stratégie de défense à moyen et long terme de notre pays et guider nos choix de politique économique pour toujours assurer notre survie de pays éternellement enclavé. Des chercheurs tchadiens devraient y être associés, des étudiants devraient être formés là-dessus durant leur cursus universitaire. C’est comme ça qu’on peut réellement identifier et sauvegarder nos intérêts nationaux, au-delà des mesquineries habituelles de bas-étages entre les clans et les élites tchadiennes. Quand l’on se plaint que les tchadiens n’aiment pas leur pays par leurs comportements quotidiens, c’est simplement parce qu’ils ne connaissent même pas ce pays-là ! Trouvez seulement dans l’Administration 100 cadres sur les 100.000 vrais et faux qui émargent, qui pourraient vous expliquer comment le pays survit sur chacune de ses frontières, sur les menaces récurrentes du voisinage sur le plan économique ou, à contrario les opportunités à saisir pour garantir plus de résilience à l’économie nationale, etc.? Et pourtant, chacun se voit devenir président ou ministre ou député d’un pays réduit à la taille de son estomac et de ses préjugés !L’expérience de la menace de Boko Haram nous a prouvé de l’utilité d’avoir une autre vision du renseignement, en ce sens que la sensibilisation des forces vives sociales et religieuses et leur prise de conscience effective dans la participation à la surveillance du milieu, ont été plus efficaces que si les Forces de défense et de sécurité (FDS) s’étaient repliés dans le secret et l’exclusivité de l’action anti-terroriste. C’est aussi ainsi que sont éduqués les citoyens des pays développés qui participent chaque jour à la défense des intérêts de leur pays et de son espace vital, et non pas d’un faciès !L’Administration tchadienne fait peu d’effort de modernisation de ces concepts opérationnels parce que, globalement, les élites qui la composent sont restés en retard sur l’évolution du monde actuel, n’ayant pas fini de régler des comptes de mesquineries tribalo-fascistes pour des intérêts éphémères qui ne survivront pas, de toutes les manières aux chocs endogènes inévitables, faute d’être anachroniques. Aucun intérêt privé ou public ne peut durablement survivre au Tchad s’il ne s’insère dans une vision globale d’une société qui se développe sur des fondements impersonnels et pertinents défendables par tout un chacun. 

Aujourd’hui, les grands pays sont en alerte et développent chaque jour de nouvelles stratégies, outils technologiques et modalités administratives pour mieux protéger leur population, leur économie y compris le secteur privé, contre les attaques de plus en plus insolites de puissances rivales. Avons-nous une stratégie à court et moyen terme pour l’exportation de notre bétail sur pied au Nigeria, par exemple, ou pour remplacer le coton dans X années quand cela ne vaudra plus rien ? Avons-nous une réflexion stratégique pour faire évoluer notre secteur privé embryonnaire et archaïque qui ne peut pas être compétitif et qui survit presque uniquement par les trafics d’influences ? Ou voyons-nous encore ce secteur privé comme l’apanage de clans ou de régions précises donc ne méritant pas notre intérêt ? Alors, un jour viendra où nous n’aurons même plus de privés nationaux sinon de simples démarcheurs d’entreprises étrangères qui nous imposeront tout, salaires et modes de vie sans aucune possibilité de résistance faute de base nationaliste en économie !Le renseignement a aussi une utilité dans un pays où les services publics sont insuffisamment répartis et pourvus en cadres efficaces et bien formés.

Les familles ont besoin de services de détectives privés pour se protéger contre elles-mêmes : par exemple, un cadre qui meurt brutalement après avoir construit une case dans son village (Dieu a donné, la sorcellerie a repris !) et bien d’autres situations qui portent atteintes aux droits des faibles, enfants et femmes, à cause des pesanteurs. Ici, le renseignement servira à mieux se pourvoir en justice et actionner la loi contre les délinquants intouchables des traditions odieuses (ce n’est pas la DDS et c’est comme ça dans une société qui se développe normalement !)!Le lecteur comprendra que le terme « renseignement » utilisé dans cet article est aussi synonyme de « recherche », « d’action prospective et préventive » pour défendre nos droits fondamentaux de citoyens dans un monde de plus en plus méchant et violent. Nous ne pouvons pas continuer à être des nains intellectuels au Tchad, toujours plaintifs et incapables d’évoluer comme les autres dans la modernité. Cette réflexion ne s’adresse pas aux fanfarons allergiques et semi-analphabètes. Je la dédie à ceux qui ont une hauteur de vue suffisamment mature pour ne pas noyer tout sujet dans les habituels « considérant » de notre scène politique. Il s’agit d’intéresser les élites averties à la réflexion stratégique qui a fait le sursaut et le progrès des peuples de tout temps, pas d’alimenter les controverses stériles de personnes qui ne m’intéressent vraiment pas !

Contribution spéciale du Tchadien Enoch Djondang

Choix du Directeur de Publication de Regards d’Africains de France

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