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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Le conflit persistant du Soudan du Sud révèle une triste réalité souvent peu évoquée qu’est l’esclavage sexuel  des mineures. Dans son reportage réalisé avec le soutien du Centre Pulitzer, la journaliste Patricia Huon est allée à la rencontre de ces jeunes filles retenues contre leur gré par des combattants qui abusent d’elles en toute impunité. Le reportage a fait l’objet d’un article publié le vendredi 25 octobre par le site RTBF dans lequel l’auteure donne la parole aux victimes pour raconter leur calvaire. «J’étais terrifiée. J’avais peur qu’ils nous tuent, ou qu’ils ne nous relâchent jamais », explique Jocelyn (prénom d’emprunt pour garantir l’anonymat de la personne), âgée de 16 ans et portant un nourrisson dans les bras. L’adolescente a été enlevée de force par des hommes armés, alors qu’elle revenait des champs accompagnée de ses deux sœurs. Elle ne se souvient plus de l’année de son enlèvement. «J’essaie d’oublier  ce qui s’est passé là-bas », dit-elle. Dans un pays déchiré par la guerre civile depuis décembre 2013, des milliers de femmes et de jeunes filles sont les cibles des forces gouvernementales et des rebelles. Un nouveau rapport des Nations unies publié le 18 octobre dernier accuse clairement les combattants de l’ancien vice-président devenu chef rebelle, Riek Machar, d’être responsables des enlèvements des centaines de civiles et de les garder en captivité, où deviennent les « épouses » des rebelles, en Équatorial-occidental, au Sud-ouest du Soudan du Sud, à la frontière avec la RDC.

Jocelyn et ses deux sœurs capturées vivent dans cette partie du pays, près de la ville de Yombio. Les trois sœurs ont été gardées pendant plus d’un an par un groupe rebelle dénommé Mouvement de libération nationale du Soudan du Sud (SSNLM), désormais allié du gouvernement central. Durant sa captivité, Jocelyn s’occupe de la cuisine et reçoit les bases d’un entraînement militaire. Elle accompagne les rebelles pour aller tendre des embuscades à l’ennemi et piller les villages. Dès son arrivée, un combattant a fait d’elle sa seconde épouse. «Il était brutal, il me battait souvent, dit-elle. Parfois, le commandant devait intervenir pour le calmer. J’avais envie de le tuer ».  Au début de l’année 2018, Jocelyn a pu s’enfuir pour regagner son village. Une petite fille est née quelques mois plus tard. «Quand elles sont revenues, certains voisins avaient peur d’elles, raconte la grand-mère des jeunes filles. Ils craignent aussi que ceux qui les avaient enlevées viennent les reprendre de force et qu’ils tuent tout le monde».

De retour au village, Jocelyn et quelque 900 mineures ont eu l’opportunité d’être intégrées dans un programme de démobilisation, instauré au lendemain de l’intégration du SSNLM à l’armé nationale, et géré par l’Unicef. Un soutien psychologique est donné à ces adolescentes qui ont la possibilité de reprendre leur éducation ou de suivre une formation professionnelle. Selon les Nations-Unies, il reste encore quelque 19.000 mineurs enrôlés au sein de mouvements armés rebelles. Beaucoup, garçons ou filles sont livrés à eux-mêmes une fois avoir quitté la captivité, parfois ils sont rejetés par leur propre famille. Il manque cruellement d’opportunité pour ces jeunes de construire leur avenir dans un pays exsangue et littéralement dévasté par la guerre civile. «On constate des symptômes dépressifs, des pensées intrusives, qui reviennent à l’enfant soudainement, suite à un élément déclencheur, et qu’il ne peut pas contrôler, constate Rayan Fattouch, responsable de la santé mentale pour Médecins sans Frontières à Yambio. Les communautés au sein desquelles ils reviennent ont aussi leurs propres traumatismes », lesquels se transmettent de génération en génération.

Moussa T.Yowanga

 

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