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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Le journal numérique Regards d’Africains de France est allé à la rencontre du journaliste blogueur et activiste politique Makaïla N’Guebla et par ailleurs spécialiste de l’immigration. Il a bien voulu se confier à notre Rédaction afin de répondre à nos interrogations liées à la fois à son parcours professionnel, son engagement associatif et son regard critique en tant qu’homme de médias sur la question sensible d’immigration au sens large du terme. C’est aussi un leader d’opinion qui œuvre inlassablement en faveur des droits de l’homme et du respect de la liberté d’expression partout dans le monde.  

Voudriez-vous à l’entame de cet entretien, vous présenter à  nos lectrices et lecteurs ?

 Merci cher confrère du Regard Africain de France (RAF), je vous remercie pour le travail impressionnant que vous abattez pour informer nos concitoyens et l’opinion en général. En effet, je suis journaliste-blogueur. J’ai été formé à Tunis en administration commerciale à l’Institut Tuniso-Canadien puis à Dakar au Sénégal en communication et journalisme à l’Institut Supérieur de Communication (ISC).

Vous êtes un homme à plusieurs casquettes  de part vos activités. Êtes-vous une personne comblée en votre qualité de spécialiste d’immigration ?

Non cher confrère, en toute modestie. Je ne pourrai prétendre dire être spécialiste de l’immigration même si j’ai effectivement participé à la rédaction de la Charte mondiale sur la migration de Gorée en 211 puis quelques séminaires internationaux à Dakar sur la problématique de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEEDAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest).

Que signifie pour vous les termes immigration et exil de façon générale ?

 La définition générique de l’immigration veut dire l’entrée des personnes étrangères dans un pays donné dont les raisons sont généralement économiques. Contrairement à l’exil qui est  une contrainte qui pousse un individu à quitter son pays d’origine  pour des raisons politiques ou autres  pour trouver refuge ou protection dans un pays tiers. L’Afrique est malheureusement un exemple éloquent à cause des conflits politiques, de la guerre ou d’autres raisons de persécutions, ce  qui amène les forces vives à aller ailleurs.

  Pourquoi beaucoup prennent-ils le chemin d’exil ?

 Comme je l’évoquais ci-haut, les raisons varient d’une personne à une autre. Il y a des personnes qui ont été contraintes à l’exil pour leurs prises de positions politiques, d’autres pour leur engagement sur la question des droits de l’homme.

Peu de gens font la distinction entre l’immigration et l’exil politique. Quelle différence faites-vous entre immigré (économique) et exilé politique ?

Vous soulevez une question pertinente. C’est une confusion terrible faite par certains confrères dans le traitement de l’information sur la thématique migratoire. Un exilé politique ou un réfugié jouit d’une protection internationale conformément à la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés alors qu’un migrant économique peut bénéficier d’un statut lié à l’exerce de son activité professionnelle du pays qui l’accueille.

 Le phénomène migratoire vide certains continents de leurs bras valides ou de leurs cerveaux au profit d’une minorité de pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la France. Voyez-vous de la même manière la  chose ?

Tout à fait ! Nous faisons le même constat que vous. Notre continent est victime et perdant de cette immigration au profit des autres pays occidentaux. Dans cette situation, nous perdons des enseignants, des médecins, des ingénieurs et autres cadres formés qui n’ont pu trouver leurs places une fois de retour chez eux. C’est la faute aux échecs politiques successifs de nos dirigeants.

Que doit-on faire pour  y remédier   ?

Ce que l’on doit  c’est que la migration est un phénomène mondial qui mériterait d’être examiné avec la plus grande attention aussi bien par les pays d’accueil que et ceux d’origine des migrants.  Ce que l’on peut faire c’est proposer des alternatives bénéfiques à tous. C’est pour ce fait, il faut changer des paradigmes afin de traiter la question migratoire avec plus de lucidité.

Quels sont les principaux responsables de cette situation déplorable à votre avis ?

De mon point de vue, la responsabilité est partagée. D’un côté l’occident par sa complaisance avec nos dirigeants crée des monstres qui se pérennisent aux pouvoirs au détriment des peuples qui aspirent à la justice sociale, à la bonne gouvernance, au respect des droits humains et à la démocratie. Mais de l’autre, la  responsabilité est endogène parce que nos Etats ont démissionné en cessant d’être capables d’assurer les besoins vitaux et essentiels de leurs populations à savoir accéder à l’éducation, à la santé et à l’eau potable.

En Europe et plus particulièrement au sein de l’Union Européenne, certaines personnalités politiques ou médiatiques entretiennent sciemment l’amalgame entre l’immigration forcé et celle relevant d’un choix délibéré? Cela vous choque-t-il ?

L’Union européenne a montré ses limites dans la gestion des flux migratoires. La preuve est qu’elle est à l’origine des dérives actuelles que nous observons dans l’arrivée massive des migrants. L’UE est dépassée et s’enfonce dans ses erreurs. Parmi les migrants se trouvent des femmes, des enfants et d’autres personnes vulnérables qui meurent dans la méditerranée et le désert à cause de la complicité de cette institution qu’est l’Union européenne.

Vous êtes africain et ressortissant tchadien. Pouvez-vous nous décrire les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes et les hommes obligés de  choisir le chemin d’exil ou d’immigration ?

En tant qu’africain et Tchadien, je suis écœuré de voir des jeunes venus de l'Érythrée, du Soudan, de l’Ethiopie et du Tchad, dormir à la belle étoile à Paris. Ils tiennent grâce à la bénédiction des associations et des bonnes volontés françaises qui leur viennent en aide. Sans celles-ci, leur sort sera pire.

Les chefs d’Etat africains sont-ils véritablement préoccupés par le départ massif de leurs compatriotes vers de nouveaux horizons ?

Je dirai sans ambages Non ! Car c’est leur dernier souci. Les dirigeants africains sont conscients que c’est par leurs fautes que l’Afrique se vide. Ils sont incapables de s’indigner face au drame et ont une conscience tranquille. Sinon comment comprendre que depuis une année, l’affaire des migrants en Libye a été évacuée de grandes rencontres organisées sur le continent. Cela dénote naturellement l’indifférence de nos dirigeants.

Parlons un peu de votre journal numérique. Aborde-t-il des sujets liés à l’immigration ou à l’exil politique?

Notre journal en ligne aborde tous les sujets qui peuvent faire évoluer l’Afrique dont la question migratoire retient essentiellement notre attention.

Vous êtes un journaliste engagé, et pourtant vous n’avez pas croisé le chemin d’un chef d’Etat africain pour aborder avec lui des sujets sensibles comme celui de l’immigration ou de l’exil politique. Pourquoi ?

Parce que les  chefs d’Etat africains fuient délibérément  cette épineuse question. Parce qu’ils savent leur  degré de  responsabilité et évitent d’aborder avec les journalistes d’investigation cette problématique qui empoissonne les débats entre les pays du nord et du sud. Malheureusement, aucun chef d’Etat africain n’est issu de la volonté populaire. Ils sont venus au pouvoir par inadvertance ou par  imposition extérieure. On ne peut donc pas compter sur eux pour aborder la question et trouver des voies et moyens susceptibles de nous aider.

 Pendant longtemps les Tchadiens quittent rarement leur pays. Certains disent même qu’ils ne sont pas des aventuriers comme les ressortissants de certains pays du continent. Quelle est votre opinion ?

Il est vrai que les Tchadiens par fierté ne quittent son pays d’origine. Mais ces dernières années, compte tenu de la répression qui s’abat sur eux, nombreux sont les Tchadiens que l’on rencontre aussi dans les camps d’infortune et des réfugiés à Calais ou à la Chapelle.

 Ce n’est plus le cas aujourd’hui ? Pourriez-vous nous en dire davantage ?

 Si c’est à l’époque les Tchadiens quittaient leurs pays pour des raisons d’études et y retournent à la fin de leurs cycles. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ils quittent leur pays pour des raisons politiques, la désertification, le terrorisme, l’enrôlement dans leurs mouvements terroristes et autres menaces sur leur sécurité.

 Lors d’un débat télévisé, un artiste béninois, disait-il à son interlocuteur : « Vous les Occidentaux, vous les Français, vous êtes responsables de cette Afrique qui se vide de ses hommes et de ses femmes. Vous nous volez tout, vous soutenez des dictateurs qui détruisent l’Afrique et venez ici dénoncer l’immigration ou l’exil. C’est quoi cette histoire !». Voulez-vous vous prononcer sur ce sujet assez délicat ?

Ces derniers temps, nombreux sont les artistes et autres voix africaines qui épinglent les pays occidentaux pour leur responsabilité dans la question migratoire. Je partage sa prise de position que je trouve courageuse et soutenable.

 Un monde sans exil politique ou sans immigration, est-il possible un jour ?

 Il ne peut avoir un monde sans exil ni immigration. Il est tout à fait normal que les gens doivent bouger de leurs pays d’origine en toute liberté.  C’est une règle mais le problème qui se pose l’instrumentalisation de cette affaire par des Etats puissants qui peuvent proposer des solutions durables.

 Les guerres sont-elles les seules causes de l’exil politique ou de l’immigration de manière générale ?

Je dirai  que la guerre peut être une des causes de l’exil et de l’immigration.

 La politique et les politiciens sont-ils pour quelque chose ?

Les politiciens ne peuvent se dédouaner car ils ne proposent jamais des réponses cohérentes pour juguler le phénomène migratoire.

Plusieurs journalistes d’Investigation se posent des questions pertinentes relatives à la destination des corps des migrants noyés dans les profondeurs de la méditerranée. Qu’en pensez-vous personnellement ?

Je m’interroge comme eux. Je suis scandalisé et meurtri !

L’exil financier préoccupe aujourd’hui autant les Etats que les journalistes. Est-il normal de s’en préoccuper?

C’est vrai que devant la paupérisation massive tout est permis. Certains cadres sont contraints à migrer pour des raisons économiques.

La plupart des demandeurs d’asile définitivement déboutés finissent par vivre dans la clandestinité et l’illégalité pendant de nombreuses années. Quel est votre sentiment ?

Oui c’est une situation préoccupante car le demandeur d’asile qui a épuisé toutes les voies de recours, tombe dans un vide juridique. Mais, il y a une dernière chance celle de solliciter le réexamen de sa demande d’asile auprès de l’Ofpra avec des nouvelles preuves de persécutions.

De nombreuses femmes sans papiers sont plus vulnérables que les hommes. Que dites-vous de ces femmes sans papiers abandonnées dans la nature pendant plusieurs années ?

C’est bien dommage ! Mais nous observons de plus en plus des femmes sans papiers qui deviennent des sans domiciles et souvent elles perdent la raison. Car pour une femme, la souffrance est éprouvante et épuisante. L’homme peut supporter le poids difficile des épreuves mais  une femme est vulnérable et son cas mériterait une attention et protection.

 Que faire donc ?

Il faut une protection effective à la femme car c’est un être vulnérable.

Trouvez-vous normal que parfois malgré que certaines reçoivent des lettres recommandées  de  reconduites à la frontière, leur situation persiste ?

Les reconduites à la frontière sont régulières en France et dans l’espace européen. Je regrette que les Etats européens qui ont un pouvoir économique ne soient pas à mesure d’accueillir dignement les migrants chez eux au nom de l’humanisme.

Et malgré tout, les chefs d’Etat gardent un silence de cimetière face à l’urgence ?

De toutes les façons, le salut pour les migrants ne viendra pas de nos chefs d’Etat qui sont au même titre complices des occidentaux sur la question de la migration.

Si vous avez un appel à adresser aux chefs d’Etat africain et aux dirigeants européens …

Aux Chefs d’Etats africains, je leur demande de créer les conditions minimales pour garder les fils et filles de leurs pays. Aux Européens, il faut changer votre approche actuelle sur la migration pour accueillir dignement les exilés politiques, les réfugiés et les migrants.

 Et en conclusion, que diriez-vous pour boucler la boucle ?

Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité d’évoquer l’épineuse question migratoire afin d’éclairer votre lectorat et encore une fois merci à toute l’équipe de la rédaction de Regards d’Africains de France.

 Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara/Moussa T. Yowanga

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