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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

« Il n’y a pas de crise migratoire ». Les 2/3 des migrations africaines se font à l’intérieur du continent « L’avenir de la jeunesse africaine ne se trouve pas au fond de la mer Méditerranée ; il se trouve ici, sur le continent ». Cette conviction du président de la Banque africaine de développement Akinwumi Adesina a été reprise à son compte par le comité technique du Panel de haut niveau sur les migrations, réuni du 19 au 20 septembre 2018 à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas, aujourd’hui, de crise migratoire, ni de risques d’une invasion africaine de l’Europe, ont soutenu les experts lors de cette rencontre du Panel présidé par l’ancienne présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf. A l’issue de deux journées intenses de travail, les experts ont battu en brèche les idées reçues sur les migrations : elles ne sauraient être réduites aux embarcations de fortune qui tentent de rallier l’Europe, encore moins aux douloureuses pertes en vies humaines englouties dans les eaux de la Méditerranée. « Votre réunion technique préparatoire au Panel de haut niveau sur les migrations arrive à point nommé pour donner une perspective africaine de la migration, a souligné le vice-président principal de la Banque africaine de développement, Charles Boamah, à l’ouverture de la réunion. Comme vous le savez, la question migratoire a pris une place centrale dans les agendas, particulièrement ici, en Afrique .

Outre les experts du Bureau de coordination des pays en transition (RDTS) et d’autres entités de ka Banque, les discussions en plénières et en groupes de travail ont enregistré la participation de spécialistes de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), de la coopération bilatérale, des milieux d’affaires, du monde universitaire ainsi qu’un représentant du gouvernement sénégalais.Sur la base des présentations faites lors des discussions, les participants au comité technique ont démontré que deux tiers des migrations africaines s’effectuent à l’intérieur du continent. Seulement 10 % de migrants africains partent hors du continent, vers l’Amérique, l’Asie, l’Europe, l’Océanie et les pays du Golfe. Plusieurs des itinéraires empruntés par les migrants en Afrique de l’Est (Soudan du Sud/Ouganda, Somalie/Kenya), en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire/Burkina Faso, Abidjan/Lagos) et en Afrique australe (Mozambique/Afrique du Sud) ont servi d’études de cas pendant les deux journées de discussions.L’Afrique invitée à parler d’une seule voix. Les experts ont également soutenu qu’aucun élément scientifique ne permet d’établir un lien de cause à effet entre la migration et l’insécurité, ou entre le chômage dans les pays d’accueil et la présence des immigrés. Selon Hein de Has, professeur d’études migratoires à l’Université d’Amsterdam, on assiste aujourd’hui, en Europe, à une exagération des conséquences des migrations africaines à des fins politiques, notamment dans les milieux populistes. L’universitaire néerlandais a souligné aussi que 70 % des flux migratoires africains empruntent des voies régulières.« On ne saurait aborder efficacement la question migratoire dans la passion et le parti pris. C’est une question complexe, multiple, transversale, qui requiert une bonne connaissance. Nous avons l’opportunité d’avoir réuni ici, à Abidjan, les meilleurs experts du moment, y compris ceux de la Banque, sur le sujet et ne pouvons que nous réjouir de la qualité de nos échanges », s’est félicité Sibry Tapsoba, directeur du Département RDTS.

Pour les experts du comité technique du Panel, le changement de regard sur les migrations, qui doivent être perçues non pas comme des problèmes mais comme des opportunités, passe par une revalorisation de la place du migrant dans les pays d’origine, de transit et de destination.Plusieurs participants ont ainsi plaidé pour que le migrant ne soit plus réduit aux seuls transferts d’argent qu’il envoie au pays. Il doit, soutiennent-ils, être considéré comme un investisseur, une passerelle pour le transfert de technologies, tout comme un apporteur de valeurs sociales et de démocratie.Pour une meilleure connaissance des migrations africaines.Après avoir dressé un état de lieux complet et lucide des tendances migratoires actuelles, de l’application des différents protocoles et autres instruments portant sur la libre circulation des personnes et des biens en Afrique, sur l’intégration régionale, le comité a identifié des points indispensables pour changer la littérature et le discours actuels sur les migrations.Il appelle ainsi à une meilleure intégration dans la gouvernance nationale sur la migration des autorités locales et municipales dont les capacités en cette matière devraient être renforcées.Les experts défendent par ailleurs la libre circulation totale des personnes et des biens sur le continent à travers la suppression des visas pour les ressortissants africains.

 

A cet égard, ils ont souhaité que la tendance à la suppression des visas amorcée avec les exemples du Ghana, du Rwanda, du Sénégal se poursuive et soit soutenue par l’Union africaine.Selon le comité technique, le changement de regard sur la migration afin qu’elle soit perçue comme une chance passe également par une collecte des données systématique, efficace et régulièrement actualisée.Un tel travail de collecte de données apporterait une meilleure connaissance de la migration africaine et permettrait de mieux battre en brèche certaines idées reçues. Enfin, les experts exhortent l’Afrique à parler d’une seule voix sur les migrations afin qu’elle soit mieux entendue et mieux respectée par les autres régions du monde. L’ensemble des résultats auxquels est parvenu le comité technique sera transmis au Panel de haut niveau sur les migrations qui se réunira du 16 au 17 octobre prochain à Addis-Abeba, en Ethiopie.Les délibérations du Panel seront ensuite examinées en décembre prochain à Marrakech, au Maroc, avant d’être soumises en janvier 2019 à la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine.Composé de 16 personnalités éminentes, parmi lesquelles le président de la Banque Akinwumi Adesina et le Secrétaire exécutif de la CEA Vera Songwe, le Panel de haut niveau sur les migrations a été créé en janvier 2017.Le Panel a, entre autres, pour mission de plaider le regard africain sur les migrations et de soutenir les processus mondial et continental en cours, notamment le Pacte international sur la migration et le Protocole sur la libre circulation des personnes.

Eric Mocnga Topona correspondant spécial à Bonn en Allemagne

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