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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

 

L’année 2018 est l’année internationale des récifs coralliens, l’occasion de rappeler la fragilité de ce véritable « poumons marin » de la planète sans lequel  les écosystèmes et les sociétés courent un grave danger. Selon les scientifiques il ne reste que 33 ans avant la destruction totale de cet écosystème. Peut-on sauver les coraux ? La période estivale rimera avec observation récifale pour certains vacanciers. Ils font bien de s’y hâter car si les passionnés constatent amèrement le déclin des récifs coralliens, l’opinion publique s’imagine encore de grandes étendues rocailleuses et colorées. En réalité le corail blanchit, de plus en plus rapidement, du fait de la hausse de la température des eaux et de son acidification. Ces deux derniers phénomènes provoquent un stress thermique qui rompt la symbiose entre l’algue qui procure la couleur au corail (zooxanthelles) et le corail lui-même. Or, non seulement les coraux perdent leur couleur en rejetant les micro-algues mais ils meurent également peu à peu de faim puisque ces algues leur apportent près de 90% de leur alimentation.

De quoi s’agit-il exactement ? Les coraux ressemblent à des roches couvertes de mousses de loin mais si l’on regarde de plus près on distingue des milliers de fleurs minuscules. Chacune d’elles est en fait un animal : un polype de corail. On pourrait croire qu’il s’agit simplement d’un estomac entouré de tentacules, mais chaque polype est relié à son voisin et forme un ensemble vivant complexe. Le polype secrète en fait du carbonate de calcium, plus clairement de la roche qui les relie entre eux, de plus leurs tentacules urticants leur permettent d’attraper leurs proies. La relation symbiotique  qui règne entre la plante aquatique qui les colore (zooxanthelles) et les polypes permet d’attirer les proies, la présence de ces algues dans les cellules des coraux assure à ces derniers 90% de leur nourriture. Cela explique pourquoi le corail qui a blanchit, même s’il n’est pas encore mort, à peu de chance de se revigorer et se dirige vers une mort quasi certaine.

Le réchauffement climatique aura-t-il raison de la grande barrière de corail australienne? La célèbre étude de la revue Nature, publié cet avril dernier, a déjà sonné l’alarme en ce qui concerne les récifs australiens. La grande barrière australienne s’étend sur  348 000 kilomètres carrées qui disparaissent d’année en année le long de la côte est de l’Australie, elle fut classée patrimoine mondial de l’Unesco en 1981. Ils ont beau ne couvrir que 0,2% de la surface des océans, ils abritent pourtant 30% des espèces animales et végétales marines. Les scientifiques avaient déjà constaté la perte de 30% de l’ensemble depuis la vague de chaleur en 2016 qui a profondément modifié ce célèbre récif. Ces changements se traduisent particulièrement par la variété des espèces : des communautés entières disparaissent. La hausse globale de la température n’est pourtant « que » d’un degré, cela peut paraître peu mais à l’échelle planétaire tous les écosystèmes sont affectés. On note quatre épisodes de blanchissement, les deux derniers n’étant espacés que d’une année seulement (1998, 2002, 2016, 2017). Selon Terry Hugues, Directeur du Centre d’excellence pour les études sur les récifs coralliens (James Cook University), « si nous continuons avec nos émissions comme si de rien n’était, je ne crois pas que la barrière survivra », il estime néanmoins que « elle n’est pas condamnée si nous réagissons très rapidement à l’émission de gaz à effet de serre »

L’incroyable résistance des coraux du golfe d’Aqaba pourrait-il nous aider à comprendre le fonctionnement des coraux ? Tandis que la Grande barrière australienne se décime peu à peu, les coraux du golfe d’Aqaba font quant à eux preuve d’une étrange vigueur. Ce récif abrite une biodiversité exceptionnelle et ce grâce à la présence des coraux résistants aux hausses de température. Mais alors d’où leur vient cette mystérieuse ténacité ? Selon les scientifiques, la clé du mystère se logerait au sein même de leur patrimoine génétique. En effet, ces coraux auraient déjà baigné auparavant dans des eaux plus chaudes et en auraient conservé génétiquement la mémoire. On pourrait imaginer transporter ces coraux ultra-résistants afin de repeupler d’autres récifs mais cela reste peu probable selon les experts. Il existe également des coraux ayant survécu au déversement d’eaux toxiques dans leurs milieux.

Quels problèmes se posent lors de la création d’une nouvelle espèce ? Les chercheurs simulent les conditions climatiques futures des océans afin de mieux comprendre les épisodes de blanchissement. Ainsi, ils cultivent des coraux résistants à la chaleur, mais il y a des risques. L’intervention de l’homme pourrait aggraver les choses en implantant une véritable espèce invasive. A Hawaï,  Ruth Geith étudie les coraux depuis plus de 25 ans et s’adonne à la création de « super coraux ».Tout comme Madeleine Van Oppen  qui créé des nouvelles espèces en croisant les espèces les plus résistantes de coraux. Mais la majorité des coraux ne se reproduisent qu’une fois par an, c’est le seul moment où les scientifiques peuvent les récolter afin de mener à bien leur projet. La plupart des espèces sont hermaphrodites et les polypes n’ont pas de symbiote à leur naissance. Les scientifiques émettent donc l’hypothèse de proposer des algues thermorésistantes développées en laboratoire en espérant que les polypes nouveau-nés les accepte.  L’évolution assistée présente des risques mais Ruth Geith nous alarme « si nous ne faisons rien, il n’y aura plus aucun récif que l’évolution assistée pourra détériorer » elle se dit disposée à échouer mais pas à ne rien tenter. Auparavant, les interventions humaines se sont déjà révélées catastrophiques (comme le crapaud buffle en Australie). L’enjeu est donc de créer une nouvelle espèce et de réussir à l’implanter sans mettre en danger le biotope. Les coraux sont des espèces fondatrices, si le corail meurt le récif s’éteint avec lui. Le blanchiment des coraux est la première étape de la mort d’un récif. Nous pouvons réagir mais le temps presse, l’extinction est prévu pour 2050. Combien faut-il de temps à un récif pour se remettre d’un épisode de blanchiment ? Il faut aussi peu de temps à des coraux pour blanchir qu’il ne leur en faut pour s’en remettre mais le phénomène de guérison est encore très mal compris. Les chercheurs exposent les coraux à des stress périodiques afin de développer chez eux la même mémoire génétique que les espèces décrites précédemment.

Et les hommes ? Les récifs protègent les littoraux des vagues provoquées par les tempêtes. Mais pas seulement ! Des milliers de personnes en dépendent à l’heure actuelle, leurs subsistances reposant essentiellement sur la dynamique encouragée par la présence des récifs. La dégradation des récifs implique donc un problème de sécurité alimentaire, la mise en danger des modes de vies traditionnels liées à la pêche mais aussi une forte diminution des revenus de ces communautés.

 

Anaïs Maillot, journaliste stagiaire

Encadré : sources intéressantes du même sujet

Pour en savoir plus sur les travaux de Madeleine Van Oppen et Ruth Geith :

https://www.arte.tv/fr/videos/080498-000-A/peut-on-sauver-le-corail/

https://www.lesinrocks.com/2018/04/19/actualite/le-rechauffement-climatique-des-effets-catastrophiques

sur-la-grande-barriere-de-corail-australienne-111073780/

https://www.coralguardian.org/les-coraux-menaces/

https://www.coralguardian.org/

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/04/19/les-coraux-menaces-d-extinction-autour-de-2050_5287844_4355770.html

https://www.arte.tv/fr/videos/080498-000-A/peut-on-sauver-le-corail/

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/2018-annee-internationale-des-recifs-coralliens_120120

 

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