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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Sous forme d’une contribution citoyenne indépendante, ce long texte signé de monsieur Youssouf Adoum Souleyman est normalement assez abordable et surtout compréhensible. Puisque au commencement déjà il eut titré son texte : «Résoudre les questions préjudicielles de la crise actuelle». Ensuite le même commentateur eut ajouté comme un signe prémonitoire : «Entre le gouvernement et ses partenaires sociaux, un climat de défiance s'est installé et si les bonnes volontés ne s'investissent pas suffisamment, ce duel finira comme celui des gladiateurs romains, par la mort de l'Etat tchadien». Aussi, très rapidement disons que ce sujet qui touche aux négociations syndicales ou qui met face à face les Syndicats et Etat tchadien est bien connu des Tchadiens qu’on n’a point besoin d'épuiser de longues heures pour comprendre les tenants et les aboutissants. Mais comme on le dit souvent que l’abondance des biens ne nuit pas, il est toujours enrichissant de lire le point de vue des autres. Ainsi, l'auteur nous gratifie d'une profonde réflexion dans le premier paragraphe de son analyse : «Entre le Gouvernement et ses partenaires sociaux, un climat de défiance s'est installé et si les bonnes volontés ne s'investissent pas suffisamment, ce duel finira comme celui des gladiateurs romains, par la mort de l'Etat tchadien. C'est à dire par une situation pire que celle de départ de la crise...En effet, dans les déclarations publiques, l'on perçoit plus de l'agacement et l'envie de régler de vieux comptes tchado-tchadiens que la crise elle-même. Des questions préjudicielles reviennent constamment : la crise doit-elle être perçue comme une guerre entre riches et pauvres ? Peut-on considérer les droits acquis salariaux du temps de la manne pétrolière comme intangibles dans un contexte économique et financier totalement différent? L’obsession des 30 Milliards de Fcfa d'économie sur la masse salariale, de quelle masse salariale parle-t-on? La récupération de l'argent détourné, utopie ou myopie? La dette Glencore en question ? La validation d'un vrai accord de sortie de crise, par qui? Voilà les principaux aspects du sujet qui rendent touffue son examen méthodique! Nous allons les surfer un à un. Qui est riche et qui est pauvre ? Comment la fonction publique peut-elle être qualifiée de creuset des pauvres qui lutteraient ou résisteraient à des riches oppresseurs ?»

C’est la suite du premier paragraphe, mais toujours avec la même profondeur tant dans le fond que dans la forme, puisque le signataire du texte décortique les raisons  du malaise qui s'est installé dans la Fonction publique tchadienne, sans perdre de vue les mauvaises pratiques  et la répartition inéquitable de la manne pétrolière. C’est plutôt intéressant de découvrir rapidement le second paragraphe :«Cet argument devenu syndical tient-il pour justifier l'aversion quasi épidermique de certains leaders syndicaux envers les gouvernants? Il est vrai qu'une génération de fonctionnaires se sent frustrée de n'avoir pas profité de la manne pétrolière alors que des «arrivistes» en auraient largement bénéficié sans efforts? En réalité, les syndicats du secteur public n’avaient pas idée des bouleversements qu’allait apporter l’économie pétrolière, pour bien négocier leurs parts et se sont retrouvés relégués à une catégorie en dessous de la classe moyenne qu’ils représentent (syndrome hollandais ou nigérian). Cependant, en dehors des fonctionnaires frustrés, une nouvelle génération de cadres a quand même largement profité de la manne pétrolière dans le secteur privé pro-pétrolier : pour ceux-là, jusqu'ici, il n'y a pas la même appréciation de la crise sociale sinon par ricochet. Si l'on simplifie la situation à une opposition riches-pauvres, on crée là un préjugé dangereux dans ses effets ! Par contre, il semble qu'une catégorie de « bourgeois » cristallise la hargne des milieux syndicaux qui les désignent comme seuls coupables de la crise et qui devraient payer la facture des réformes. Seulement, en dehors de l'effet sensationnel et populiste de cet argument, les promoteurs de cette opinion n'ont pas encore présenté un plan cohérent et documenté de mise en œuvre, en ressortant tous les aspects juridiques, contentieux et opérationnels, ainsi que le listing précis de la cible incriminée, pour que cela soit pris en compte dans des négociations sérieuses. On aurait aimé savoir comment et dans quels délais la fameuse « chasse aux riches »  pourrait régler la crise financière ? »

Dans le troisième paragraphe, on constate aussitôt que ce texte qui circule sur les réseaux sociaux depuis le mardi 20 juin 2018 comporte des exemples d’autres pays pour plus de crédibilité. En effet, l'auteur indique que les fonctionnaires d'autres pays vivent mieux grâce aux autres avantages hors salaires, à savoir les crédits à l'équipement et au foncier, à faible taux d’intérêts et longue période de remboursement. A-t-il raison ou tort ? Difficile de répondre pour l’instant, il faudrait  d'abord se contenter de le lire avant de forger sa propre opinion sur une question tout aussi complexe : « Sur les droits acquis salariaux, il va falloir éclairer l'opinion sur une confusion de fond, à moins que ça n’en soit pas une : est-ce ce sont les principes retenus par les statuts particuliers qui sont des droits acquis ou plutôt les aspects financiers d'application des statuts particuliers ? Si ce sont les statuts qui sont des acquis de droit, les augmentations financières sont plutôt liées au contexte économique et social du moment, donc renégociables ! Si l’on lie les deux, dès lors qu’on est dans la situation où les effets financiers ne peuvent être honorés, ce sont les statuts particuliers en totalité qui tombent à l’eau ! Quelle est l’interprétation officielle des syndicats ayant signé des protocoles avec le Gouvernement ? Tant qu'on ne lève pas ces équivoques, il y aura beaucoup de casses inutiles pour peu ou pas d'issues favorables car la vache à lait de l’Etat est trop maigre pour longtemps encore ! A l’instar du débat sur la bourse des étudiants, droit ou conjoncture ? Le problème est que depuis toujours la revendication syndicale s'est focalisée sur l’augmentation des salaires, alors qu'avec le type de commerce clanique que nous avons, les effets de toute augmentation des salaires sont immédiatement annulés par la pratique de surenchère des commerçants. Dans les autres pays, les fonctionnaires vivent mieux grâce aux autres avantages hors salaires, à savoir les crédits à l'équipement et au foncier, à faible taux d’intérêts et longue période de remboursements.N'ayant jamais revendiqué sérieusement ces autres avantages échappant à la spéculation des commerçants, la majorité des fonctionnaires arrivent aujourd'hui au constat d'une paupérisation croissante et des carrières décevantes ! Ce qui expliquerait ce pseudo frustration envers les « bourgeois ». C’était ce qu’il aurait fallu négocier au début de la manne pétrolière et qui aurait permis à beaucoup de fonctionnaires d’avoir un niveau de vie meilleur ne dépendant pas de leurs salaires présents ! Trop tard ? La masse salariale sur laquelle est exigée une économie de 30 Milliards de Fcfa : avec les aveux d'un leader de la majorité sur une radio privée de la place, on peut comprendre aisément pourquoi le pays est paralysé par ce problème sensible ! En effet, quand la manne pétrolière était arrivée, l'on a évacué aux va-vite deux gros problèmes récurrents de la vie publique tchadienne: d’une part, les revendications des travailleurs grévistes et la surenchère des mécontentements politico-militaires de l'autre. Et le moyen facile qui arrangeait tout le monde, c'est de salarier tout le monde, au grand dam des règles fondant le fonctionnement des services publics. Que vous bossez dur ou non, à la soupe ! Tous les secteurs de l'administration et des forces armées ont été ouverts pour le prix de la paix et pour les surenchères politiques, y compris la Caisse des retraites ».

«Tout accord pertinent même boiteux devrait passer absolument par la loi de finances. Le moratoire de deux ans de remboursement de la dette Glencore n’arrange pas grand-chose et n’est pas un argument pour aucune des parties en présence, car il s’agit de près de 700 Milliards de FCFA qui hypothèquent les efforts du Tchad vers l’émergence ». C’est la phrase phare de son quatrième paragraphe et on peut même dire qu’elle pourrait être l'essence même de l'ensemble de son texte. En effet monsieur Youssouf Adoum Souleyman sait parfaitement en tant que Tchadien, la mauvaise répercussion de la dette de Glencore sur l'économie du pays  : « Aujourd’hui, la question préjudicielle est: en apurant la fonction publique des non-éligibles (ralliés, agités, parents, partisans), que fait-on d'eux et des milliers qui bouffent avec eux ? Et les fictifs et les non-décédés officiellement, spécialité d’agents corrompus, qui rembourse ? Les faux retraités, etc.? Donc, tous s'accordent finalement qu'il y aurait moins de fonctionnaires actifs que la masse salariale actuelle ? Combien en réalité et comment cela a-t-il pu fonctionner des années jusqu’à ce que la crise tarisse le lait avant qu’on en reparle ? Cependant, ce sont ces fonctionnaires résiduels, les vrais qui travaillent, qui paient pour les intrus, les non-morts, les fictifs et les faux retraités !L'épuration du fichier solde devrait permettre le recrutement d’une partie des jeunes diplômés en attente (52.000 ?), une restructuration et un redéploiement équitable des services publics de base à travers le territoire national : pendant combien de temps encore les jeunes devront-ils attendre cette perspective faisable, si les intrus, les fictifs et les non-décédés officiellement ne leur cédaient enfin la place ?Le pays ferait alors un pas positif dans la restauration de la bonne gouvernance administrative et socio-économique ? Les relents de cette crise dépassent le cadre syndical et de la tripartite si l’on doit aller jusqu’au bout de la réforme : récupérer l'argent détourné pour éponger la crise ? Facile à dire ! De qui s’agit-il ? Qui sont les plaignants officiels ? Par quelles procédures déclarées ? Qui produira les preuves? À partir de quelle année de référence ? Devant quel tribunal ou quelle instance reconnue compétente ? Et pour quand les premiers résultats? Pour inscrire en recettes dans la loi de finances de quelle année? On attend tous des réponses concrètes car nous sommes tous concernés! Tout accord pertinent même boiteux devrait passer absolument par la loi de finances. Le moratoire de deux ans de remboursement de la dette Glencore n’arrange pas grand-chose et n’est pas un argument pour aucune des parties en présence, car il s’agit de près de 700 Milliards de Fcfa qui hypothèquent les efforts du Tchad vers l’émergence.Et Glencore ne relâchera pas la pression sauf abandon de la créance. Ce n’est pas le seul service de la dette qui pèse sur le Tchad actuellement ! Ce volet du fardeau de la dette publique du pays dont on parle peu, est une épée fatale pour nous tous, quoiqu’on dise du passé ! Comment le pays réussirait-il à desserrer l’étau de la dette en même temps qu’il s’enfonce avec la paralysie actuelle ? On aurait aimé entendre nos économistes chercheurs en grève de l’Université nationale, sur la question…Franchement, nous ne sommes pas surpris de la profondeur et de la complexité de la crise tchadienne qui est avant tout sociétale, à force de cafouillages historiques et de compromis boiteux. Seulement, est-il possible et justifié de maintenir des pratiques et des acquis immoraux pour préserver la « paix ? »

En conclusion, l’auteur termine avec des suggestions  et aussi en considérant que les grèves, manifs et répressions ne vont rien apporter comme solution ! Dans quelle mesure la représentation nationale, le Cadre de dialogue politique, les syndicats et la jeunesse pourraient-ils intervenir efficacement et urgemment pour régler ces questions préjudicielles à temps? Vu leur ampleur et la gravité, seuls plusieurs niveaux de dialogues inclusifs déclenchés simultanément, pourraient d'abord mettre fin à la confusion générale et à la tension sociale dans un premier temps, ensuite amorcer une vraie sortie de crise par des propositions concrètes pour éviter les casses pour notre cher pays : « Même si l'on restaure les salaires à leurs niveaux du boom pétrolier, l'Etat a-t-il la capacité et les moyens d'ignorer la réalité économique internationale actuelle? A quoi servent finalement les recettes publiques (salaires? fonctionnement des services publiques? Investissements? Service de la dette? Anticipation des chocs?) Il va falloir s'entendre là-dessus à un niveau qui dépasse le cadre de la tripartite actuelle. Chacun défendant bec et ongles ses intérêts dans un navire en danger! La maîtrise de la masse salariale et des effectifs réels de la fonction publique va-t-elle inciter certains à reprendre le chemin de la rébellion à cause de leurs intérêts incultes? Grèves, manifs et répressions ne vont rien apporter comme solution ! Dans quelle mesure la représentation nationale, le Cadre de dialogue politique, les syndicats et la jeunesse pourraient-ils intervenir efficacement et urgemment pour régler ces questions préjudicielles à temps? Vu leur ampleur et la gravité, seuls plusieurs niveaux de dialogues inclusifs déclenchés simultanément, pourraient d'abord mettre fin à la confusion générale et à la tension sociale dans un premier temps, ensuite amorcer une vraie sortie de crise par des propositions concrètes pour éviter les casses pour notre cher pays! Une solution provisoire consisterait à faire baisser fermement tous les prix des biens vitaux de consommation, des frais scolaires et médicaux y compris dans les structures privées, pour ramener de force le coût de la vie au niveau actuel des salaires payés ? Mais les questions préjudicielles persisteront jusqu’à un sursaut national souhaité et attendu dans les meilleurs délais ! Mieux un mauvais arrangement entre les parties qu’un bon procès utopique et inopérant ? Pour notre part, nous avions partagé nos analyses et les avertissements sur toutes ces questions sur le Net depuis les années 2000, dans l'indifférence, la raillerie et les injures. Nous y voilà aujourd'hui encore, comme les autres travailleurs ! Et nous restons, malgré tout, optimistes sur l'avenir du Tchad, grâce à la crise entre autres, qui était un mal nécessaire ».

Ahmat Zéïdane Bichara

 

 

 

 

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