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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Au lendemain de la nomination du premier gouvernement de la 4e République, les nouveaux ministres ont prêté serment jeudi 10 avril selon les dispositions de la nouvelle constitution contenues dans son article 105 « avant leur entrée en fonction, les membres du gouvernement prêtent serment devant le président de la République, suivant la formule confessionnelle consacrée par la loi. Sur le Coran pour les musulmans, la Bible pour les chrétiens et le rite ancestral pour celui qui n’appartient à aucune religion révélée». La cérémonie de serment des 29 membres du gouvernent qui devrait être l’un des moments ultimes après la promulgation de la nouvelle Loi suprême du pays marquant l’instauration de la 4e République menée au pas de charge, a été émaillée par un incident symboliquement important et révélateur de la manière de préserver l’unité au plus haut sommet de l’Etat. Pour avoir refusé de prêter serment sur la Bible sûrement par conviction religieuse, la ministre de l’aviation civile, du transport et de la météorologie nationale a été congédiée et remplacée séance tenante par un proche du chef de l’Etat, le Général  Mahamat Tahir Rozi. Etait-il nécessaire de se livrer à un tel spectacle alors même qu’on prône un nouveau départ ? A quoi a servi la rencontre avec les leaders religieux censée régler cette question de serment ? Pourquoi n’avoir pas choisi de prêter serment sur le Code civil tchadien applicable à tous ? Comment en est-on arrivé là ?

Cet incident d’apparence insignifiant trouble la société, suscite des réactions controversées et pose également de questions de fond en rapport avec la laïcité. Le Forum national inclusif est en partie responsable d’avoir voulu combattre la corruption et les détournements des deniers publics par une simple assermentation. La réalité, c’est que les nominations n’obéissent à aucun critère de compétences ni de probité morale. Aucune sanction n’est prise à l’encontre des criminels économiques. Alors prêter serment sur le Coran, la Bible ou rite ancestral ne mettra pas à l’abri le pays des voleurs de la république tant que ceux et celles qui disposent du pouvoir de nomination continueront à faire preuve de légèreté, de l’absence de responsabilité et d'une conscience élevée dans les affaires de l'Etat . Si certains internautes saluent voire félicitent la ministre limogée pour son attachement à sa foi, pour d’autres l’affaire Djibergui est un non événement, estimant qu’elle savait pertinemment le duel cornélien auquel elle devrait s’y confronté, c’est-à-dire prêter serment sur la Bible. Il lui était loisible de décliner simplement la proposition pour éviter de se soumettre à ce rituel contraire à ses convictions religieuses. D'autres sont allés plus loin pour l’accuser d’avoir déjà collaboré à maintes reprises avec ce régime, ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va invoquer sa morale religieuse.

Mais il y a également des Tchadiens qui ne comprennent pas trop le refus de la ministre de prêter serment sur la Bible alors qu’ailleurs comme aux Etats-Unis ou l’Afrique du Sud, les présidents de confession chrétienne le font sans que cela n’ait posé aucun problème. Aux Etats-Unis, «en réalité, il n’est pas obligatoire de jurer sur la Bible, vous pouvez jurer sur n’importe quoi», a lancé le présentateur de la chaîne télévisée CNN, Jake Tapper à l’endroit de son invité Ted Crockett, porte-parole du conservateur républicain Roy Moore lors d'une émission le 12 décembre 2017. C’est une tradition fidèlement ancrée dans le processus d’investiture d’un président américain mais elle n’est en rien une obligation. Pays laïc dès 1791, la constitution américaine garantit la séparation de l’Etat et la religion  et a codifié le fait que «le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion ou à l’interdiction de son libre exercice». Seuls deux présidents, John Quincy Adam en 1825 et Théodore Rooselt en 1901 ont préféré jurer sur le code civil américain lors de leurs investitures, alors que tous les autres ont prêté serment surla Bible à commencer par Georges Washington en 1789. Le fondement biblique au sujet de l’assermentation se trouve dans l’évangile de Jean au chapitre 5 verset 12 :«Avant toutes choses, mes frères, ne jurez ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment. Mais que votre oui soit oui et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement». Jésus confirme bien la même prise de position dans Matthieu chapitre 5 au verset 34 jusqu’à 37 : «Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu, ni par la terre, parce que c’est son marchepied ; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin».

Moussa T.Yowanga

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