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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Monsieur Saleh Kebzabo est-il toujours vu par ses électeurs, ses militants ou disons-le simplement par les Tchadiens comme le futur président du Tchad ou porterait-il  désormais la casquette du traître à leurs yeux, malgré qu’il ait tenté de se justifier par le biais d’une conférence de presse qu’il a donné le vendredi 25 mai 2018, apparemment dans les locaux de sa résidence située dans un quartier de N’Djaména la capitale ? Réussira-t-il à convaincre assez d’électeurs tchadiens aux prochaines élections législatives qui se préparent timidement par le président de la 4ème République du Tchad ? Bien que le Tchad ne dispose pas encore des Instituts de sondage pour établir un pronostic crédible ou pour évaluer l'impact  de sa déclaration de ce vendredi 25 mai, sur l'opinion publique, on peut tout de même prétendre dire que le chef de file de l’opposition tchadienne et président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (lUNDR) aura du mal à convaincre ceux qui lui ont retiré leur confiance suite à une récente rencontre en tête-à-tête avec son potentiel adversaire et juré frère-ennemi Idriss Deby Itno comme l'indique monsieur Moudinet Passoret qui n’a plus peur de dire ouvertement :«Opération justification réussie. Maintenant on attend quel poste Deby t’a donné. En tout cas, ne compte plus sur moi pour le prochain vote. Traitre un jour, traître toujours! » Et Dabi Gniberka Tegourbe répond à Moudinet Passoret : « Sa traîtrise ne date pas d'aujourd'hui ». Al Karar Al Karar a réagi dans le même sens que les premiers Tchadiens qui probablement ne voteraient plus Kebzabo : « Kebzabo a toujours trahi ses compagnons donc ce n’est pas étonnant ». Il y a  monsieur Nathon Kanbourbé qui est allé à l’extrême en le qualifiant de Saint : «Je le nomme Saint Kebzabo ». Et Sy Koumbo apparemment très déçue par la piètre prestation de la classe politique, exprime telle une personne résignée un véritable aveu d'impuissance  : «Pauvre Tchad !».

Et c’est là où il est intéressant de décrypter point par point ce que Saleh Kebzabo en tant que chef de file de l’opposition démocratique tchadienne et président de l’UNDR a avancé comme arguments lors de cette conférence de presse qu’il a tenu à N’Djaména : « Au fait, que me reproche-t-on ? J’ai rencontré brièvement le président Déby à Léré le 27 mars 2012, et la dernière fois que je l’ai vu en groupe, c’était le jour où il a reçu les personnalités pour annoncer l’envoi des troupes au Mali. La rencontre entre le Chef de l’Etat et le Chef de l’Opposition est dans les normes. C’est l’absence de rencontre qui devrait plutôt préoccuper. Depuis six ans, j’ai soigneusement évité toute opportunité de le rencontrer, car il y a un contentieux entre nous : le statut de l’opposition qu’il refuse de respecter. Après six ans de bouderie, j’ai décidé de briser la glace pour demander cette audience. Pourquoi ? J’ai simplement estimé, en accord avec mes camarades, que cette posture était antirépublicaine et contre-productive, en regard des évènements passés, en cours et à venir. Voilà pour le contexte. Une rencontre entre le Président de la République et le Chef de l’Opposition est prescrite par la loi 20/2009 portant Statut de l’opposition, notamment en son article 10 : « L’opposition politique est consultée par le Président de la République ou le Premier Ministre, chaque fois que de besoin, sur les questions d’intérêt national ou de politique étrangère. Ces consultations peuvent avoir lieu à l’initiative des autorités concernées ou à la demande de l’Opposition politique ». Voilà qui est clair et limpide. Est-ce la durée de la rencontre qui a fait tant jaser ? ».

Contrairement à ceux qui considèrent Kebzabo de traître, d’autres Tchadiens eurent décidé de le soutenir quelques heures après sa déclaration à la presse tchadienne et internationale. Monsieur Oumar Tahir Attaïb pense que la rencontre que le leader de l’opposition a eu avec le président Idriss Deby Itno : « C'était un acte louable du moment où la loi le permet bien et en vertu des résultats que cela pourrait apporter. C'est d'ailleurs le sens même de la politique. L'indifférence ne paye pas et à fortiori cela a laissé beaucoup de ratés passer lors de la Conférence Nationale Inclusive. Aussi, en politique, il n' y a pas d'amis ni d'ennemis permanents, il n' y a que des intérêts permanents ».Il est secondé par monsieur Mahamat Djibrine Assali qui estime pour sa part : « Certes c’est un acte louable en politique mais pour celui qui depuis 2016 ne cesse de clamer avoir gagné les élections et que son adversaire a fait un holdup électoral, ceci est une erreur monumentale qui risquerait de lui faire perdre beaucoup des électeurs aux prochaines échéances .Il est inadmissible en politique de considérer un gouvernement d’être illégitime et ensuite aller demander une audience avec ce même gouvernement .C’est en quelque sorte reconnaître la légitimité de ce gouvernement » .

Et ça ne s’arrête pas ici. Monsieur Saleh Kebzabo en ancien bon journaliste apporte d’autres explications : « Mesdames et messieurs les journalistes, chers amis, je vous remercie très sincèrement d’avoir répondu à mon invitation de prendre part à cette conférence de presse tant attendue par notre opinion. Le Tchad, ce grand malade africain, est un pays qui tient debout par la seule grâce de Dieu Le Tout Puissant. Cette année, il s’y est déroulé une série d’évènements que nous a imposés le pouvoir-MPS dans sa course solitaire de gestion du pays. Le débat sur le dialogue inclusif reste plus que jamais d’actualité, car il ne faut pas se fier aux apparences qui ne sont que de faux-fuyants pour penser que cela suffit pour changer les réalités de notre pays. Nous allons poursuivre la pression sur le pouvoir afin d’y arriver, car nous continuons de penser que le dialogue inclusif demeure la seule solution. Nous avons, avec l’opposition véritable, décidé de boycotter le Forum dit inclusif si cher à Déby, et nous avons eu raison. Les Députés de l’opposition ont boycotté les travaux de l’Assemblée Nationale qui ont abouti à l’adoption de la Constitution, ils ont eu raison. L’opposition a décrié cette Constitution adoptée par une Assemblée illégitime, elle a eu raison. La Constitution dite de la 4ème République devait être soumise à un référendum pour être légitime, et ceux qui la rejettent ont raison. Cette Constitution, taillée sur mesure aux mensurations de Déby donne trop de pouvoirs à un homme, et ceux qui le disent ont raison. Ce faisant, nous avons raison de dénoncer un pouvoir de plus en plus personnel et omnipotent, car le Tchad souffre de problèmes qui ne sont pas résolus et ne le seront pas de sitôt, tant que la bonne gouvernance ne sera pas à l’ordre du jour ».

Monsieur Kebzabo n’a épargné personne lors de cette conférence de presse qu’il eut donné le vendredi 25 mai. Il s’est adressé à ses militants en ce terme pour les rassurer en sachant que c’est une opération assez délicate: « Chers camarades, L’UNDR est un grand parti qui suscite beaucoup de convoitise et de jalousie, y compris, surtout dirai-je, dans les rangs de l’opposition. Chacun de nos actes est passé au cible pour être au final condamné, souvent de façon injuste et lâche ! Nous sommes et nous resterons toujours dans l’opposition au système actuel, et nous serons vigilants pour agir dans le sens de nos intérêts qui sont ceux de notre pays. C’est pour cela qu’après une analyse lucide, nous avons décidé de nous impliquer entièrement dans le processus électoral qui vient d’être déclenché. Chaque parti politique est responsable de ses choix et doit les assumer. L’UNDR a fait les siens, les assume et ira en toute responsabilité aux futures échéances électorales, dans l’unité avec les partis qui auront fait le même choix que lui. Nous serons désormais intraitables et personne n’a de leçon à nous donner. Si l’on regarde le chemin parcouru depuis la création du Parti, nous nous sommes beaucoup investis dans l’opposition pour, chaque fois, être payés en monnaie de singe. Cette époque est maintenant révolue à jamais ! Permettez-moi, à ce niveau de mon propos, d’aborder la question qui anime les conversations, les journaux, les radios et les télévisions, sans oublier bien entendu les réseaux sociaux : la rencontre Déby/Kebzabo du 16 mai 2018 qui a duré 2h30mn d’horloge. On dirait que le ciel est tombé sur le Tchad. Je m’adresserai d’abord aux militants et aux sympathisants pour leur dire qu’ils doivent en être fiers car nous sommes à la une de tous les médias. C’est parce que nous pesons dans le paysage politique que nous ne pouvons pas passer incognito. Nous devons être fiers de mener nos activités dans la transparence, au vu et au su de tout le monde ! Nous entrons à la Présidence après une demande écrite en bonne et due forme, par le grand portail et en plein jour, et nous faisons une déclaration publique à la sortie. D’autres y vont par derrière, par le fleuve, enturbannés pour ne pas être reconnus, de préférence la nuit dans une voiture banalisée ».

Il ajoute d’autres éléments pour prouver à ses militants et aux Tchadiens le bien-fondé de la rencontre politique et de travail qu’il a eu avec le chef de l’Etat tchadien Idriss Deby Itno. Il veut prouver à l’opinion nationale et internationale que cela lui a permis d’aborder avec le patron de la 4ème République née à l’issue du Forum National Inclusif pourtant boycotté par les dirigeants de l’UNDR : « La vie de nos compatriotes au quotidien est un véritable désastre. Les soins de santé manquent, l’école tchadienne a été assassinée, la cohabitation entre les communautés est de plus en plus problématique, les injustices sont croissantes, l’impunité a été consacrée par le Forum et les «voleurs de la République» amnistiés se réorganisent pour tordre définitivement le cou à la République. Les promesses à répétition non tenues engendrent le mécontentement des travailleurs qui se sentent, encore une fois, floués. Le gouvernement apprendra bientôt à ses dépens que l’on ne peut pas gouverner perpétuellement par le mensonge. Les grèves, malheureusement, sont inévitables, et j’apporte ici un soutien indéfectible aux syndicats dans leur lutte héroïque pour défendre leurs droits. Le président Déby qui excelle dans l’art de vendre des gadgets vient d’en découvrir un qu’il offre aux syndicats : travailler plus pour gagner moins ! Pouvons-nous oublier le triste spectacle de la prestation de serment des membres du Gouvernement ? J’en ai retenu deux choses : la violation du sacro-saint principe de la laïcité qui est le ciment de notre unité nationale d’une part, et la totale soumission de la Cour Suprême au Chef de l’Etat d’autre part. La manière de gouverner le pays dans la précipitation et la brutalité a atteint ses limites. Je peux citer deux exemples récents : pour plaire aux chefs de canton, on a démantelé le corps des CB (commandants de brigade de gendarmerie) sans préavis ni étude préalable, semant ainsi les germes d’insécurité ; le déguerpissement du vieux marché à mil de N’Djaména a été fait dans la brutalité, alors que l’on pouvait en informer les occupants et prendre leur avis. Il en est de même des futures élections arrêtées sans aucune concertation avec les acteurs politiques. Est-il raisonnable de galoper vers les élections dans la précipitation alors que l’administration territoriale qui vient d’être chamboulée aurait besoin d’être rodée pour mieux assister l’administration électorale ? C’est dans ce contexte pour le moins délétère que nous avons galopé pour mettre sur pied un Cadre national de dialogue politique au forceps ».

Et Kebzabo a aussi abordé avec les journalistes tchadiens et internationaux très important au même titre que les questions de survie des Tchadiens. Voici ce qu’il a dit : « La question cruciale posée à l’opposition est celle de savoir si elle participera ou pas aux futures échéances électorales. Pour les dogmatiques, le rejet du Forum emporte ipso facto le rejet de toutes ses conclusions. Telle n’est pas notre approche, car c’est un piège du pouvoir qu’il faut éviter. Ce sont les mêmes qui veulent nous enfermer dans un nihilisme négationniste par leurs analyses erronées. Pour eux, en effet, il faut camper sur les positions de 2016, pour continuer de dénoncer le coup d’état électoral, entretenir une ambiance de crispation continuelle de crise postélectorale sans issue, et sans avoir les moyens d’un affrontement conséquent. Oui, en 2016, nous avons connu un contentieux électoral que nous n’avons pas pu, ou su ou voulu transformer en crise électorale. Nos revendications n’ont pour n’autant pas changer sur le verdict. Mais nous devons rester lucides et coller aux réalités. Nous refusons de faire l’opposition pour l’opposition. Nous nous inscrivons dans une opposition résolue, irréductible et intelligente. Les sujets abordés étaient nombreux et d’actualité, et beaucoup d’autres questions sont en attente pour les futures rencontres. Il faudra donc que l’on s’habitue à cette pratique dont je souhaite qu’elle soit fréquente, et qu’elle se perpétue, pour le bien de notre démocratie et de notre nation. Je souhaite que cette consultation ait un caractère républicain et que son format soit réaménagé. Les prochains Chefs de l’Opposition trouveraient ainsi une machine bien huilée : l’instauration d’un dialogue serein entre le pouvoir et l’opposition peut contribuer à la construction d’une démocratie apaisée. A peine une semaine après notre rencontre, les choses semblent bouger, et cela est positif. Je n’ai pas demandé à voir le président Déby pour des discussions mesquines ou pour régler des problèmes personnels, mais pour discuter franchement des questions d’intérêt national, et il y en a, croyez moi. Peut-on, lors d’un tel sommet, ne pas évoquer des questions telles que : la présence des troupes tchadiennes à l’étranger, l’insécurité, les prochaines élections législatives et locales, la question des services spéciaux qui constituent un frein au développement et à la démocratie, les violations à répétition des libertés individuelles et collectives, les arrestations arbitraires des acteurs politiques et sociaux, les activités des partis politiques soumises à des interdictions illégales, le financement des partis politiques, le refus par l’Etat de rembourser le cautionnement des candidats à la dernière présidentielle ainsi que les frais de campagne, l’opportunité de réaménager la Charte des partis politiques et le statut de l’opposition…, sont, globalement, les sujets qui ont été abordés ».

Enfin en concluant sa déclaration, le président de l’UNDR et chef de file  de l’opposition tchadienne considéré par certains Tchadiens de traître et par d’autres d’assez crédible ou toujours d’un opposant crédible à leurs yeux  revient pour une dernière fois sur le bien-fondé de la rencontre politique qu’il a eue avec l’homme fort du Tchad et président du Mouvement Patriotique du Salut (MPS).Saleh Kebzabo estime que : « Pour la transparence, je vous ai énuméré ce qui était à l’ordre du jour. Je ne comprends donc pas ce déchaînement de commentaires pour le moins insultants, voire haineux à mon endroit. Combien de fois me suis-je refusé d’aller à la présidence de la République parce qu’on ignorait mon statut ? Combien d’observateurs en ont fait la remarque pour louer ce comportement ? Dois- je rouler pour les autres et à leur rythme pour leur faire plaisir ? J’ai même entendu des loufoqueries me reprochant de n’avoir pas pris l’avis préalable d’un tel ou d’un tel autre avant d’entreprendre ma démarche. Non, le Chef de l’Opposition n’a pas d’avis à prendre en la matière, il demande l’application de la loi, tout simplement. C’est ce que j’ai fait. Un débat sur le rôle du Chef de l’Opposition me semble d’ailleurs opportun. Pour finir, je voudrais encore insister sur les vertus d’une démocratie apaisée qui doit nous mener à des élections transparentes. Le Chef de l’Opposition que je suis a joué et jouera pleinement son rôle, sans reculer sur ses options personnelles et ses convictions, qui peuvent être en contradiction avec celles du Chef de l’Etat. Et cela est mieux ainsi ! Je vous remercie ».

Ahmat Zéïdane Bichara

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