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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Deux semaines que je ne suis pas passé chez le coiffeur. Les cheveux blancs, ça démange. Aussitôt débarrassé de mon matos, j'avale un bon verre de jus d'écorces (?) ou plutôt de peau d'ananas bouillie (C’est hyper rafraîchissant après quelques heures dans le frigo. Une recette des Sœurs Bleues de L'Immaculée Conception de Libreville...) et, je sors pour chez le coiffeur, à une butte au dessus de où je crèche. Mais, sans prévenir, alors que j'arpentais l'allée pentue et cabossée avec précaution, le ciel se couvre de gros nuages et soudain, zèbre un éclair suivi d'un coup de tonnerre assourdissant. Le salon du coiffeur, à 20 mètres de moi était juché sur une côte abrupte. En face, un bistrot où, une, deux, trois personnes, mi trottinant, mi courant, s'engouffrent. J'hésite, puis, je suis. Les première gouttes crépitent sur le toit de tôle alu. J'adore. Je vise une chaise vide et m'y assois. Aussitôt, se pointe apparaît une jeune fille sur la pointe des pieds, faisant trémousser son postérieur dans une robe étroite à ravir.

Votre goût s'il vous plaît?
Une Guinness, répondis-je, l'air faussement distant et indifférent.
 Petite, grande, chaude ou fraîche ?
Anhan? Rétorquais-je, surpris par la question?
La Guinness, monsieur?

Une petite, bien fraîche... (N’y allez surtout pas trouver une quelconque allusion. C'est bien je ce que j'aime, en terme de bière, bien entendu. Merci, rideau!)Et, me voilà, sirotant cette savoureuse Guinness, en écoutant les crépitements de la pluie sur le toit. Je laisse mon regard embrasser 180 degrés autour de moi. Sur ma gauche, personne. Côté droit trois hommes, une femme. L'air qu'ils affichaient : lointain, la mine plutôt absente, presque froissée, (ici, on dirait la mine attachée...). L'un des trois hommes étranglait le goulot de sa bière, une blonde à moitié vidée qu'il tenait enserrée entre ses jambes. Son voisin aspirait par à-coups la cigarette qu'il tenait, également rabattue entre ses jambes et, en soufflait la fumée au dessus de sa tête, dans une indifférence générale. La femme, à côté, fixait sa bouteille vide et se curait les gencives frénétiquement avec la capsule d'un stylo en guise de cure dents, éjectant de temps en temps, un petit filet de crachat, contre le mur derrière elle. Sous la table, entre les trois, jonchées de bouteilles vides qui attendaient à être ramassées, deux poules, silencieuses, l'air complices, semblaient imiter l'attitude générale. 

Soudain, le troisième homme plongea depuis sa chaise tel un rapace, et arracha du premier la bouteille à moitié pleine d'entre ses jambes sans provoquer la moindre réaction du premier puis se mit à siphonner, en un clin d'œil, la bouteille, la déposa avec fracas sur la table et rota, fort. L'expression satisfaite.La pluie, du crépitement cadencé se transforma en un torrent qui déversait ses flots sur le toit en alu. La rue en pente se mit à ruisseler et des vaguelettes envahirent la véranda, descendant en petites cascades plus bas à l'intérieur du bar, emportant au passage quelques capsules et des bouts de papiers qui traînaient au plancher. J'observais le paysage en face de moi.Manguiers, goyaviers, papayers et bananiers, mais aussi, plants de maïs et fourrés de manioc, jouaient de leur feuillage, visiblement satisfaits.

Un héritage des conquistadors Portugais, ne pouvais-je m'empêcher de penser en me constatant, aussitôt, mon regard porté sur les palmiers, avocatiers et autres «  pruniers » ou «safoutiers (Le safoutier (Dacryodes edulis) est un arbre fruitier oléifère de la famille des Burseraceae. Le fruit comestible est lesafou. ... C'est l'un des seuls arbres d'origine africaine cultivé par les populations d'Afrique centrale)» chez les voisins Gabonais et Congolais, qu'ils étaient mélangés somme toutes, à des essences locales. Un modèle de cohabitation pacifique entre immigrés et autochtones que les humains devraient imiter.Mon regard se baladant, grimpa des briques de parpaings amoncelés, en passant par la cabane du coiffeur pour embrasser plus haut ou, juste au voisinage, des immeubles modernes et des villas cossues. La dualité, diraient les géographes, pour décrire cette incroyable juxtaposition, dans le même espace, d'une richesse insolente et d'une pauvreté affichée. Nous sommes au quartier Bastos. Des plus huppés de Yaoundé. Soudain, après quelques grondements sourds se terminant par des sortes de roulements de tambour, la pluie s'arrêta aussi brusquement qu'elle avait commencé. Je payais mes deux Guinness à la jeune fille au postérieur en vibration, et me rendis, chez le coiffeur.

Contribution spéciale de l’ancien D.P de Notre Temps Nadjikimo Benoudjita avec l’appréciation de la Rédaction.Article qu’on peut retrouver sur son espace Facebook,publié dans la nuit de mercredi 16 mai au jeudi 17 mai 2018.

 

 

 

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