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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

J'étais assis, côté couloir dans l'autobus. Comme voisine, une jeune maman qui jouait avec son bébé de 2 ou 3 ans. Les sièges étaient tellement étroits que je bénissais le ciel d'avoir ce voisinage peu encombrant. Le temps était à la moiteur qui précédait les pluies. Moi, après le stress pré départ qui m'avait ''coupé le sommeil'' une bonne partie de la nuit, je glissais dans une somnolence bienfaisante quand je me réveillais en sursaut: Monsieur ! Monsieur!, Excusez-moi ! Un homme, la jeune quarantaine était plantée au dessus de mon siège et me parlait en désignant le siège occupé par le bébé entre sa mère et moi: 

Monsieur! Le siège-ci, c'est occupé?

Je répondis, au constat de l'évidence, oui, sans hésiter. L'homme s'en alla pour revenir quelques instants plus tard en claironnant:

Vos billets en main, contrôle de vos billets!
J'imitais tout le monde et lui tendis mon billet. Il m'en rendit le récépissé tout en m'interrogeant:

Monsieur, la personne que vous avez dit qu'elle est ici, c'est qui même hein? Vous avez son billet que je coupe non on?
Je vis avec surprise la jeune mère prendre son bébé et faire du vide sur le siège que celui-ci occupait et compris en même temps mon erreur. L'homme des billets également:
La place là n'est pas occupée, faites monter la passagère là! Cria-t-il en se penchant vers l'extérieur du bus qui grouillait de monde. Peu de temps après, une dame gravissait péniblement les marches de l'entrée du bus. Un passage devenu étroit pour ses dimensions exubérantes qu'elle s'efforçait de pousser dans l'allée étroite entre les sièges jusqu'à mon niveau. Le chauffeur lui désigna la place au milieu, entre la jeune mère et moi.
La dame: « Au milieu- eu -eu ! Vous dites que je vais m'asseoir au milieu-eu comme-çà? »
Pendant qu'elle parlait, je m'étais levé pour la laisser passer et nous nous retrouvâmes dans une posture des plus cocasses, une de ses cuisses enserrant ma jambe gauche à moitié extraite du siège et la moitié de son corps plaquée contre mon flanc gauche. Une position genre tire bouchon coincé dans le goulot de la bouteille.
Ééééhé moteurboy! C'est comme ça qu'elle appela l'homme aux billets...
Moteurboy! Je t'ai dit qu’au milieu-eu? Toi même tu vois que c'est comment non?
Un monsieur, assis juste derrière moi se leva et suggéra au « moteurboy »:Laisse le père là s'asseoir à ma place et moi, au milieu.
Je réussis à m'extirper de l'étreinte de la dame tandis que mon sauveur se faufilait comme une anguille entre nous pour s'installer entre les deux dames. Il devait faire la moitié de ma dimension et le tiers de celle de la dame. Pensais-je.

Le bus après quelques coups de klaxon tonitruants, s'ébranla avec des passagers: certains assoupis, d'autres bourdonnant. Je glissais à nouveau dans un sommeil que j'espérais réparateur mais aussitôt (J’en avais l’impression) interrompu par des clameurs qui me firent sursauter.
Un homme, pas le même, une tête de japonais habillé dans une peau noire, l'air grave, se tenait debout, dans un équilibre de funambule, alors que le car tanguait entre les courbes et les tournant qui s'enchaînaient. Ils haranguaient les passagers qui, pourtant, semblaient y prendre plaisir.

Mesdames et messieurs, chers passagers, écoutez! Écoutez-moi avant de dormir. Vous m'avez compris? Est-ce que vous m'avez compris? Et les passagers de reprendre en choeur:
Nous avons compris! 
Et le Japonais Noir de reprendre dans un accent camerounais bien trempé:
Mesdames et messieurs, ce voyage est long, nous avons déjà parcouru 150 km, donc il nous reste encore, environ 5 heures de route. Vous allez dormir. Le sommeil est un besoin mais le sommeil à son prix. Écoutez donc mon histoire et si vous voulez dormir, dormez. Le sommeil est un besoin!
Et, l'homme se mit, soudain, à crier des slogans auxquels le bus répondait spontanément:
Famille héé!
Hééhé !!!!!
Famille haaa!
Haaa!
Et de reprendre sa harangue:
S'il vous plaît, écoutez-moi, écoutez-moi bien ! Au nom du chauffeur et au nom de Dieu le Tout puissant, je vous souhaite de faire un bon voyage et, quel que soit le but de ce voyage, de bien arriver à votre destination! Ce n'est pas bien? Enchaîna-t-il, et le bus de répondre en choeur:
C'est bien-inhin !
Le voyage, un voyage a toujours une destination, un but! Vous voyagez, certains pour des motifs de joie: le mariage, la rencontre avec votre âme sœur, la visite de la famille! Ce n'est pas vrai-ééhè?
C'est vrai-èèèèèhè! Cria la foule.
Mais d'autres aussi voyagent pour d'autres raisons: moins heureuses, tristes, graves comme; les obsèques, le deuil, la palabre dans la famille. Assia ! Je vous dis seulement assia! Quelle que soit votre douleur, quel que soit votre différend avec vos parents, vos amis, que vos coeurs soient apaisés, dans la paix du seigneur!
Aaaamen! Répondit le bus à l'unisson.
Ce n'est pas bien çààà?
C'est bien-inhin!
Le bus piaffait depuis un moment et amorçait une côte qui ne finissait pas de grimper. Dehors, le paysage forestier dense se dissipait pour céder à une amorce de vallonnements que traversait l'autobus. Des collines succédaient à des collines qui alternaient au loin, avec des sommets de montagnes aux flancs dégarnis où, curieusement pendaient comme de grands nids d'oiseaux, des villas et des domaines cossus, visiblement inhabités. Une légère bise flattait les visages et certains commencèrent à fermer les vitres du bus. Le Japonais Camerounais, sourit, se racla, une, deux fois la gorge, attirant l'attention des passagers et relança son discours:
Voilà! Vous même vous avez vu et senti: les montagnes et le vent frais. Nous sommes entrain de quitter la Région du centre pour la Région de l'Ouest, le pays Bamiléké et Bamoun, c'est la même chose. N'est-ce pas Bami et Bamoun c'est la même chose ? Ce sont des parents, n'est-ce paaas?
Ouiiiii! Répondit le bus. Que celui qui a dit oui, me dise alors comment ils sont parents!
Des réponses fusèrent, aussi intéressantes, différentes que parfois contradictoires.
Ahhhaaaha! Famille ééhé!
Éééhéé!
Vous êtes mêmes comment? On dit que les Bamilékés sont intelligents, tantôt les juifs, tantôt les Chinois du Cameroun, et vous ne savez même pas dire comment vous pouvez être parents? Moi, je vais vous dire. Les Bami et les Bamoun, avaient deux frères, les fils de Tikar. On dit que c'est au 13ème siècle, que des querelles, la jalousie, la religion, les ont séparés. Famille éééhé!
Éééhé! C'est pas vrai çàààà?
C'est vrai éééhé!

Hum, les Bami ! Humm! Éhéééé! Quel peuple orgueilleux! 
Les villas, les châteaux, dans la forêt et les montagnes pour, les oiseaux! Vous trouvez ça normal? 
Personne ne répondit. II reprit plus fort:
Vous trouvez-ça là normal?
Des oui et des non, dans un balottage sonore lui répondirent.
Bon, famille éééhé!
Héééhé!

Dans 20 minutes, je dis bien dans 20 minutes ( et en parlant, il sortit des paquets de bonbons d'un sac posé entre ses jambes et les brandit), dans 20 minutes exactement nous allons amorcer et traverser un pont. C'est le pont sur la Sanaga. Je donne, je dis bien, je donne à qui répond à chacune des questions que je vais poser, un paquet de bonbons: Quelle est la longueur du pont sur la Sanaga? En quelle année ce pont a-t-il été inauguré, par qui? Et quel est le nom de l'ingénieur qui avait construit ce pont? Une pluie de réponses crépita. Mais le JapCamer, l'air goguenard, dansait de la tête, signifiant que les réponses étaient fausses. Un monsieur, sûr d'avoir donné une bonne réponse protestait quand, le JapCamer lui renvoya:
Cher monsieur, je vous ai entendu dire que le fleuve Sanaga mesurait 1200 m. Je regrette mais, il mesure juste 1020 m. Quant au pont, il a été inauguré en 1968, par son excellence le président Ahmadou Ahidjo. L'ingénieur qui a construit le pont, un Français. Mort et enterré (il désigna à la gauche du pont, alors qu'on allait y embarquer, un endroit), là, vous voyez ? Là, là, à droite du pont, la stêle. Le lendemain de l'inauguration même. Certains disent que, l'esprit du fleuve l'a emporté. Hum, les Bami, des sorciers!
Famille éééh ?
Ééééhé ! Bon, il ne faut pas que j'oublie les messages du chauffeur! Et il se retourna, pointant l'avant de l'autobus du doigt:
 Ce chauffeur, il est très bon, sans problème, le meilleur de « Binam Voyage! »
Vingt-cinq années de route, 25 ans de service, sans le moindre incident! N'est-ce pas, il est bon? Famille éééhé?
Ééééhé! Il est bon non?
Ouiiiiiii!
Bon, soyés rassurés, Il vous conduira à bon port! Mais avant de dormir, le sommeil est un besoin! Vous convenez?
Ouiiiii!
Le sommeil est un besoin, mais le sommeil à son prix. Voilà donc le message du chauffeur; les 3 messages du chauffeur!
Message numéro 1; le voyage est long et vous serez tentés de sortir votre bras par les fenêtres ou même votre tête. N'en faites rien! C'est dangereux! Vous mêmes vous voyez la route, les tournants, les gros porteurs qui se croisent. Un accident est vite arrivé. Une tête ou un bras coupé, c'est bien?
Non on on !
Message n0 2! le sommeil est un besoin, mais le sommeil a son prix. C'est pourquoi, avant de dormir, il faut me dire que j'enregistre pour le chauffeur, où vous descendrez, si vous ne descendez pas au terminus. 
Voilà un homme, il ne dit pas au chauffeur sa destination et il se met à dormir; le vent, la fatigue, il dort, il dort! Jusqu'ààààà, le chauffeur arrive à la gare de Bafoussam. Le chauffeur le réveille: 
Monsieur ! Monsieur! Voilà on est arrivé à Bafoussam, tout le monde est descendu. Moi aussi je descends !
Le monsieur de répondre: «  N'est-ce pas j'ai payé pour Bagangté? Que je fais quoi à Bafoussam si loin?
Le chauffeur: «  À Bagangté? N'est-ce pas le moteurboy avait crié Bagangté, Bagangté, vous étiez où? »
Le monsieur: «  Je dormais, il fallait me réveiller! »
Le CamerJap: « famille éééhé? »
Ééééhé!
Qui a tort alors? Le chauffeur, le passager ou le sommeil?
Une pluie de réponses divergentes crépite: le chauffeur pour les uns; le passager pour les autres et le sommeil pour certains!
Le japCamer:
Ceux qui ont dit le sommeil, n'ont pas tort. Le sommeil est un besoin, mais le sommeil a son prix!
Famille ééééhé, est-ce que le chauffeur doit repartir si loin à Bagangté avec le passager qui a oublié de signaler sa destination ?
Non on on on!
Vous comprenez qu'il faut signaler votre destination. Oui, ou non ?
Ouiiiiiii! 
Et le voyage de continuer dans cette ambiance avec plein d'autres surprises. Si vous voulez connaître la suite, aimez et commentez cette première étape du voyage.

Contribution spéciale de l’ancien D.P de Notre Temps Nadjikimo Benoudjita avec l’appréciation de la Rédaction. Article qu’on peut retrouver sur son espace Facebook,publié  depuis le 12 mai 2018

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