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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Débat lancé par Kébir Mahamat Abdoulaye : « 22 avril 1900 et 22 avril 2018, cela fait 118 ans que Rabah a été tué par l'armée française. Est-il un résistant tchadien contre la colonisation française ou bien lui même était un conquérant donc un colonisateur ? »

 

A l’instar de nombreux pays africains, l’histoire officielle du Tchad telle que enseignée à l’école contient une part de contre-vérités léguée par la colonisation française. Il serait naïf de considérer que tout l’enseignement d’histoire dans les programmes scolaires a été entièrement débarrassé des approximations voire de falsifications des faits historiques. Il appartient aux historiens tchadiens de revisiter notre passé  et de se donner les moyens pour rétablir la vérité lorsque l’histoire a été travestie de quelque manière que ça soit. L’économiste Kébir Mahamat Abdoulaye a permis aux internautes d’avoir un débat fructueux sur un pan de l’histoire du Tchad à l’occasion de la commémoration de la date du 22 avril 1900 marquant le 118e anniversaire de la bataille historique de Kousséri où Rabah fut tué par les troupes françaises.

 

Les internautes ont débattu autour d’une question assez simple mais finalement délicate, reformulée  de la manière suivante : «Qui était Rabah ? Résistant ou Conquérant ? ». Cette question à double volet divise forcément les internautes en deux camps diamétralement opposés. Pour les uns, Rabah indépendamment de son origine s’est battu contre les colonisateurs français dans un acte de résistance héroïque. Pour d’autres, ce n’est qu’un aventurier étranger  et trafiquant qui s’est illustré par des actes d’atrocité et de barbarie similaires à ceux des conquérants français. Entre les deux, il y a un  petit noyau estimant qu’à l’époque le Tchad n’existait pas comme tel par conséquent on ne peut pas objectivement discuter de sa nationalité tchadienne. Les internautes ont été nombreux à participer à ce débat qui pose la question importante et plus large, quelle  est la place accordée au passé et aux figures historiques qui l’ont animé ? D’où la question subsidiaire quelle est la  véritable place de la chefferie traditionnelle dans un Tchad moderne et centralisé ?  

 

Ali Mahamat Adoum semble faire une digression en se posant la question : «Les conséquences de la nouvelle constitution ne peuvent-elles pas traîner un jour le chef de l’Etat devant la CPI? »

Kébir Mahamat Abdoulaye lui répond tout naturellement : «La CPI est compétente pour accuser, inculper, juger et condamner les auteurs de crimes contre l'humanité, les crimes de guerre, le génocide, le massacre.»

Ali Mahamat Adoum se mêle à la discussion en donnant son avis : «Merci beaucoup d’avoir pris en compte ma question et avoir répondu. Certainement l’usage abusive de cette nouvelle constitution a pour finalité le contraire de ce que vous dites « non pas du tout »

Rokoulmian Yorongar Le Moïban tente de faire un rappel historique : «ancien officier soudanais des armées d'Égypte, il s'est ensuite reconverti en esclavagiste notoire et au gré de ses razzias il s'est constitué un royaume regroupant une partie de l'ancien empire du Kanem-Bornou La bataille de Kousséri n'est ni plus ni moins la confrontation entre deux colonisateurs ou le plus armé et équipé l'a emporté sur l'autre»

Brahim Mahamat Hassaballah pose la question de l’austénite du récit historique: «L'histoire a été écrite par les vainqueurs donc très difficile d'en déduire l'authenticité.»

Rokoulmian Yorongar Le Moïban s’attache fermement aux faits historiques : «Nier la réalité historique juste parce Rabah est africain ne changera rien. Jusqu'à présent les vieux de nos villages parlent des razzias qui se sont étalées jusqu'a l'actuel Centrafrique, le nord de l'actuel RDC»

Brahim Mahamat Hassaballah se  méfie de la version édulcorée de l’histoire souvent travestie par le colonisateur : «Cette réalité est partout et non uniquement en Afrique, L'occident manipule tout en sa faveur, l'histoire des Amérindiens en est une aussi, la quasi-totalité de l'histoire qu'on nous a apprise ne reflète pas les vrais faits, les vrais faits de l'histoire de certains peuples sont cachés et très difficiles à trouver pour des personnes comme toi et moi. Tu es entrain de parler de razzia c'est pareil avec la violence faite par les colons au nom de la colonisation de l'Algérie jusqu'en Afrique du Sud»

Amine Idriss Adoum se base sur quelques situations historiques pour mieux cerner le cas Rabah  : «Cher Rokoulmian, Rabah était certainement un razzieur... comme tous les conquérants... L’histoire n’a jamais produit un exemple de conquérant humanitaire. Et l’histoire, toujours écrite par le vainqueur, tend naturellement à nier tout mérite aux vaincus...Rabah était un esclavagiste...Ménélik II d’Ethiopie l’était aussi... Mais Ménélik a vaincu les armées italiennes, pratiquement à la même époque... Et on connaît l’ampleur symbolique de la victoire d’Adwa sur la construction identitaire et politique moderne de l’Ethiopie... Imaginons donc une victoire de Kousséri... et son impact sur l’ensemble de l’histoire des pays du bassin du Lac Tchad»

Fils Hisseine  Dirmi Boroye cherche une meilleure compréhension concernant ce personnage historique : «Je nie toujours qu'il fut un conquérant. Je voulais savoir plus sur cet homme brave, puisque les colons ont dit qu'il l’était»

Kébir Mahamat Abdoulaye explique d’où vient cet homme : «Comme certains peuples ou groupes de personnes étaient venus d’ailleurs et avaient habité sur ce vaste territoire appelé plus tard Tchad, en fondant des familles, participant aux guerres des royaumes, tribus, aux conquêtes des territoires, au développement socio-économique, en combattant la colonisation européenne particulièrement française, comment ne pas les appeler des Tchadiens et particulièrement des résistants tchadiens ?»

Fils Hisseine  Dirmi Boroye est un peu désemparé  : «Évidemment, j'espère qu'il est Tchadien. Sinon comment un conquérant soudano-Egyptien peut pénétrer jusqu'à Kousséri pour combattre les colons alors entre temps on avait trois grands empires ? »

Kébir Mahamat Abdoulaye trouve un peu inutile de débattre sur l’origine de Rabah : «De toute façon, s'il faut revenir beaucoup en arrière pour chercher les origines de ceux qui ont habité au Tchad  jusqu'à nos jours, beaucoup venaient de loin, d'autres pays, territoires. Alors pourquoi se préoccuper beaucoup sur le cas de Rabah qu'il était d'origine Égypto-soudanaise que sur les origines des autres ? C’est là où, le colonisateur voulait manipuler la conscience ! »

 Mamay Ali fait un parallèle avec un groupe sociologique et  se pose la question : «Les Senoussistes pour avoir opposé aux colons dirigés par Largeau seraient-ils tchadiens ?»

Issa Allafouza Chelimi estime pour sa part que : «Rabah est un résistant tchadien, les colonisateurs ont écrit l'histoire à leur avantage »

Abdel-Nasser Garboa est catégorique dans sa réponse : «Rabah n’est pas un Tchadien. Il est venu du Soudan (Darfour) et a conquis une partie de la Centrafrique (Dar Kouti) et du Tchad, il ne peut aucunement être considéré comme un résistant tchadien. La France et lui-même ont lutté pour la domination des peuples de cette partie du continent et le plus fort a gagné au détriment de ces populations»

Kébir Mahamat Abdoulaye fait remarquer l’origine étrangère de plusieurs Tchadiens : «Cependant il existe beaucoup de groupes ethniques ou des leaders politiques venant d'autres pays, territoires et ont habité mais ils étaient considérés des Tchadiens bien ce qualificatif n'avait pas existé avant leur arrivée »

Abdel-Nasser Garboa persiste et signe pour contester l’origine tchadienne de Rabah : « Rabah n’a jamais habité au Tchad, comme je le disais ci-haut? Il était venu de son Darfour natal en passant par la Centrafrique, pour aller s’établir au Nigeria et exercé son autorité sur le sud du Tchad, le nord du Cameroun du plateau du Mt Mandara jusqu’au lac-Tchad. C’est lui qui a démantelé une grande partie de l’empire du Kanem Bornou. Il s’est emparé de Dikoua sa capitale pour en faire la sienne. Il était mort à Kousséri dont le sultan était un suzerain du Kanem Bornou qu’il a réduit en affidé. Donc Rabah était Nigérian, Camerounais, Tchadien, Centrafricain ou Soudanais?»

Kébir Mahamat Abdoulaye se lance dans une opération de dénonciation tous azimuts : «Left Ouledhille, au Tchad, je n'ai pas besoin de te le dire que des groupes ethniques et des leaders politiques étaient venus d'autres pays et territoires ».Tu veux des noms des leaders politiques qui sont d'origine étrangère : Ibrahim Abatcha (Bornou Nigéria), Gabriel Lisette (Guadeloupe) Abba Sidick (RCA), Ahmed kotoko (Cameroun), Jean Baptiste (France)...mais étaient tous des Tchadiens »

Left Ouledhille donne un exemple précis : «Hormis lisette, je dirais que le Tchad a été fondé par des «  Nomades » donc leur origine »

Abakar Ali Abakar Abbana conteste l’histoire officielle de cet homme : «L'histoire de Rabah, telle que racontée par les Français  n'est pas vraie. Selon des connaisseurs, c'était un anti pénétration coloniale française au Tchad» Mahamat Issa Moussa »

Mahamat Issa Moussa accuse Rabah d’avoir plongé dans de pratiques condamnables : «Rabah était un conquérant, colonisateur. Il continuait dans le trafic d'êtres humains. Il est un esclavagiste. Un tel type ne saurait être considéré comme un résistant contre les colons français »

Left Ouledhille se montre réservé par rapport aux écrits officiels : «C’est ce que les livres d’histoire ont toujours dit...mais tiens qui a écrit ces livres?»

Mahamat Issa Moussa fait une autre lecture : «Ce sont bien évidemment les blancs. Mais étant un étranger, pourquoi lutterait-il contre les Français ?»

Left Ouledhille s’engage sur une recherche totalement aléatoire sur qui était vraiment Rabah : «Voilà la vraie question...Soit c’est un adversaire, soit  c’est un véritable opposant à l’invasion. Je reproche à nos aïeux de ne pas avoir gardé l’histoire même de manière oral

Mahamat Issa Moussa regrette le fait que l’histoire africaine soit mal connue : «Je suis parfaitement d'accord avec. Nous ne connaissons notre histoire. Dommage ! »

Abbatchary Mbodou refuse de considérer Rabah comme Tchadien : « On peut le considérer comme un résistant bien sûr mais Rabah n’était pas pas un Tchadien, c’est un soudanais. Il n’a aucune attache avec le Tchad, il n’a fait que traverser le Tchad venant du Soudan en passant par la RCA. Oui il a établit sa capitale à Dikoua au Nigéria»

Mohammed Djiddi Hassan le range parmi les conquérants : « Un colonisateurSon seul but est de trouver une terre qui sera jugée après avoir subi des pertes sur les terres qu'on connaît aujourd’hui au Soudan. Le vainqueur de dispositions voulait convaincre les gens que c'était un homme combattant contre les colons»

Aboulanswar Djarma fait une narration historique quasi complète : «En fait, le problème de Rabah, Tchadien ou pas ne se pose même pas parce que son histoire s'est déroulée avant que le territoire ne s’appelle Tchad. Rabah qui est un des grands officiers d’Ahmed Almahdi du soudan  était un Djihadiste sous le drapeau Mehadisme contre la colonisation anglo-égyptienne. Après la défaite des troupes méharistes, il a décidé de continuer son chemin à l'ouest et tenter de passer par le Ouaddaï mais ces éclaireurs l’ont informé sur la force du royaume. C’est pourquoi il a passé plus au sud et est tombé sur Dar Kouti au nord-est de la RCA d'où il a tenté d'attaquer le Baguirmi et après quelques accrochages il a continué son chemin jusqu'à Fotoskum au Nigeria en laissant derrière lui des représentants. Le village de Dikoua au Nigeria à quelque cent soixante kilomètres de N'djamena est considéré comme sa capitale. Lorsqu'il apprit la venue des Français derrière lui passant par le Lac Tchad, il a cessé vite sa poursuite vers l'ouest pour revenir défendre ses arrières craignant une attaque de ses positions. Donc en fait, il était à la recherche d'un territoire pour fonder son empire. Que les soldats qui l'ont suivis depuis le Soudan ou ceux recrutés pendant sa marche sont désormais des Tchadiens, ce n'est que normal puisqu'ils sont sur le territoire avant qu'il s'appelle Tchad comme ceux qui sont restés au Nigeria ou au Cameroun sont des Nigérians ou des Camerounais» Adoum Hassan Darbay

Adoum Hassan Darbay donne une explication relevant de la logique tout court : «Les soldats, les artisans, les courtisans, les oulémas, bref tous ceux qu'il a laissé derrière lui sont aujourd'hui des Lamy-fortains sans un village dans le Tchad profond. Au Tchad, il n'y a pas une nation tchadienne. Il n'y a que des conquérants successifs sans aucun amour pour l'espace conquis qu'est le Tchad»

Kébir Mahamat Abdoulaye exprime sa reconnaissance : «Doyen Aboulanwar Djarma, merci beaucoup pour votre analyse pertinente»

Empereur Faudel tente d’apporter des explications un peu confuses au final : «Rabah était à la fois conquérant et résistant. Cependant, lorsqu’il combattait pour ses intérêts commerciaux d’esclaves en s’appuyant sur la propagation de l’islam au Tchad par la force. Résistant: étant hostile au royaume barguirmien, ces derniers ont fait appel aux Français et donc, Rabah a résisté pour sauver son groupe. Il sera capturé et exécuté plus tard par les colons français »

Abdramane Mahamat Saleh n’est pas sûr de lui : «Il serait fort probablement un résistant tchadien. Mais comme l'histoire est très souvent écrite par les vainqueurs, les colons français nous ont fait croire qu'il était aussi un colonisateur comme eux. Qui est mieux que qui ? Oui admettons que Rabah l'est mais est-ce que le peuple avait demandé l'arrivée des Français ? Toute colonisation est condamnable»

Allaoui Ben Terap magnifie plutôt Rabah : «Kébir mon cher, Rabah était un héros pour beaucoup des Tchadiens même si son histoire est falsifiée pour semer la haine entre les différends peuplades du bassin tchadien et à notons que 90% de ses troupes sont des tchadiens et on y trouvait beaucoup d'homonyme rabeh chez certains peuplades au Tchad !»

Adoum Hassan Darbay tire une conclusion de la situation actuelle partant du passé : «Au Tchad presque la moitié de la population est d'origine colonisatrice ou arrivée de l'extérieur soit en suivant les cours d'eau en quête des ressources halieutiques, soit entrainée par les conquérants. C'est pourquoi aujourd'hui notre élite n'a aucun amour pour la patrie»

Adoum Hassan Darbay voit un complot ourdi contre la personne de Rabah : «Qui est derrière ce triste dessein de démolition de  toute l'histoire d'une nation ? D'abord en réduisant les noms historiques de nos provinces, puis certains éminents hommes politiques pères de l'indépendance et l'unique homme d'Etat tchadien ! Et ensuite l'un des plus grands résistants africains contre la colonisation. Une renommée est toujours plus grande et propre que celui qui la porte. Le fait que Rabah était un tchadien, ne fera que grandir et rehausser l'histoire du Tchad dans la résistance contre les blancs. Et alors? ».

Mahamat Abbas Senoussi  met un terme au débat en se mettant en porte à faux contre les pourfendeurs de Rabah : «C'est une honte de dire qu'il était un  conquérant; il a donné sa vie pour une cause bien réel; notre trahison de n'ai pas suivre son chemin nous a laissé aujourd'hui»

Choix et commentaire de Moussa T. Yowanga

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