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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

 

Si le pouvoir actuel pouvait se servir de la leçon du passé, le Tchad s’en trouverait mieux.

 

Quels commentaires font les internautes à l’assertion de l’Economiste et analyste politique Kébir Mahamat Abdoulaye ? S’il faut penser à un triste, horrible souvenir à partir du 1er avril 1989, c’était quand un grand chef criminel, abominable de la DDS avait enterré vivant un haut cadre du pays, Soubhanallah ! 

 

L’histoire tumultueuse du Tchad est revisitée par les internautes par le truchement d’un débat proposé par l’économiste Kébir Mahamat Abdoulaye autour de la pensée suivante « S’il faut penser à un triste, horrible souvenir à partir du 1er avril 1989, c’était quand un grand chef criminel, abominable de la DDS avait enterré vivant un haut cadre du pays, Soubhanallah !». Le pays des Sao ou encore de « Toumaï » en vogue aujourd’hui continue de vivre dans la hantise d’un souvenir collectif et individuel douloureux fait des guerres fratricides, des massacres, des arrestations arbitraires, des disparitions, de trahisons, de départs massifs en exil etc. Plusieurs décennies se sont écoulées, la situation actuelle n’est guère similaire à celle du passé mais certains éléments d’hier peu glorieux existent bel et bien en 2018.

Les autorités actuelles qui sont majoritairement les acteurs d’hier ont une grande part de responsabilité sur l’ensemble du processus ayant conduit le pays dans la situation présente. Le chef de l’Etat Idriss Deby et ses compagnons de lutte ont renversé le dictateur Hissein Habré mais il n’en demeure pas mois que la responsabilité du président actuel demeure entière dans plusieurs domaines. Ce n’est pas présentement l’objet du débat mais les Tchadiens ne sont pas dupes, au contraire ils sont bien conscients d’une chose : nul ne peut sous quelque prétexte que ça soit abuser continuellement de leur confiance, la roue de l’histoire tourne, elle finit toujours par rattraper ceux qui se croient au dessus de tout. Bien sûr, Montesquieu prévient : «Tout homme qui a le pouvoir est porté à en abuser jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». Dans ce débat, l’action du 1er avril 1989 et plus tard la création du MPS à Bamina avait constitué les limites qui avaient mis un terme au régime de l’ex dictateur Hissein Habré. Si le pouvoir actuel pouvait se servir de la leçon du passé, le Tchad s’en trouverait mieux. Les internautes ont été nombreux à réagir à ce débat riche et contradictoire dont la somme des réactions constitue le 53e numéro de la rubrique Parole au peuple.

 

Souleyman Ahmed entame le débat par une interrogation légitime : «Qui a été enterré vivant pour notre mémoire s’il vous plaît ! »

 

Néné Ehemir rebondit aussitôt pour faire un petit rappel historique de cet événement : «À ma connaissance, ce jour indiqué, samedi 1er avril 1989, rien ne s'était passé à l'exception d'une grande agitation au stade de la concorde dont nous autres étions ignorants. Il a fallu attendre le 13 avril, par un communiqué laconique lu à la radio, que nous apprenons que trois «renégats» et leurs comparses ont tenté une «action de déstabilisation» des institutions de la 3e République. Ce n'est que vers la fin avril que des noms comme celui de Idriss Deby, Hassan Djamous et Ibrahim Mahamat Itno ont été dévoilés au grand public suivi d'un grand meeting de soutien aux Forces armées nationales et aux institutions dont assistait la quasi totalité de l'actuel bureau du MPS à l’exception de une ou deux personnes. Les organisations et animateurs de ce meeting où ils ont brûlé symboliquement les photos des trois cités plus haut sont actuellement des sommités du MPS et défenseurs acharnés de ses « acquis».

 

Souleyman Ahmed insiste sur un fait particulier : «Au contraire des arrestations massives ont commencé ce 1er février et dans la nuit les organisateurs du coup ont regagné le Soudan des colonnes de Toyota pour éviter des combats en plein N’Djamena»

 

Néné Ehemir ajoute : «Effectivement, il y a bien eu quelques arrestations comme celle du ministre de l'intérieur Ibrahim Mahamat Itno chez lui à Farcha. Mais dans l'immédiat, il y avait une confusion telle que presque tout l'appareil sécuritaire était inopérant. Ça permit à Djamous de quitter en bon ordre son domicile de Sabangali aux alentours de 19 heures (j'étais à la hauteur du rond-point de l’Union) pour avoir vu son convoi passer. D'après le témoignage de l'ambassadeur des Etats-Unis au Tchad, Hissein Habré s'était réfugié directement du stade de la concorde à l'ambassade américaine jusqu'au 4 avril ».

 

Kébir Mahamat Abdoulaye répond partiellement à la question du premier internaute : «Je sais que cette question sera posée mais je ne peux répondre. Ce grand criminel c'était Mahamat Bidon. L'action du 1 avril 1989 était l'aboutissement d'une longue préparation et finalement beaucoup de personnes étaient informés et mobilisés jusqu'à son échec »

 

Néné Ehemir conteste la version soutenue par Kébir : «Ça c'est la légende fabriquée par la suite. En réalité, il s'agissait d'une action née et conçue dans le milieu «Zaghawa» suivant la dégradation de leurs relations avec le régime Habré dont il était l'un des piliers. Mais comme il y a toujours des héros de la 25 e heure, on a pu entendre que presque tout le milieu politique tchadien était de mèche ! Je n'y crois pas un instant à cette légende»

 

Kébir Mahamat Abdoulaye tente d’argumenter son point de vue : «Pas tout le milieu politique était au courant. Mais certains étaient rapprochés même »

 

Néné Ehemir s’oppose catégoriquement à la version développée par Kébir: «Mon cher ami, je persiste et signe que c'est une légende à défaut d'être une chimère. Si tel était le cas, on aurait vu rendre public, un manifeste politique qui accréditerait la thèse d'une action politique concertée. Certains témoins ont même laissé entendre que l'actuel président avait pris le train (mis au courant par son cousin Ibrahim) au dernier moment et que c'était d'abord une action en réponse aux arrestations qui avaient été opéré dans le nord d'officiers Zaghawa »

 

Mohamed Khoureish conteste la paternité de l’action du 1er avril à ce Monisuer : «Adoum Togoï était le parrain de toutes les rébellions, de toutes les révoltes: du Frolinat jusqu'à UFR en passant par MOSONAT, MPS, MDJT, etc. C'est une habitude chez lui de s'approprier du tout et de rien »

 

Ramadan Souleymane balaie d’un revers de la main : «Adoum Togoï n'a rien à voir avec le MOSONAT»

 

Kebir Mahamat Abdoulaye ne lâche rien : «Cher frère Néné Ehemir, la question des arrestations est une justification supplémentaire qui venait renforcer et accélérer la mise en mouvement de l'Action du 1er avril d'abord à convaincre et mobiliser les autres»

 

Néné Ehemir use de la comparaison avec un pan de l’histoire française pour convaincre son interlocuteur: «Mon cher Kébir, bienvenue dans le monde de la récupération politique ! Tu sais par exemple en France, qu'on accorde plus de crédit à l'action de la résistance en opposition au concours de nos parents dans la libération de la France ? Aujourd'hui en France, tout le monde est gaulliste où se trouve des origines gaullistes alors qu'on sait que jusqu'en 1943 moins de 1% des français étaient avec de Gaulle et pour l'essentiel des français (périphériques)»

 

Ibrahim Zakaria Hassan Bahr estime que : «Cette action a occasionné la mort des officiers Zaghawa dans toute l'étendue du territoire, ces derniers n'étaient pas au courant. Les arrestations de Faya, Fada, Tiné et Mongo prouvent clairement que l'Action du 1er Avril n'est pas programmée. Le manque de moyens de communication est l'une des causes de son échec. Des officiers supérieures ont été rappelés de Tiné après le départ de Hassan et Deby, arrêtés à Iriba et ont été fusillés sur place»

 

Kébir Mahamat Abdoulaye persiste et signe et convoque le livre d’un ancien rebelle : «En dehors des événements à l'intérieur du pays occasionnant quelques arrestations de certains officiers avant que ces arrestations ne s'amplifiaient après l'Action du 1er avril, le complot contre le régime de Habré avait commencé très tôt d'après Adoum Togoï dans son livre. La DGSSE française derrière elle le gouvernement Français, était contre Habré pour plusieurs raisons (dossier pétrole, rapprochement de président Habré avec les Etats-Unis, la brouille sur le butin des armements Libyens, refus de Habré pour le multipartisme...) et elle avait contacté certains tchadiens. Donc les événements sur les arrestations des militaires venaient renforcer et mobiliser les autres militaires et hommes politiques en vue de faire tomber le régime de Habré, par son échec le 1 avril 1989 »

 

Ibrahim Zakaria Hassan Bahr donne un exemple concret pour attester du caractère spontanée de l’action du 1er avril  : « Le défunt Becher Moussa Houno était Com zone de Mongo, il n'était pas au courant dudit mouvement. Après l'Action de 1er Avril, il a été informé par l'officier de transmission, ce dernier ayant reçu le message radio de N'Djamena dont son contenu est l'arrestation du Colonel Becher Moussa Houno, heureusement l'officier de transmission a commis une erreur, au lieu d'informer le Com zone adjoint qui fut un parent de Hissein Habré au moment opportun, il est allé trouver les deux chefs ensemble, en disant qu'il a un message pour l'adjoint mais ce dernier a souhaité que le message soit lu en présence du titulaire et l'officier a exécuté l'ordre. C'est ainsi que le défunt Becher Moussa Houno s'est levé pistolet en main et appela ses éléments pour prendre la fuite.

 

Néné Ehemir met en cause la crédibilité du personnage sur lequel s’appuie l’auteur du débat : «Kébir, ton «unique» source, le livre de Adoum Togoï, ne peut pas résister aux faits historiques dont nous autres avons recueilli de plusieurs protagonistes et ou témoins y afférent. D'ailleurs, il y a quelques semaines, l'ex patron de la DGSE, dans un documentaire sur l'affaire Hissein Habré, avait laissé entendre que c'était courant 1990 (et pour être plus précis car l'audience avait eu lieu le 9 janvier 1990) qu'il avait décidé de faire partir Hissein Habré. La décision n'était pas motivée, comme tu le soulignes, pour des considérations «démocratiques» mais plus par le fait que Hissein Habré s'était lancé dans une manœuvre avec la CIA pour déstabiliser la Libye. En effet, on se souvient que le colonel Haftar et ses camarades d'infortunes avaient été retournés par la CIA et former le front national pour le salut de la Libye dont la base opérationnelle serait au Tchad tandis que le bureau politique était en Egypte dirigé par un certain Dr Abou Moussa. Tout le reste des raisons ne sont qu'un habillage pour justifier un coup de force politique afin de garder la main sur un pays dont il faut se souvenir que même Hissein Habré fut aidé en partie par la France pour chasser Goukouni»

 

Kébir Mahamat Abdoulaye rétorque se targuant d’avoir eu recours à plusieurs sources : « Cher frère Néné Ehemir, le livre de Adoum Togoï, ce n'est pas mon unique source. J'ai lu de nombreux autres ouvrages et écouter des témoignages. Toutefois le livre de Adoum Togoï révèle des parties importantes de l'histoire politique du Tchad notamment comment a été préparé le renversement du président Habré depuis Paris jusqu'à l'Action ratée du 1er avril ensuite de la création du MPS jusqu'à sa victoire à N’Djamena. C'est un témoin qui parle et comment il a joué un rôle dans cette histoire. Il a parlé dans son livre comment dans les maquis, il a d'abord pu convaincre Kadhafi d'aider Déby et les autres. Ensuite c'est lui qui a pu organiser des rencontres avec les autorités libyennes et le MPS sachant qu'il était un "grand ami" du guide depuis des années 80. L'ex président Habré était aussi dans une situation géopolitique inconfortable car, il y’avait environ trois pays (Libye, Soudan et France) qui étaient hostiles à son régime. Ce contexte géopolitique avait beaucoup favorisé le MPS. La Libye fournissait les matériels militaires, vivres, médicaments, argent. Le Soudan, son territoire et la France, la caution politique et la limitation voire l’arrêt de soutien logistique et renseignements militaires à Habré. Tous ces facteurs plus la détermination des combattants du MPS ont fini par faire tomber le régime de Habré malgré sa force militaire»

 

Néné Ehemir assène imperturbablement des faits historiques irréfutables : «Je n'ai pas encore lu le livre de Adoum Togoï mais j'espère qu'il n'exagère pas l'auto-glorification dans ces évènements. Sais-tu par exemple que l'Action du 1er avril n'a jamais eu le temps de rédiger un statut? Ou un programme politique. Donc ne trouves-tu pas surprenant que la France, assez méthodique, se lance dans une entreprise dont la finalité politique est obscure ? Oui en effet, du 1er avril aux combats meurtriers d'octobre 1989, c'était quasiment un combat pour la survie que les rescapés de Hadjar Marfaïne ont mené au Soudan face aux assauts répétés des FANT. Les rescapés de ces batailles s'étaient presque tous réfugiés en Libye ou en profondeur du Soudan y compris Idriss Deby à Koufra. C'est de là, comme je l'ai dit dans un autre commentaire, qu'on est venu le chercher pour le ramener au Soudan en début 1990 sous la protection d'un officier de la DGSE (Paul Fombonne) pour reconstruire une force avec tout ceux que le Soudan comptait d'opposants tchadiens soit dans ses prisons (Moldom par exemple) ou libre. C'est ça qui a conduit à la naissance à Insoro (Bamina) à la naissance en mars 1990 au MPS. Les premiers combats du MPS eurent lieu en mi-avril 1990 avec des succès et des pertes énormes du côté MPS. Il aurait fallu que la France, le Soudan et la Libye qui s'étaient alliés pour la circonstance mettent les bouchés doubles pour reconstituer le MPS exactement en septembre 1990 et le lancer le 10 novembre à l'assaut de N’Djamena. La suite tu la connais »

 

Kebir Mahamat Abdoulaye voit plutôt plusieurs grilles de lecture de l’histoire tumultueuse du Tchad : «L'histoire politique du Tchad à partir de 1988 à décembre 1990 comporte plusieurs récits et versions. Les récits rapportés par le frère Néné Ehemir que je remercie, apportent beaucoup d'éclairage même si certains récits sont discutables. Aujourd'hui, il est difficile d'avoir des précisions sur les circonstances exactes de la disparition de certaines personnes du moment où certains témoins, acteurs sont morts et d'autres ne veulent pas parler à travers des livres. D'après le livre de Adoum Togoi, l'idée de renverser le régime du président Habré était murie depuis l'étranger, notamment en France. Il était l'un des instigateurs  »

 

Néné Ehemir appelle à la prudence face au rôle joué par Adoum Togoï : « Belle référence ! On sait qu'une fois en Libye, il avait aidé à servir d'intermédiaire avec les Libyens. Mais de là, dire qu'il en est l'un des organisateurs, c'est un pas que je ne veux pas franchir. Et pourquoi pas Yorongar qui a aussi dit et écrit que c'était lui et son «Djamous» qui avaient tout planifié ? Arrêtons avec les anti-glorifications stupides ! Si le 2 février 2008, la bande à Nouri et Timan avait pris le pouvoir, aujourd'hui tu entendras la même chose »

 

Kébir Mahamat Abdoulaye continue jusqu’au bout de défendre son point de vue arguments contre arguments : «Le projet de renversement du président Habré existait avant les événements d'arrestations de certains officiers et cadres civils bien que cela a pris de l'ampleur après le 1er Avril. Le Colonel Idriss Déby (son appellation de l'époque), un homme apprécié par le président Habré avant la rupture, était informé et partie prenante dans le projet de renversement du Président Habré. Celui qui a convaincu Djamous, Brahim Mahamat Itno et les autres du renversement de Habré (lire le livre d’Adoum Togoï). Le renversement du régime du Président Habré était "facile" si ce n'était que quelques hésitations et fuite d'information avaient capoté l'action».

Choix et commentaire de Moussa T. Yowanga/Ahmat Zéïdane Bichara

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