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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Les pratiques de ces nouvelles disciplines qui consiste à rajouter du semi-conducteur (électronique) dans le corps humain, est-elle une bonne chose ou pas pour l’homme ? Et c’est grâce au très célèbre magazine français « Sciences & Avenir » publié en aout 2016 N°834 que l’œil de Fabien eut eu la chance de vous recueillir  l’interview du Neuro-oncologue François Berger. Voici ci-dessous les réponses du Neuro-oncologue aux questions de « Sciences & Avenir ».

Sciences &Avenir : Vous vous apprêtez, avec des confrères à lancer un appel à un moratoire contre le transhumanisme. Pourquoi ?

Neuro-oncologue François Berger :Le transhumanisme est une idéologie apparue aux Etats-Unis dans les années 1950, qui revendique l’amélioration de l’humain par l’intégration de nouvelles technologies telles que des dispositifs électroniques. Et cela afin d’augmenter ses performances,  lui donner une longévité accrue, voire l’immortalité. Les transhumanistes vendent une notion de : « de bien-être » au nom duquel on pourrait tout se permettre sans régulation, ce qui revient à tuer la différence entre le « normal » et le pathologique. Ce mouvement soutenu par les géants américains du high-tech de la Silicon Valley en Californie. Comme Google est en train de prendre racine en Europe. Certains essayistes en assurent la banalisation en France. Or l’humain amélioré n’est pas objectif  de la médecine. En outre, intervenir sur une personne saine est potentiellement  très dangereux.  Voilà pourquoi il faut un positionnement ferme des scientifiques contre le transhumanisme, qui est à prohiber.

Pourtant, ne prônez-vous pas vous-même l’innovation dans votre pratique scientifique ?

Bien sûr, mais pas de cette façon ! La technologie offre des opportunités extraordinaires chez certains patients, mais pas sur les personnes saines ni à n’importe quel prix. Ce sera le point clé du moratoire: n’intervenir que sur des gens malades, car nous n’avons pas le droit de risquer de provoquer des effets secondaires, inhérents à toute intervention, chez une personne saine. Ce moratoire n’est pas un principe de précaution, au contraire. Il est là pour encadrer  les innovations majeures dont les patients ont besoin.

Les patients ont-ils tant besoin d’innovations technologiques ?

En consultation, dans 95% des cas, je rencontre des patients atteints de glioblastome (tumeur du cerveau) ou de maladies rodégénératives, dont les chances de survie ou de guérison sont malheureusement faibles, quelle que soit la thérapie proposée. Pour quoi ? Parce que le cerveau est tellement inaccessible que nous avons toutes les difficultés à développer des médicaments. Les nouveaux outils réels nés de ce que l’on appelle la « micronanotechnologie » (technologie miniaturisée) et de l’électronique, comme les puces ou les implants, ouvrent de nouvelles pistes. Déjà, les électrodes de neurostimulation implantées au plus profond du cerveau soulagent les malades de parkinson.  Il faut continuer, faire de la recherche, informer le patient et sa famille de l’innovation, mais ne pas leur vendre des utopies technologiques et surtout ne pas nuire, selon le primum non nocere cher à tout médecin

Est-ce pour cette raison que vous décidez de quitter Clinatec ?

Lorsque j’ai rejoint Clinatec, né d’un partenariat avec le CEA, j’ai pensé que nous allions accélérer les innovations  micronanotechnologies pour la santé. Mais je me suis aperçu qu’amener les malades dans cette enceinte était trop coûteux car il fallait fonctionner à distance du centre hospitalier universitaire (CHU), avec des infrastructures très lourdes servant pour peu de patients. Surtout, je devenais « technopush » : en m’éloignant du flot quotidien des malades de l’hôpital, ce n’était plus leur réalité et leur besoins qui s’imposaient à moi, mais l’utopie technologique.

Quelle est cette utopie technologique dans laquelle vous dites être tombé ?

Nous avons développé par exemple un cathéter à chambre implantable (tube implanté dans une veine du malade pour administrer les chimiothérapies) recouvert de détecteurs en nanoparticules : ceux-ci peuvent déclencher une alarme lorsqu’ils rencontrent un élément néfaste dans le sang, comme des cellules cancéreuses. Je suis allé démarcher un industriel pour lui vendre la nouveauté. Il m’a répondu : « Très intéressant ! Mais vous avez juste oublié l’essentiel : lutter contre les infections. Car la réalité actuelle est que 20% des chambres implantables s’infectent. C’est une catastrophe pour les patients. » J’ai compris qu’il fallait retourner dans le flux des malades.

Un médecin n’aurait donc pas sa place dans un labo du CEA ?

Si ! En interagissant avec les ingénieurs, nous avons imaginé de nouvelles technologies pleines de perspectives pour les patients. Nous y avons notamment conçu un programme européen (Brainiomics) qui utilise des puces de silicium nanoporeux pour aller capter l’information dans le cerveau de malades d’Alzheimer ou de Parkinson. Une sorte de : « biopsie  du futur» pour maladies neurodégératives. Une vraie rupture. Mais ces innovations doivent être faites en besoins des patients, pas de rêves des ingénieurs.

Votre position récente contre le transhumanisme n’est-elle pas une façon de poursuivre vos travaux en vous donnant bonne conscience ?

Quelqu’un qui transfère pour la première fois de l’innovation technologique chez l’humain à toujours mauvaise conscience. A chaque nouvelle expérimentation, nous sommes en effet confronté s à nos « premiers patients » avec l’obsession de ne pas leur nuire. Même si nous savons qu’ils ne tireront pas de bénéfice pour eux-mêmes.

Au final, pensez-vous, comme les transhumanistes, que le cerveau humain puisse s’améliorer grâce à la technologie ?

C’est du charlatanisme dangereux. Le concept d’augmentation de la mémoire par des technologies, vanté par les transhumanistes, repose ainsi sur des bases non valides. Les transhumanistes en sont restés à une vision cybernétique des années 1970. Or un cerveau se modèle avec l’histoire du sujet et son interaction avec l’environnement. Il lui faut oublier pour bien fonctionner. Et si le libre arbitre ou la créativité existent, c’est à condition de ne pas susciter d’hyper performance dans un domaine. C’est un équilibre subtil. Si une fonction augmente d’un coup, le déséquilibre, puis la pathologie, s’installent.

Choix et commentaire de Fabien Essibeye Fangbo,journaliste stagiaire

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