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France

 

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Moussa T.  Yowanga

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 Ahmat Zeidane Bichara

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

             Chronique de l’économiste et analyste politique tchadien Kébir Mahamat Abdoulaye

La grève dans la fonction publique a commencé depuis le 29 janvier jusqu'à nos jours, soit 41 jours pour donner suite à certaines mesures d'austérité dont la réduction d'au moins 24% de revenu des agents de l'Etat a provoqué des conséquences multiformes sur l'Etat, l'économie nationale. Depuis le 29 janvier jusqu'à nos jours, aucune voix officielle du gouvernement, des Syndicats n'a livré des estimations ou faire des évaluations financières des conséquences de la grève. Certes, évaluer le coût financier, économique d'une grève surtout touchant la fonction publique n'est pas un travail aisé en raison d'absence et particulièrement insuffisance des données disponibles, méthodes efficaces et absence de ce travail au niveau des Ministères des Finances, de la Fonction publique, INSEED....qui sont des structures censées de produire ces statistiques sur les coûts financiers, économiques d'une grève au Tchad .Je tenterai ici de faire quelques analyses sur le coût financier et économique de la grève. Il existe en général quelques méthodes économiques pour mesurer, estimer ce que cette grève coûte à l'Etat tchadien.

Il y a en priorité la baisse du Produit Intérieur Brut (PIB), dont cette méthode permet d'évaluer l'impact d'une grève sur le Produit Intérieur Brut (biens et services crées et mesurés en valeur monétaire pendant une période déterminée généralement une année). Il s'agit de diviser le PIB sur la période de la grève mesurée en heure, jour, semaine, mois sans activités. Par exemple : 9,6 milliards de dollars $ PIB du Tchad divisés par 12 mois = 800 millions de dollars $ par mois, soit le PIB mensuel. Donc 2 mois de grève peut coûter jusqu'à 1,6 milliards de dollars $. A la fin du mois de mars, la grève aura coûté 1,6 milliards de dollars $ à l'économie nationale. Mais il faut être prudent à ce niveau car, ici l'hypothèse est fondée sur un arrêt total des activités économiques et de l'administration publique. Or aujourd'hui, la grève n'a pas paralysé tous les secteurs de l'activité économique puisqu'une grande partie continue à travailler comme le secteur privé et certains services publics (l'exportation du pétrole qui continue, les sociétés Etatiques et parapubliques, la Douane, les impôts, le trésor….qui continuent à travailler). A ce niveau, même en retenant l'hypothèse la plus faible de 30% d'arrêt de travail sur 800 millions de dollars $ du PIB mensuel, la grève a coûté 240 millions de dollars $ par mois, 480 millions de dollars en deux mois, soit 130 milliards Fcfa par mois. En deux mois, le coût financier s'élèvera à 258 milliards Fcfa par le taux de change actuel de 1 dollar $ = 538 Fcfa. C’est l'hypothèse minima ! Si on retient 40%, le coût financier de la grève sur le PIB s'élèvera à 640 millions de dollars $, soit 344 milliards Fcfa en deux mois (d'ici fin mars ).

Ensuite nous avons la perte de productivité de temps de travail qui consiste à calculer le nombre perdu des heures de travail. Ainsi faire évaluer la quantité et volume de travail perdus amène à connaître la réglementation des horaires officielles de travail. Par exemple nous savons le nombre des heures de travail dans l'administration publique par jour, soit 8 heures par jour. Il suffit de multiplier le temps de travail perdu par travailleur, multiplié par le nombre des grévistes puis de chaque secteur d'activités multiplié par le nombre des secteurs en grève. Par exemple si 50.000 agents civils de l'Etat sur 92.000 sont en grève sans tenir compte des travailleurs du secteur privé et des agents des forces de défense et de sécurité qui ne sont pas en arrêt de travail, sachant que chaque agent travaille théoriquement 8 heures par jour sur 5 jours de la semaine alors, nous aurons 50.0000 × 8 = 400.000 heures de travail perdu par jour. Ainsi par mois, l'Etat perd 8.800.000 heures de travail en raison de la grève des 50.000 agents civils (estimations plausibles). En deux mois, le volume d'heures de travail perdu s'élèvera à 17.600.000 heures de travail. En terme financier, il suffit de calculer d'abord, le salaire moyen par an puis par mois d'un agent civil de l'Etat : 291 milliards Fcfa (masse salariale du personnel civil de l'Etat sans la masse salariale du personnel militaire) divisés par 92.000 des effectifs d'agents= 3.163.043 Fcfa par an. Ce salaire moyen annuel d'un agent de l'Etat sera divisé par 12 mois. Cela donne un salaire moyen mensuel de 263. 583 Fcfa. Ainsi 50.000 agents de l'Etat en grève coûtent à l'Etat 13 milliards Fcfa par mois et 26 milliards FCFA en deux mois pour 17 millions heures de travail perdus.

Et enfin le coût social et autres de la grève. En effet, après le coût financier et perte de productivité de travail, la grève a d'autres conséquences visibles et invisibles. Par exemple la fermeture des secteurs générateurs des valeurs ajoutées, des recettes de l'Etat, au secteur privé... provoquent des coûts importants. L'arrêt des hôpitaux et des centres de santé du secteur public provoque des coûts sociaux et de santé publique énormes mettant en danger la santé des citoyens. En outre une grève prolongée peut entraîner le risque d'une année blanche pour l'enseignement primaire, secondaire et supérieur avec perte énorme des budgets programmés.Enfin la grève affecte l'image de marque du pays, peut freiner de nouveaux investissements, entame la confiance des travailleurs, chefs d'entreprise, encourage l'incertitude économique et peut conduire à des troubles politiques dans le pays jusqu'à l'instabilité chronique et de révolte populaire si des mesures adéquates ne seront pas entreprises par un dialogue franc et crédible ! Déjà une économie nationale, une administration fragilisées par la crise économique depuis 2014 et une crise sociale durable par une grève peut fragiliser davantage tout effort des partenaires au développement en faveur du pays ! aujourd'hui on peut affirmer avec des hypothèses minima qu'après 41 jours de grève, celle-ci a coûté à l'Etat plus de 10 millions d'heures de travail perdus et plus de 300 milliards Fcfa sans compter les autres coûts sociaux, économiques... invisibles difficilement estimables. Aussi le risque d'une année blanche se renforce de plus en plus avec ses coûts économiques, éducatifs, sociaux considérables et des citoyens exposés aux conséquences des maladies en période de forte chaleur sans hôpitaux publics. Attention à l'image que le Tchad renvoie à l'étranger !

Avec la collaboration de la Rédaction 

 

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