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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

L’œil de Fabien revient une fois de plus avec un autre sujet : l’usure du corps » grâce à une autre fouille réussie, toujours dans ce livre titré : « l’Enfer de Matignon : ce sont eux qui en parlent le mieux », de l’écrivaine Raphaëlle Bacqué, paru en août 2008 aux éditions Albin Michel, révélant distinctivement des pensées de certains précédents premiers ministres français comme Michel Rocard, Jean-Pierre Raffarin, Raymond Barre etc. Des témoignages assez mitigés de ces grands hommes de la République française qui plongent souvent les lecteurs au cœur de leurs parcours politiques d'humains comme Michel Rocard qui eut révélé que dans l’exercice de ses fonctions du premier ministre, il attrapa de coliques néphrétiques. Tandis que Raymond Barre eut connu de l’hypertension. Finalement de façon sûre et certaine, l’écrivaine Raphaëlle Bacqué avertit pratiquement les lecteurs qu’il n’est pas rare que le passage à Matignon ne soit pas entrecoupé d’un séjour à l’hôpital du Val-De-Grâce qui se transformerait pour certains d’entre eux comme un lieu de refuge à l’exemple de Jean-Pierre Raffarin qui fut souffert de la vésicule biliaire. Ce n’est donc un secret pour personne que des personnalités politiques soient souvent brusquement ou brutalement saisis fortement par une souffrance mentale et psychique liée au dictât de la solitude du pouvoir, un vrai sujet déjà abordé dans l’un des précédents articles de l’Œil de Fabien.

 

Ainsi donc, Michel Rocard dans l’exercice de sa fonction était de ceux qui furent confrontés aux malaises lors des réunions de décisions importantes. Il est presque recommandé de prêter oreille attentive à ce témoignage rare d’un ex-premier ministre : « c’était un mercredi, jour de conseil des ministres. Après le retour de la mission de dialogue en Nouvelle-Calédonie, je devais recevoir pour la première fois à déjeuner, outre Christian Blanc qui avait piloté la mission, le leader indépendantiste kanak Jean-Marie Tjibaou et le représentant du RPCR, principal opposant à l’indépendance, Jacques Lafleur. C’était la première fois depuis quinze ans qu’après avoir beaucoup travaillé à se faire tuer l’un l’autre, en animant tous les deux des milices mutuellement assassinées, ils allaient se retrouver face à face. Le déjeuner est prévu pour 13 heures, mais à 9 heures, me voilà dans le bureau de François Mitterrand, comme chaque mercredi, puisque le conseil des ministres est à 10 heures. Nous regardons les quelques nominations, il y en a toujours dix ou quinze. Les décisions d’Etat sont déjà prises, on en est à vérifier que les consensus sont bien acquis, qu’il n’y a pas de drame et qu’elles sont toujours valides. On examine les choses et tout à coup, mal au ventre, et vraiment ça va très mal. Le président me voit pâlir, il voit de la sueur perler à mon front, il comprend que quelque ne va pas. Et je lui lâche : «je ne sais pas ce qui m’arrive, monsieur le président … J’imagine que je dois avoir un peu d’intoxication alimentaire.»

Je dois rendre à l’histoire cet hommage de dire que le président de la République a été absolument charmant. Il m’a pris par la main, m’a emmené m’allonger sur son propre lit, a appelé immédiatement le médecin militaire qui est de service en permanence à l’Elysée, il a été délicieux. Il m’a accompagné dans cette douleur. Mais le fait de m’allonger une demi-heure n’a pas servi à grand-chose. Nous descendons ensemble au conseil des ministres. Mais au bout de quelques minutes, je n’ai plus pu tenir, il fallait que je bouge. J’étais en face du président et j’ai demandé la parole : « Monsieur le président de la république, j’ai tout à l’heure à Matignon un déjeuner qui était discret jusqu’à présent, mais je n’ai pas fini sa préparation. Il s’agit de faire rencontrer messieurs Lafleur et Tjibaou pour voir si on continue à se tuer ou si les choses se passent différemment. Je vous demande, monsieur le président de la République, la permission de m’éclipser pour finir de le préparer. » Évidemment, le déjeuner était prêt comme pas possible. Mais le président a très bien compris, personne n’a rien vu et je suis parti. Cela a été fabuleux et épouvantable. Il faut que je raconte l’histoire jusqu’au bout. M. Lafleur était un formidable homme politique, tout puissant patron du territoire depuis vingt ans. Un patron avec quelque chose de sicilien, de familial, mais un homme respectable.

Il n’y avait pas d’amitié entre nous, mais une confiance et un respect mutuels et c’était déjà beaucoup. C’était un grand malade. Il avait été déjà trois fois ponté et il était sous traitement médicamenteux intense, se préparant à un quatrième passage sur le billard dont personne ne savait s’il ressortirait vivant et lui non plus. Donc, Jacques Lafleur portait la mort dans sa tête et avec lui. Jean-Marie Tjibaou pétait le feu, resplendissait de joie, de bonheur et d’humour. Mais c’était un homme dont deux des frères étaient morts assassinés, qu’on avait lui-même essayé d’assassiner quatre ou cinq fois et qui se savait toujours en sursis. Il est d’ailleurs mort assassiné l’année suivante. Bref, lui aussi avait avec la mort une proximité particulière. Voilà ces deux hommes en train de se faire face pour savoir s’ils peuvent faire la paix ensemble. 

Moi je suis le premier ministre de la puissante République française, un tout récent premier ministre doté de bons sondages, un destin qui se présente bien… et c’est moi qui suis le malade à cette table. Je vais donc assister à ce déjeuner inouï en souhaitant qu’on se confronte, qu’on parle des choses les plus importantes et que sorte un communiqué de presse annonçant qu’ils donnent leur accord au commencement de négociations collectives. Mais toutes les dix minutes, je dois m’éclipser pour m’allonger sur le lit de la chambre de passage, car il n’y a pas d’appartement de premier ministre à Matignon. Au milieu du repas, parce que tout le monde s’inquiète un peu, un médecin ami fait le diagnostic par téléphone d’une crise de colique néphrétique. Personne n’y avait pensé. Cet ami médecin ordonne : « mettez le premier ministre dans un bain chaud, j’arrive ! »  Dans un bain chaud, comme c’est commode ! Il y avait pourtant une baignoire à douze mètres de la salle à manger et on me met dedans. Le soulagement est immédiat. Mais ma femme piaffe : « il faut l’emmener au Val-de-Grâce ! » Mon cabinet piaffe : « On ne peut pas laisser le premier ministre dans cet état ! ».

Tel n’était pas le cas de Raymond Barre, mais qui semble être les difficultés de recevoir ses homologues chinois au moment où sa santé se détériorait progressivement à force de travail. Il le dit de lui-même : « Lorsque je suis arrivé au Val-de-Grâce, le médecin qui m’a examiné- J’avais fait une crise d’hypertension m’a dit : « je m’étonne que cela ne vous soit pas arrivé plus tôt. » En huit jours, ils m’ont remis sur pied, mais la tension était extrême. A l’époque, il y’avait la visite d’Etat de M. Hua Guofeng, le premier ministre chinois. Et j’avais dû aller, éreinter, à l’Opéra, assister à une représentation médiocre et je m’étais senti épuisé en redescendant le grand escalier du Palais-Garnier. J’étais vraiment très fatigué. Et c’est ce qui m’a donné cette crise d’hypertension. J’en ai conservé des traces et je dois bien avouer qu’auprès Matignon j’ai mis près d’un an à retrouver mon pôle de sustentation ».

Et ce n’est pas la fin de ces témoignages vivants. Loin de là. Soyons à l’écoute de monsieur Pierre Mauroy   qui soutient mordicus : « Qu’il faut avoir une santé de fer à Matignon. Et j’ai eu très vite un pépin de santé. Au mois de juin, j’avais fait un voyage en Afrique vraiment très fatigant et j’ai été victime d’une attaque de parasites qui qui ont provoqué une infection. Je suis donc allé au Val-de-Grâce. Là, les médecins devisaient : la gorge et même la plèvre pulmonaire paraissaient en très mauvais état mais je n’avais pas de fièvre. Bref, comme il n’y avait pas de fièvre caractéristique d’une infection microbienne, ils s’orientaient plutôt vers un cancer. A partir de ce jour-là, j’ai vu de ma fenêtre du Val-de-Grâce cinquante journaliste qui attendaient je ne sais pas quoi. Au bout de deux jours, les médecins ont finalement opté pour l’infection microbienne, assurant que j’allais guérir en quelques jours. Pfttt… Les cinquante journalistes se sont envolés. Voilà, ça vous donne une idée de la relativité de la vie, de la vie et de l’actualité… »

Edouard Balladur qui boucle la boucle en estimant que c’est un sujet à rebondissement pour la presse et déclare que : « Je sais que c’est l’un des grands thèmes de commentaires des journalistes et de gémissements de ceux qui ont été premier ministre. N’est-ce pas, à les entendre, la mission la plus difficile du monde ? Il faut vraiment une âme d’apôtre, sinon même de martyr pour accepter de jouer un rôle pareil ? Moyennant quoi, je n’ai jamais entendu dire que qui que ce soit ait refusé de l’être et en tout cas moi, ça n’a pas été mon sentiment. J’ai été très heureux d’exercer ma fonction. Fonction lourde mais enfin, lorsque j’entends que c’est la tâche la plus difficile au monde, n’exagérons rien. Il y’a beaucoup de décisions à prendre, c’est vrai, mais en même temps, on est stimulé par l’intérêt de ce qu’on fait et par le sentiment que ce qu’on fait et par le sentiment que ce qu’on fait peut avoir une importance. Bref, pour conclure sur ce point, en ce qui me concerne, je dirais que ça m’a tout à fait épanoui. Et je ne me suis pas laissé accabler par la besogne : en s’organisant bien, on peut faire face. »

Fabien Essibeye Fangbo, journaliste stagiaire

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