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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Dans un espace nommé « Tribune de Martin Ziguele et Sissa Le Bernard », on retrouve une publication du 1er février 2018 du journal Le Citoyen titré : « Non à l’enlisement de la crise centrafricaine ! ». Et justement dans cette publication, il est écrit dès le départ : « Au sortir de Forum de Bangui, et surtout après l'accalmie observée pendant la période électorale, tous les centrafricains se sont mis à croire à une résorption progressive mais rapide de la crise dans laquelle notre pays était plongée depuis fin 2012. Si la fin de l'année 2016 a été relativement calme, 2017 aura été par contre une année meurtrière pour notre pays. En effet, depuis le milieu de l'année 2017, les foyers de violence se sont propagés du Centre au Nord-est, et vers le Sud-est, plongeant pour la première fois notre pays dans l'insécurité sur de larges zones, allant du Nord-est au Sud-est, en passant par le Nord et le Centre. L’armée centrafricaine, absente sur le théâtre des combats du fait de l'embargo imposé en 2014 par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, a mis la MINUSCA seule face aux groupes armés qui ont jusqu'ici l'initiative sur le terrain ».

Et ce discours politique continue : « Ces groupes armés déclenchent, selon leurs humeurs du moment, des opérations meurtrières contre des populations civiles ou entre eux-mêmes, après des alliances et des ruptures d'alliance épisodiques et opportunistes, afin de conquérir des territoires transformés aussitôt en zones économiques exclusives, pour mieux répandre leur emprise prédatrice sur le bétail et leurs circuits de transhumance, l'exportation du café et l'exploitation des pierres précieuses, notamment le diamant et l'or. Les combats récurrents autour d'Ippy s'expliquent par les convoitises sur les mines d'or de Ndassima et ceux de Bria par le contrôle des mines de diamant. Une économie de guerre en soutien à ces entreprises de la mort s'est progressivement mise en place et se développe sur des territoires où l'Etat est systématiquement chassé et interdit, à coups d'incendie d'édifices publics et de rhétorique guerrière contre toute représentation étatique, contestant de facto la légitimité constitutionnelle et institutionnelle issue des élections de mars 2016. » 

Encore et encore, lorsque l’on avance vers l’intérieur de ce profond discours politique, des grandes révélations de ce conflit centrafricain apparaissent  : « A bien y réfléchir, le discours et la propagande identitaires et communautaristes venant de certains de ces groupes armés sont non seulement faux, mais constituent surtout de la poudre aux yeux destinée à distraire l'opinion nationale et internationale de la réalité de cette guerre. Il ne s'agit pas d'une guerre civile opposant une armée nationale à des minorités ethniques ou religieuses, puisque l'armée centrafricaine est absente du théâtre des opérations. Par contre, il s'agit bel et bien d'une entreprise guerrière "lucrative" menée par des groupes armés qui se servent d'un discours faussement communautariste mais qui, derrière ce paravent politiquement correct, se battent tour à tour contre les populations civiles sans armes et entre eux-mêmes. Leurs victimes appartiennent pourtant à toutes les communautés, dont bien évidemment celles qu'ils prétendent défendre et qui sont devenues leurs otages dans les zones qu'ils contrôlent ».

Et là, il n’est un secret pour personne que : « La stratégie des groupes armés, du moins des principaux d'entre eux ces derniers mois, semble être de tout faire pour installer cette crise dans la durée, provoquant des scissions protozoïdaires opportunistes en leur sein et changeant de revendications au fil du temps pour "embrouiller" leurs interlocuteurs. Consciemment ou inconsciemment, certaines parties prenantes de cette crise semblent perméables à cette idée d'installation de la crise dans la durée et de tolérance envers des groupes armés, ou même plus grave, semblent préparer les esprits à accepter cet état de fait. Cela est inacceptable pour notre pays, et c’est ce que craignent l’homme politique et l’intellectuel qui l’expriment sans détour dans cette tribune. La crise centrafricaine qui a duré et qui dure encore, sans que les problèmes de fond ne soient clairement exposés afin que des solutions y soient trouvées dans le respect de la Constitution et des institutions légitimes issues des élections de mars 2016, nous interpellent tous, en tant que filles et fils de ce pays, et en tant que républicains et démocrates. Si aujourd'hui des voix autorisées, dont celle du Secrétaire Général des Nations Unies lui-même, reconnaissent que la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) connait des difficultés pour l'exécution de son mandat tel que défini par les résolutions des Nations Unies, il nous faut nous centrafricains, reprendre l'initiative des propositions de sortie de crise, afin de susciter un débat salvateur ».

En réalité, dans chaque pays, les conflits tirent leurs origines de l’intérieur et aussi c’est de l’intérieur que proviendraient aussi des vraies solutions : « En effet, le départ des troupes françaises annoncé en mars 2016, lors même de la cérémonie d'investiture du nouveau Président élu, annonçait un relâchement de la forte pression sur les rebelles qu'aucun dispositif n'a pu compenser. Dans ce contexte, les groupes armés ont compris que sans les forces françaises et leur capacité de projection et de réaction, ils pouvaient diriger le bal et se livrer pour longtemps à un double jeu, celui de participer à des réunions à Bangui et à l’étranger, mais sans rien lâcher de leur emprise militaire sur les territoires, les populations et les richesses accaparées.

Ce choix stratégique de groupes armés, qui est celui du pourrissement et de l'enlisement, se confirme également par le fait que malgré le dernier remaniement ministériel intervenu le 12 septembre 2017 qui a vu le retour de plusieurs représentants de groupes armés dans le gouvernement et les cabinets, les actes de guerre, la surenchère verbale et la rhétorique guerrière se poursuivent comme si de rien n'était. Pourtant ce geste d'ouverture politique courageux aurait dû avoir un impact sur la dynamique sécuritaire, si la volonté de faire la paix était réelle. Alors que faire concrètement pour que la perspective d'enlisement et de pourrissement de cette crise n'ait aucune chance de s'imposer à notre pays, retardant de facto le combat pour le bien-être des populations et du développement ?

La pierre angulaire de notre démarche nationale doit être celle de la remise au travail des Forces centrafricaines de défense et de sécurité, selon un calendrier à raccourcir car le péril est plus prégnant que sous la transition pendant laquelle le calendrier actuel de travail avec nos partenaires a été convenu. Il faut revoir ce calendrier de manière à ce que l'armée centrafricaine puisse atteindre la masse critique afin de participer activement et sur le terrain aux côtés de la MINUSCA à la protection de nos populations, et à la restauration de l'autorité de l'Etat. Le test grandeur nature qui se déroule actuellement dans la région de Paoua mérite l'attention de tous pour être dupliqué partout où nécessaire dans notre pays. A défaut d’avancer, vite et bien ».

Et c’est dans ce sens qu’on dira que l’honorable député Martin Ziguele et Sissa Le Bernard n’ont pas tort de titrer leur espace une tribune. En effet on découvre un vrai espace d’informations politiques. C’est facile à vérifier. Car ces deux hommes politiques connaissent mieux la vie politique centrafricaine plus que quiconque : « Le second axe est de travailler très sérieusement sur les grandes lignes d'un protocole d'accord de paix qui soit respectueux des recommandations du Forum de Bangui, de notre Constitution et de nos institutions. De même, dans ce cadre, il faut tirer les leçons de l'échec des précédentes tentatives d'arrangements de paix. S'ils n'ont pas apporté la paix à ce jour, c'est essentiellement parce que ces divers accords sont restés muets sur les mécanismes de sanction en cas de violation de leurs dispositions par leurs signataires. De même, il faut avancer sur la voie de la paix avec les groupes armés qui veulent la paix, car il serait illusoire de penser qu'en la matière tous les groupes armés doivent être indistinctement traités. Le troisième axe de notre démarche est d'enrichir le débat avec les Nations Unies pour que la collaboration avec les Forces Armées Centrafricaines et les Forces de Sécurité Intérieure se base sur un principe aussi bien de partenariat que de subsidiarité avec comme objectifs principaux la protection des civils et la restauration de l'autorité de l'Etat. De même les autorités centrafricaines doivent être idéalement associées au processus de choix des contingents de la MINUSCA et de leurs conditions d'engagement sur les théâtres centrafricains, pour des raisons évidentes d'efficacité ».

Là on tire déjà vers la fin de leur réaction. C’est un peu une pré-conclusion : « De même, les autorités centrafricaines doivent être associées aux processus de retraits des contingents de la MINUSCA sur le terrain. Nous avons tous en mémoire que le retrait des contingents congolais de la Ouaka et de la Basse-Kotto a provoqué l'embrasement de ces régions. Nous avons tous fait le constat que la propagation de la crise dans les préfectures du Mbomou, du Haut-Mbomou, de la Basse-Kotto jusqu’ici relativement épargnées, n’a pu être que difficilement maitrisée par une Minusca débordée et même combattue. De même le retrait depuis avril et mai 2017, des forces spéciales américaines et des contingents ougandais présents dans le cadre de la force régionale chargées de lutter contre l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), a créé un vide sécuritaire qui a engendré un repositionnement des groupes importants et une explosion de violences dans le Sud-est du pays, il ne faut pas l'oublier ».

Et voici la vraie conclusion à retenir définitivement de cette tribune politique: « Si nous sommes d'avis que les opérations de maintien de la paix des Nations unies ont pour objectif de créer et de maintenir un environnement propice à la recherche de solutions négociées des conflits entre Etats ou au sein d'un Etat, il n'en demeure pas moins que c'est la fin de l'agressivité gratuite de certains groupes armés qui favorisera les avancées politiques dont notre pays a besoin pour traiter les questions éminemment politiques de la citoyenneté inclusive et de l'aménagement du territoire pour un développement équilibré et partagé de tout le pays dans toutes ses composantes. Nous sommes conscients du fait que le conflit centrafricain déborde du cadre strictement national et dispose de ramifications au-delà de nos frontières, mettant à profit des liens tribaux, claniques, économiques et autres qui, par l’incapacité de l’Etat à occuper l’ensemble du territoire, contribue à transformer les frontières en autant de fictions légales, et permet à ces groupes armés de disposer de bases-arrières ou en tout cas d'une logistique extérieure. Les nombreux rapports publiés ici et là par des voix autorisées l'ont largement explicité. C'est à nous centrafricains de convaincre nos voisins et au-delà, que devant un enchevêtrement possible des théâtres des opérations et de l’imbrication croissante entre les dynamiques des conflits locaux et nationaux, il est de l'intérêt de tous les pays de l'Afrique centrale d'œuvrer pour la paix en RCA, car les dividendes de cette paix seront utiles à tous ».

Ahmat Zéïdane Bichara

 

 

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