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France

 

Directeur de publication

Moussa T.  Yowanga

Rédacteur en chef

 Ahmat Zeidane Bichara

 Siège :  France

 Email :  raf.journal09@gmail.com

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Publié par Ahmat Zeïdane Bichara

Cela fait déjà plusieurs mois que la Rédaction publie des articles très engagés démocratiquement de Don Ebert où Regards d’Africains de France est désormais accessible sur http://www.regards-dafricains-defrance.com. La Rédaction pose là une question essentiellement réservée à l’auteur et aux lecteurs libres : « S’il vivait au Tchad aura-t-il cette grande chance d’envoyer sur le net tout ce qu’il tient à faire savoir au public national et surtout international concernant la politique néfaste du régime actuel de son pays? » Apparemment non, mais laissons-le-lui le temps et la chance de répondre à cette question.

Revenons très rapidement à ce qu’il a dit : « Pouvons-nous débattre avec tout le monde ? Y a-t-il un « savoir-débattre » qu’il faut préserver quoi qu’il arrive ? Pouvons-nous dire tout ce que nous pensons ? Pouvons-nous penser tout ce que nous disons ? Savons-nous vraiment tout ? Avons-nous réponse à tout ? Pouvons-nous tout ? Quelle est la part de la « raison » dans un débat public ? Et la part du « discernement » ? Et la part du silence ? Et la part du regard ? N’avons-nous pas parfois « tort » dans notre façon d’avoir « raison » ? Notre conception du « juste » et/ou de la « justice » dans le débat peut-elle être sans limites ? Le débat Tchadien, comme la démocratie, est naissant et il ne se porte déjà pas bien... Pourtant chaque jour qui passe, chacun d’entre nous est un leader potentiel… ».

Don Ebert est un révolté démocratique qui ne se laisse pas faire, puisqu’il a les armes. Jean-Paul Sartre n’a-t-il pas dit que les mots sont des pistolets chargés ?  Et c’est vrai ! Don Ebert tire : « La faute en incombe, enfin je crois, au choix que nous faisons le plus souvent : aux réseaux sociaux et à l’Internet qui enferment chacun d’entre nous dans des communautés affinitaires, fractionnant l’opinion publique en autant de tribus adossées à des convictions d’autant plus inébranlables qu’elles n’ont guère l’occasion d’être remises en question. Peut-être aussi, tout simplement, à cette conviction d’avoir raison qui s’enracine au plus profond de la psyché individuelle et qui transforme au final la plupart de nos discussions, j’allais dire de nos débats, même bien argumentés, en dialogues de sourds… ».

Il avance doucement dans ses arguments et tire encore : Nous préférons ainsi trop souvent, à la confrontation rigoureuse et objective des idées, l’anathème, la petite phrase assassine qui envoie l’adversaire dans les cordes, l’amalgame pervers qui disqualifie automatiquement son opinion et le contraint à adopter une position défensive, quand ce n’est pas le silence, qui s’attache à ignorer superbement le point de vue opposé, à faire un peu hypocritement comme s’il n’existait pas. Quelle que soit l’attitude privilégiée, le discours adverse n’est que rarement sérieusement discuté, pris en compte pour lui-même, n’offrant, au mieux, à travers une caricature, que matière à dérision ou à dénonciation virulente…Et c’est dommage pour notre société Tchadienne qui se cherche à travers le débat ; car il convient de rappeler cette évidence que le débat est fondamental en démocratie, régime dans lequel l’opinion publique doit être dûment informée et instruite afin de pouvoir faire des choix éclairés, tout comme il l’est d’ailleurs dans le domaine de la réflexion et des idées, puisqu’on ne peut éprouver la pertinence et la cohérence des hypothèses que l’on formule, comme la solidité de ses arguments qu’en les exposant au jugement d’autrui, donc en acceptant de débattre avec lui… pas d’avoir des préjugés avant même d’avoir débattu…Très utile, le débat est donc bien souvent éprouvant et difficile. Il le fut de tout temps d’ailleurs, dans la Grèce Antique par exemple. Mais, si la confrontation des idées est toujours délicate à mener, on peut se demander s’il n’y a pas une difficulté particulière à débattre qui serait propre à la période contemporaine. En dépit de leur tolérance hautement revendiquée à l’égard de la diversité des mœurs et des croyances, il y a en effet une propension des sociétés libérales à ne pouvoir se penser elles-mêmes que dans la perspective, évidemment utopique, d’un unanimisme du Bien, de la Vie, de la Vérité, de la Mort, de la Croyance, de la Morale… ».

Il charge et tire pour la troisième fois en rafale: « Notre monde désenchanté ayant paradoxalement sacralisé l’opinion de chacun, nous nous rebellons trop souvent contre l’idée d’accorder crédit à une opinion contraire. Sans doute est-ce la raison pour laquelle nous n’osons nous aventurer au-delà des espaces familiers et amicaux où l’on sait d’instinct que nous serons confortés dans notre opinion. Nous achetons telle revue pour nous faire dire ce que l’on pense déjà ou alors lisons tel chroniqueur pour nous indigner de ce qui nous indigne déjà. Comme jadis les paroissiens acquiesçaient aux paroles du prêche par un unanime « Amen », nous cliquons « j’aime » à l’unisson, avant même d’avoir lu ou visionné, sachant par avance que nous serons en accord avec le contenu partagé. Et si, par malheur, un propos osait s’écarter des consensus établis, il sera volontiers tenu pour hérétique, pour insensé, pour inintelligible, pour imprudent…Pourtant, comme toute société, la société Tchadienne est traversée par une diversité de visions du monde, de conceptions du Bien, de philosophies politiques, de pensées religieuses, qui méritent mieux que ces confrontations où les porte-parole autorisés de camps opposés s’excommunient (mutuellement) au nom d’un Bien absolutisé, ou encore s’affrontent, mais à fleurets mouchetés, chacun prenant garde de demeurer dans les bornes étroites d’une bien-pensance généralisée. Cela n’aboutit qu’à des discours outrageusement unilatéraux et partisans qui ne sont destinés qu’à contribuer à la mobilisation de la piétaille militante de l’un et l’autre « camp », ou alors à des pseudo-débats édulcorés, insipides, où personne ne met véritablement cartes sur table, préférant essayer de pousser son vis-à-vis à l'acceptation passive, à l’erreur, à la grande faute... ».

Là, c’est un tire final : « Ce qui tient trop souvent lieu de débat n’est en somme qu’une sinistre mise en scène où chacun d'entre nous est appelé, par une sorte de principe implicite, à camper sur ses propres positions. Cette propension actuelle qui est la nôtre à toujours chercher à déterminer qui a « gagné » un débat, masque le fait que nous sommes tous perdants quand nous renonçons à chercher, ensemble, la Vérité en refusant par avance à la trouver potentiellement exprimée par la voix de son compatriote, de son adversaire ayant des idées et une vision différentes…Débattre sur des sujets clivants, qu'ils soient religieux ou non, scientifiques ou non, débattre fermement, honnêtement, confronter sans concession ses idées à celles de gens avec qui on est en désaccord est pourtant quelque chose d’essentiel, non seulement parce que ce débat incessant permet auxdites idées de se préciser, d’évoluer, voire de changer, mais aussi parce que cartographier les désaccords et les raisons des désaccords qui la traversent est tout aussi nécessaire à une société Tchadienne qui se veut libre et en santé que de définir ses véritables consensus et ses valeurs communes. Le Tchad doit choisir d’aller de l’avant. Les jeunes Tchadiens doivent renoncer à la « vanité du langage » tout en épousant la « sincérité républicaine ». Ils doivent accepter de faire la place à « l'essentiel » en chassant « l'accessoire ». Ils doivent accepter de dire non au « tas » afin de construire un « tout » cohérent, homogène et inclusif... ».

Ahmat Zéïdane Bichara

 

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